Romantic as hell

C’est la Saint Valentin et je suis seule à la maison avec deux enfants sur quatre et aucun mari. Il est parti danser le pogo dans la capitale pendant que je me coltine les gosses mais, comme on dit chez nous, « chacun son tour de merde » (ou de garde, je ne sais plus), et la fois précédente, c’est moi qui ai abandonné le foyer pour boire de l’alcool sans modération avec mes copines et faire la grasse matinée.

Et puis pour être parfaitement honnête, je devais partir avec lui et puis vous savez ce que c’est, on s’engueule pour des auréoles de café sur la table en formica, pour des gouttes d’urine sur l’abattant des toilettes et pour une poubelle pas vidée et ça finit par un « plutôt crever que de venir à ton concert de merde« , en toute modération. Et c’est pas comme si je m’auto-flagellais en m’interdisant, par pure fierté, d’assister au concert d’un de mes groupes préférés, nooooon, c’est totalement pas mon genre. Ni  comme si je me privais, par la même occasion, d’aller voir mes meilleures amies parisiennes que j’ai pas revues depuis six mois ou plus, non non, du tout. Et si ce soir je pleure en écoutant Chicane Destination toute seule dans mon salon refait à neuf (ah oui tiens, j’ai refait mon salon), emmitouflée dans ma peau de mouton Ikea, en envoyant des SMS pleins de mauvaise foi pour me plaindre à mes copines, ce sera rien que de ma faute. Mais passons.

Tout ça pour dire que les engueulades routinières pour cause de vaisselle pas faite, de petites manies agaçantes et autres problèmes domestiques, c’est vraiment très pénible. Comprenez, on ne peut même pas se plaindre, ça n’est ni décent ni suffisamment dramatique pour susciter l’empathie ni quoi que ce soit d’autre. Ca me rappelle cette fois où une de mes bonnes copines me racontait que son mec l’avait trompée avec sa propre soeur (la pauvre) et que je lui ai répondu « Le salaud. Moi c’est pareil, il a encore niqué un de mes pulls préférés en démarrant la machine à laver sur le mauvais programme, lui qui fait la lessive six fois dans l’année. Cons de mecs, j’te jure ». Oui je sais, ça n’est pas raisonnable. Ni très digne. Ca prouve bien que des engueulades de cet ordre là ne servent rien. A rien. Pas plus que les post-it « Est-ce que je vis avec un porc ? Je me pose souvent la question« , accrochés au-dessus du lavabo plein de poils de barbe, non.

L’autre soir d’ailleurs, après avoir passé 186 minutes à zapper d’une chaîne à l’autre (depuis qu’on a le câble, on a développé une légère addiction à la télécommande) (où est le bon vieux temps de l’embarras du choix entre TF1, FR3 et Luxembourg ?), on est tombé sur une petite comédie romantique plutôt chouette intitulée Mariage à l’anglaise. Enfin ça, c’est le titre tout pourri choisi pour la version française de I give it a year, film retraçant les premiers mois houleux d’un couple de jeunes mariés dont l’entourage a déjà parié sur la date du divorce, et qui s’efforce tant bien que mal de passer le cap symbolique de la première année. Ca veut dire que si on avait fait un film pour mon premier mariage, il se serait appelé I give it three months et ne riez pas, ce n’est même pas une blague.

Et bref. On regardait ça quand mon vieux mari s’est écrié, après m’avoir interpellée par mon doux petit nom de muridé : « Ha ben t’as vu, on dirait toi et moi ». Parce que dans le film, le type ne sort jamais les poubelles et que ça énerve sa femme. Et qu’il traîne en caleçon en regardant des vidéos à la con sur Youtube alors qu’y a dix mille trucs à faire autour, et que ça aussi, ça énerve sa femme. Et parce qu’il fait tout un tas de trucs très  énervants dans l’ensemble, et que ça donne à sa femme des allures de pimbêche pas marrante qui ne supporte rien. Alors j’ai dit « Non mais ça va hein, je suis pas non plus psychorigide ni pimbêche comme cette fille, je suis pas du genre à vouloir tout contrôler autour de moi » et il a dit « Si. Et je parie qu’elle fait comme toi, qu’elle aussi elle rince les verres d’eau de son mec et ses tasses à café encore réutilisables dès qu’il a le dos tourné, l’emmerdeuse ». Et on a  longuement débattu pour déterminer si oui ou non, une tasse de café  pouvait raisonnablement  être réutilisée deux jours d’affilée sans être lavée et si on pouvait ou non laisser les verres d’eau à moitié pleins (ou à moitié vides) sur la table de la cuisine en vue du prochain repas, même s’il est évident que oui, en effet, boire dans les verres de la veille ferait économiser de précieuses minutes et quelques centilitres d’eau de vaisselle et d’huile de coude chaque jour (mais tout de même, ça fait désordre).

