Les bêtises

Encore une semaine de passée et je n’ai toujours ni santiags rouges ni ligne téléphonique opérationnelle, et tout ça la faute à qui, hein ? On se le demande.

En revanche, le harcèlement aidant, j’ai fini par avoir ma robe en cachemire, ça compense pour les bottes de cow girl, mais ça ne m’aide pas à recevoir des sms. Il faut savoir que mon acolyte a eu la bonne idée de me changer d’opérateur pour gagner trois francs six sous et de souscrire à une offre chez le seul opérateur de France et de Navarre qui n’offre aucune couverture de réseau dans mon bled : ah ben pour sûr, ça valait le coup de faire des économies. Avant, on payait pas trop cher pour pouvoir téléphoner normalement et maintenant, on paye un peu moins cher et je ne suis plus joignable du tout, je trouve sincèrement que c’est l’affaire du siècle.

Il m’a demandé si j’allais continuer à lui casser les couilles encore longtemps avec cette histoire de téléphone et j’ai hurlé (oui, je hurle beaucoup) que c’était la deuxième fois qu’il me faisait le coup du fournisseur d’accès discount qui fournit que dalle (deux fois, oui), et il a dit que j’étais hystérique et que j’avais pas besoin de portable vu que je suis tout le temps à la maison et j’ai hurlé plus fort en disant bravo le sexisme primaire et en lui faisant remarquer qu’il avait une image bien piètre et bien fausse de mes journées de femme au foyer. Et je lui ai interdit de prendre quelque initiative que ce soit à l’avenir et il a dit « tant mieux t’as qu’à te démerder » et j’ai dit « t’es vraiment trop con » et il a dit « va chier » et après, on s’est fait des bisous sur le canapé en regardant un documentaire sur la physique quantique et en mangeant des chocolats pralinés, parce qu’on n’est pas si belliqueux qu’on en a l’air, faut pas déconner non plus (et puis, jamais d’engueulade entre 19 h et 6h, c’est la règle, et on ne s’en sortirait pas si on n’avait pas ce genre de règles) (exception faite des micro-engueulades nocturnes pour cause de ronflements, ça ça ne compte pas).

De toute façon, ces derniers jours ont été bien pourris ma foi. Je crois que je n’ai pas supporté le départ des copains après les fêtes, ça m’a foutu un coup au moral. Et puis le retour de la routine quotidienne, je croyais que ce serait chouette parce que j’aime bien quand les choses sont bien en place et quand les journées sont bien rythmées. Je croyais que je serais contente de retrouver le rythme des réveils à 7 h 30, des petits dej en famille, des enfants jarretés à l’école, des tâches à accomplir et des rendez-vous quasi quotidiens à l’extérieur. Ca me rassure quand les choses ne bougent pas trop, c’est mon côté Raymond Babbit. Tenez, prenez ce matin, il n’y avait plus ni miel ni beurre d’érable à mettre sur les tartines, ben j’ai failli faire une crise d’angoisse.

rain man

C’est pour cela que j’étais plutôt contente que les fêtes soient terminées et qu’on retombe dans le train-train quotidien et puis, guess what : tout compte fait, ça me manque drôlement, les journées en pyjama à lire devant la télé. Après avoir passé une semaine à me haïr en me répétant que c’était honteux, ma bonne dame, de passer ses journées en slip à manger des biscottes et à mettre des miettes plein les draps, je me rends compte que ce petit interlude de rienafoutrisme décadent, c’était rudement bien en fait. Mais voyez-vous, on ne peut pas passer sa vie à ne rien faire ou à errer en soquettes avec des BD sous le bras, limitant ses déplacements à canapé/frigo/WC/lit. On ne peut pas non plus passer des semaines à manger les restes du réveillon ni à se nourrir exclusivement de brunchs gras et sucrés. Et puis on ne peut pas faire une liste de bonnes résolutions si c’est pour décider de ne s’y mettre qu’en juin, c’est de la triche. Alors après avoir regardé trois fois le documentaire sur le secret des pyramides, lu une demi-douzaine de livres sur la kinésiologie, la médecine quantique, la médiumnité et les Annunakis (oui, je suis comme qui dirait préoccupée ces temps-ci), mangé mon poids en chocolat et pris 18 bains prolongés, je me suis dit qu’il était temps de se faire violence et de revenir à la normale, même si la normale est moins marrante qu’une semaine de vacances à la maison.

De toute façon, mon seuil de tolérance au désordre, aux miettes sur le canapé et aux poils de chien sur le lino était largement dépassé, il était grandement temps que je sorte de mon hibernation. Pour le bien de la maisonnée, voyez-vous. Une maisonnée condamnée au naturisme vu le nombre de lessives en retard, notamment. Et à la malnutrition certaine (comment ça les Cracottes  et les mandarines ne peuvent pas constituer la base de l’alimentation ?). Je me suis donc mis un coup de pied dans le derrière (et croyez-moi, ce n’est pas si simple à accomplir, d’un point de vue anatomique j’entends) et j’ai décidé de me remettre sur les rails, ce qui n’a pas été sans peine et qui a donné lieu à beaucoup de n’importe quoi car comme dirait mon père : y a pas à tortiller du cul pour chier droit, quand ça veut pas aller, ça veut pas.

