Avec mes sabots dondaine

J’ai beau racler le pot de Chocolade à la petite cuillère et m’en coller plein les doigts au passage, rien n’y fait, je dois bien me résoudre à l’idée qu’il est définitivement vide et que mes tartines seront aussi sèches que les testicules d’un bachelor venu enterrer sa vie de garçon à Amsterdam. Comment voulez-vous donc commencer votre journée de bonne humeur quand elle débute par un insipide petit déjeuner à base de bain dur et de tisane d’eucalyptus ? Je me le demande.

La semaine passée a été riche en trucs cool et moins cool et aussi en contrariétés. Surtout en contrariétés.

L’évènement cool de ce début de semaine, juste après le restau indien avec ma BFF, l’acquisition d’une veste de motard en skaï et la grasse mat’ du lundi matin que j’ai pu m’octroyer grâce au dévouement de Darling – qui a pris le relais avec notre bébé démoniaque – c’est que je me suis fait tatouer une croix de Lorraine, acte que seul un Lorrain dans l’âme peut comprendre (Lothringen forever, grôs).

Ma grand-mère – que j’adore – a vu ça et s’est écriée : « Eh ben, ton grand-père serait vraiment pas content de voir que tu t’es fait tatouer un symbole gaulliste juste en-dessous de son portrait« , ce qui m’a sacrément foutu en rogne pour 2 raisons :

1) Le coup du symbole gaulliste, c’est un peu comme si je la traitais de mamie de droite quand elle s’extasie devant le joli mauve du rosier Charles de Gaulle dans le catalogue Meilland Richardier : ça n’a pas de sens. Ai-je une gueule de gaulliste, seriously ? Et faut-il que je vous refasse l’historique de la croix de Lorraine ? Bref, ça m’a fortement contrariée mais je me suis retenue de dire quoi que ce soit because ma bonne éducation, le respect des anciens, tout ça quoi (et puis aussi parce que je l’aime bien, ma mémère). Et puis parce qu’en vérité, cette croix de lorraine est à prendre au tout premier degré, comme l’ensemble de mes tatouages d’ailleurs  (I’m not the kind of girl who has a fucking nuée d’étoiles tatouée sur le poignet et qui se répand pendant des heures sur la symbolique et le sens profond de chaque petite étoile, OKAY ? N’oubliez jamais ça).  Et qu’il n’y a pas à y déceler un quelconque sens caché : j’aurais tout aussi bien pu me faire tatouer une paire de sabots ou une quiche, pour témoigner de mon amour sans fin pour ma Lorraine natale, terre de mes ancêtres depuis 1790 et des bananes, mais je me suis dit qu’une croix plantée dans un organe vital, ça aurait autrement plus de gueule qu’une quiche avec des lardons en forme de coeur. Mais c’est à se demander si j’aurais pas dû opter pour les sabots crottés et les lardons gratinés, histoire de bien dissiper toute ambiguïté politique.

2) Je ne savais pas que l’épiderme de mon bras droit appartenait désormais à pépère, et que chaque tatouage accolé à celui qui le représente était soumis au veto de sa veuve : plaira ou plaira pas au grand-père ? Et puis ça m’agace déjà suffisamment de devoir faire mes choix ou prendre des décisions qui n’engagent que moi en fonction des autres. Des vivants, j’entends. Alors si maintenant, en plus des avis divers et variés de l’entourage propre, faut aussi prendre en considération l’avis des aïeux décédés depuis 30 ans ou plus, j’en dis qu’on n’est pas sorti de l’auberge. Ca n’a l’air de rien, mais ça résume bien l’ambiance dans laquelle j’ai été éduquée et dans laquelle je me suis toujours construite. Quand j’explique à quel point j’ai toujours grandi parmi les morts, je sens bien que personne ne pige. C’est une bonne chose et ça me semble très sensé de cultiver le souvenir, de prendre soin de la mémoire de nos morts, de continuer à les aimer et se rappeler d’eux. Mais arriver à 35 ans (sorry, j’anticipe toujours de quelques années, ça m’aide à me préparer à ma première injection de Botox) et s’entendre reprocher que le pépé décédé serait drôlement fâché de voir sa petite fille majeure et vaccinée depuis longtemps, se faire piquer une de croix de lorraine sur le gras du bras, ça a le don de me rendre aussi acariâtre et mal lunée qu’un deuxième jour de menstruations. Et quand bien même, même si j’avais décidé de me faire tatouer « I love UMP » sur le front, juste pour faire chier mon monde et pour faire la meilleure mauvaise blague de toute l’histoire familiale, qu’est-ce que ça pourrait bien faire ? J’essaye d’être tournée vers la vie plutôt que vers la mort, contrairement à la façon dont mon éducation m’a programmée. Et après, on s’étonne que je sois attirée vers le morbide depuis que j’ai 9 ans (sans blague) et que j’en sois à suivre des thérapies familiales ou à batailler dans un parcours spirituel déroutant que d’aucuns résument à une schizophrénie latente.  Comme si en plus d’être gaulliste, j’étais maintenant dépressive et schizo, grazie la famiglia.

 

Bref en ce moment, tout va bien. La.Méga.Patate.

La. Positive. Attitude.

 

D’ailleurs ça me fait penser à un ami que j’ai et qui a pour projet de s’acheter un camion, de laisser tout tomber et de partir vivre dans la montagne avec juste ce qu’il faut, en quasi autonomie, juste pour le plaisir de passer ses journées à regarder la montagne et le ciel et se sentir libre. Libre, ouais.

Je crois que ce mec-là a tout compris.

Et c’est bien dommage qu’y ait pas six places de rab dans son camion parce que sans ça, j’aurais bien été tentée de m’incruster, avec mes chipmunks et mon acolyte. La vérité c’est que là maintenant tout de suite, j’aurais bien envie de prendre mes gosses et mon vieux mari, de les charger dans un camping car, et de partir un an en vacances. Pour voir le monde. Voir comment vivent les gens ailleurs. Me faire tatouer à l’aiguille de bambou par une octogénaire vietnamienne. Ne plus me soucier d’avoir à me saper correctement ni me maquiller. Faire un séjour dans un ashram (pas trop long hein, faut pas déconner). Marcher pieds nus. Manger des salades d’avocats sur une plage californienne. Rentrer à la maison et avoir un cinquième enfant (j’en suis là, oui).

For goodness sake, je crois que je suis en train de virer salement hippie. Avec ou sans sabots.

 

Edit : Le sketch du tattoo n’est pas libre de droit, tu penses. Mais si tu veux t’en faire tatouer un aussi chouette, tu peux prendre contact avec Pömme au tattoo shop Fun House (Metz).