Série B

Depuis que je me suis abonnée aux chaînes du câble, je lis beaucoup moins de livres et je me couche moins tôt, mais mes soirées sont désormais pavées de surprises et d’incongruités, vous devriez voir ça.

Tenez, prenez hier. Le programme TV annonçait un film intitulé Le monstre à un oeil, en deuxième partie de soirée. Mon vieux mari et moi, on s’est dit « chic alors, ça sent la série Z à base de cyclope en carton« . Et comme on est très friand de téléfilms mettant en scène des piranhas préhistoriques dévoreurs d’étudiants alcoolisés, ou des araignées mutantes semant la terreur dans des stations de ski, on s’est pas fait de pop corn mais on a tout de même éteint les lumières et on s’est pelotonné sous le plaid en peau de tigre synthétique pour se faire une soirée terreur-mais-pas-trop.

piranha3d

Nous étions donc tout contents de regarder un film un peu pourri avec un monstre sanguinaire dedans, même si on ne s’attendait pas à un scenar aussi sensationnel que celui de Sharknado qui, rappelons-le, raconte tout de même l’histoire de tornades balançant des requins tueurs sur Los Angeles (après les avoir aspirés dans l’océan, donc) (et moi je dis : chapeau). On se demandait même si on allait avoir affaire à un gentil cyclope du genre de Krull, à un monstre sanguinaire mais trognon, avec une tronche de Minion ou de Bob Razowsky, ou bien à une créature autrement plus spectaculaire et recherchée (et en carton-pâte, faites qu’elle soit en carton-pâte !).

krull cyclop

Krull ❤

Mais en fait on n’y était pas du tout.

Du tout.

On aurait dû se rappeler de l’expression « faire pleurer le cyclope », si vous voyez ce que je veux dire.

Car au lieu d’un film de cyclope (ce qui aurait été rudement cool), on s’est farci un film dont le monstre est un pénis tueur.

Rien que ça.

Un pénis autonome, qui se détache du corps de son propriétaire pour mener sa petite existence personnelle en étant free like a river, et bien décidé à s’introduire dans un maximum d’orifices humains pour y accomplir des ravages (un peu comme dans un film porno contemporain, me direz-vous).

Et donc, pendant environ une heure et demie, on a suivi l’histoire de ce pénis qui est en fait littéralement possédé par un extra-terrestre ayant décidé de s’incarner ainsi pour se répandre (sans mauvais jeux de mots) (ce n’est pas mon genre) sur la planète Terre. Et comme les extra-terrestres épient nos moindres faits et gestes via nos satellites (ne me dites pas que vous n’étiez pas au courant) et que nos satellites transmettent un gros paquet de contenus pornographiques (la décadence, vous dis-je), l’alien envahisseur a bien retenu la leçon :  le sexe gouverne le monde et par conséquent, c’est par l’urètre que commencera l’invasion. Alors il repère un acteur porno célèbre (fun fact : Ron Jeremy himself), prend possession de son corps puis finit par en détacher son pénis qui devient alors autonome et qui part vivre sa vie, en trottinant sur ses petites balloches.

oneeyesmonster

« Ooooh regardez ! Un pénis tueur qui se dandine sur le parquet comme une chenille sous cortisone ! »

Comme tout bon film de série B qui se respecte, nous avons eu droit au combo gagnant : un chalet perdu dans la montagne en pleine tempête de neige  + un groupe de jeunes dévergondés décérébrés composé de filles à gros seins qui hurlent, et de mecs pas courageux, sauf un. La base. En l’occurrence, il s’agissait d’une équipe de tournage d’un film porno (ce film n’a peur de RIEN), qui va voir son tournage légèrement perturbé par l’arrivée du zizi tueur venu de l’espace qui, slasher oblige, va s’employer à dégommer tous les membres du groupe, un par un, à l’exception d’un seul toutefois, qui s’avérera finalement être son complice, classique quoi (oui, les pénis tueurs AUSSI peuvent avoir des complices).

Evidemment, les protagonistes luttent pour leur survie. Ils essayent même de lui tendre un piège en l’appatant avec une petite culotte usagée placée devant un ventilateur (malin !) et en essayant de l’attirer dans une vaginette pour le piéger. Y a même une actrice qui essaye de le coincer en l’attirant avec son propre vagin puis en essayant de l’étrangler avec son périnée (la strangulation du zizi, un sujet encore mal connu). Mais tu penses bien, rien ne fonctionne, faut pas non plus prendre un pénis tueur pour un couillon.  Alors comme dans tout bon slasher qui se respecte, vient le moment où l’on frappe à la porte et où tout le monde pousse des cris de panique avant que le plus futé de la bande n’ouvre courageusement la porte et ne finisse par s’exclamer : « Mais non les amis, ce n’est pas le zizi tueur, c’est juste le mec zarbi qui vit tout seul de l’autre côté de la colline !« .

Et le mec zarbi qui vit de l’autre côté de la colline est évidemment un vétéran d’une guerre quelconque, sans ça, ce ne serait pas drôle. Un tantinet traumatisé, aussi, par ce que le côté John Rambo à la rescousse, ça fait toujours son petit effet. Y compris quand il s’agit de venir à la rescousse d’une bande de jeunes nymphos hypotrophiés du bulbe et harcelés par une bite tueuse, oui. D’autant que, devinez quoi, le vétéran, il est pas là pour rien : il a DEJA rencontré un pénis tueur dans sa jeunesse, et il SAIT comment lui faire la peau du prépuce. Un peu comme Captain Brody face au requin tueur du deuxième volet : laissez faire le patron, je m’en suis déjà farci un, de gros poissons, et j’avais pas un si gros bateau. Donc là, le vétéran bizarre (et alcoolo, sinon c’est pas drôle), vient à la rescousse des porno stars mais manque de bol, il se fait étrangler par le pénis tueur qui en plus d’être fornicateur est aussi constricteur, je viens de faire trois rimes, c’est beau comme un poème.

Et bref, l’air de rien, je vous ai tout spoilé.

C’est pas non plus comme si je venais de vous balancer la fin de Homeland, hein (de vous à moi, je ne sais même pas de quoi ça cause mais j’ai entendu dire, par les gens de la ville, que c’était la série cool et tendance du moment) (et moi qui croyais que c’était Arnold et Willy).

d’ailleurs ça c’est le gif du moment :

spoilerjenniferlawrence

A moins que ce ne soit celui-là :

danaplato

Tout cela m’amène à ces 4 questions :

1) Est-ce que je ne mettrais pas un peu trop de gif dans mes articles ?

2) Suis-je vraiment si peu douée pour résumer et commenter un film autre que Karate Kid (c’est pas demain la veille que je remplacerai Isabelle Giordano) ?

3) Ne regarderais-je pas un peu trop la télévision, par hasard ?

4) Combien de temps peut vivre un zizi tueur sans boire ni s’alimenter ?

Vous avez une heure. Ensuite, je ramasse les copies.