La vérité, je n’ai fait rien que des conneries. Comme si j’avais décidé de tout casser, inconsciemment, pour exprimer ma colère quant à la fin de ces vacances et l’interruption de ma période larvaire. Ou bien pour me punir d’avoir pris goût à la fainéantise et aux journées improductives, allez savoir (je fonctionne beaucoup sur la culpabilité mais ça va, je prends l’elixir floral n°31 pour ça) (et je plante des aiguilles dans les photos de mes ennemis mais ça, c’est une autre thérapie). Mes deux meilleures conneries sont quand même les suivantes :

– Avoir décrété qu’il était indispensable de changer la déco et l’agencement du salon, maintenant. Quand j’ai une lubie qui me prend comme ça, telle une envie de pisser, je n’ai d’autre choix que de m’y mettre tout de suite, sinon ça tourne en boucle dans ma tête et ça m’obsède (elixir white chestnut, n°35, vous voyez, je gère). Ca, c’est mon côté Adrian Monk. Mais je vais bien.

Et donc, j’ai viré tous les meubles du salon ou presque, réorganisé toute la bibliothèque, traîné mon vieux mari chez Ikea même qu’il a pas aimé (j’en déduis que le coup du téléphone est une minable vengeance pour me faire payer un jour de soldes chez Ikea) (et ne me dites pas que c’est de bonne guerre, non) et j’ai commencé à poncer le parquet vitrifié, dans un coin pour faire un test. Et comme ça marchait bien, j’ai recommencé l’opération en plein milieu du salon. Et puis après ça, avec papa, on s’est rendu compte qu’à certains endroits, y avait tellement de vitrificateur (qui plus est, posé y a bien 40 ans) qu’on arriverait jamais à poncer ce parquet à moins d’avoir envie de passer six mois à quatre pattes à bouffer de la poussière (comme des animaux, oui). Alors on a laissé le chantier en plan et maintenant, j’ai un salon sans meuble, avec un canapé plein de miettes et un plancher plein de traces de ponçage inachevé et pour le coup, on peut pas dire que j’ai vaillamment atteint mon objectif qui consistait, à la base, en la réalisation d’un salon plus lumineux et épuré. Enfin, pour le côté zen, vu qu’y a plus de meubles, c’est quand même réussi.

– Et puis bon, comme ça ne suffisait pas comme connerie et que j’étais pas mal branchée ponçage, je me suis dit « tiens, et si je me faisais un peeling du visage, histoire de bien me poncer la face, aussi ?« . Vous savez ce que c’est hein, des fois on fait les choses en sachant pertinemment que c’est une grosse, grosse connerie. Mais on les fait quand même, allez savoir pourquoi. La stupidité ? Nooooon. Le goût de l’aventure, très précisément. Et donc, j’ai commandé un de ces fameux produits chimiques censés transformer votre peau de post ado acnéique en peau de fesse de bébé. Ce qui est un non sens total quant on prône la cosmétologie bio et les remèdes naturels, j’entends bien (et alors, vous n’avez pas vos petits contradictions, vous ?). Autant dire que mère nature me l’a fait payer cher, ce manquement à la règle (je vous l’ai dit, j’aime beaucoup les règles, ce qui n’est pas très punk, je le conçois). Ca fait trois jours que j’ai l’air d’une lépreuse. Que mon acné s’est multiplié par 8 (au bas mot), que d’étranges rougeurs ont fait surface, qu’une moitié de mon visage se desquame tandis que l’autre a l’air de se nécroser. Les copines aguerries me disent que c’est normal et que ça va passer, moi je flippe légèrement d’être condamnée à me vendre dans un Freakshow en tant que femme tatouée défigurée par le retinol. Et encore, si je renonce à l’épilation, j’ai peut-être des chances de pouvoir ajouter « à barbe » à mon CV.

En ce moment, je suis ingérable, voyez-vous. Je fais rien que des bêtises, comme dirait Sabine. On peut pas me laisser sans surveillance, pire qu’une gosse. Si tu m’as pas à l’oeil, BAM, je chope une ponceuse ou du retinol et c’est parti, je nique tout. Ou pire, je mange un cordon bleu Père Dodu (j’ai tellement honte). Il est grand temps que je prenne le taureau par les cornes et que je me penche enfin sur cette bonne vieille liste de résolutions parce qu’en 6 jours seulement j’ai une santé défaillante, un salon ruiné et la gueule d’elephant man. Et à ce rythme là, je vous dis pas comme elle va être longue, l’année 2014.