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Et dans la scène suivante, quand le type ne supporte plus d’entendre sa femme chanter les mauvaises paroles des chansons, j’ai dit « HA. Comme chez nous. Sauf qu’ici, c’est TOI qui chantes tout le temps en yaourt et c’est tellement, TELLEMENT pénible de t’entendre brailler eyes keep eyes au lieu de Ice Capades quand tu chantes Judy is a punk ! « . Et puis quand la femme a honte de son mec qui est bourré et qui danse tout seul sur la piste en se prenant pour Beyoncé, , j’ai dit « HA. Comme toi quand tu fermes les yeux et que tu danses comme John Travolta sous amphet’, tout seul. Pareil. »

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Pis bon, on s’est vite rassuré en se disant que nous on n’était pas encore au stade de la thérapie de couple comme dans le film. Qu’on arrivait encore à supporter la vue des chaussettes sales de l’autre sans avoir envie de se pendre. Et qu’on avait pas honte l’un de l’autre en soirée (enfin ça dépend) (bon ok, je retire ce que j’ai dit). Et qu’il n’avait pas de meilleure amie dont il était secrètement amoureux (ou alors il cache bien son jeu, le fumier) ni moi de séduisant collaborateur (une chance que je sois mère au foyer, on est passé à deux doigts de l’employeur sexy). Et puis on s’est dit que c’était vraiment une sale manie qu’on avait, de se comparer systématiquement aux héros des comédies romantiques, comme si on ne pouvait pas se contenter de simplement regarder le film sans checker les points communs qu’on a avec les protagonistes (si ça se trouve, c’est le symptôme d’une maladie mentale encore méconnue). Et comme nous avons cette manie en commun (ainsi que celle qui consiste à regarder TOUS les documentaires sur les extra-terrestres qui passent sur le câble), nous avons jugé cela de très bon augure et en avons conclu qu’on était plutôt bien barré pour l’avenir, avec nos deux ans de mariage (record battu de 21 mois, check gros !) et quelques sept années de vie commune. Sans rigoler, ça commence à compter.

Et donc, on a continué à regarder ce petit film sympathique et vous savez à quel point j’aime ça moi, les comédies romantiques. Et les comédies tout court. Et la télévision.

Et en regardant ce film, on a établi encore plein de comparaisons (sans ça c’est pas drôle). Et c’est vachement plus marrant de faire des comparaisons et de se trouver des similitudes avec les héros de ce genre de films qu’avec ceux de La guerre du feu ou La colline a des yeux (bien que, même avec ces films là, je parie qu’on peut y arriver) (A L’AISE même).

Et moi, j’ai bien aimé ces trois scènes là qui me parlent plutôt pas mal :

1) La scène du plan à trois. Quand Chloé se retrouve au lit avec son boyfriend et qu’une autre fille pas trop habillée les rejoint. Et qu’elle pige que bon, par la force des choses, elle se retrouve impliquée dans une partie à trois imprévue, ce qui est assez nouveau pour elle qui n’a aucune idée de la façon dont cela va s’organiser. Et en effet, les préliminaires de cette aventure sexuelles se révèlent très décevants (et si drôles) pour Chloé qui est littéralement mise en retrait et qui a toutes les difficultés du monde à essayer de s’imposer, façon « he ho, chuis là, moi aussi j’aimerais bien qu’on me touche un nichon !« . Et j’ai beaucoup ri. Beaucoup. Parce qu’en tant que pucelle du sexe à plusieurs (quand je le dis que je suis quasi vierge, personne ne me croit), cette scène correspond bien à ce que je me suis toujours imaginée en la matière à savoir qu’il y a toujours un pauvre diable laissé pour compte, pendant que les deux autres s’éclatent davantage. Et personne n’a envie d’être le pouilleux du trio, celui qui est forcé d’attendre son tour un peu comme quand on joue à trois à la console avec seulement deux joysticks (enlevez-moi un doute : on utilise encore le terme joystick en 2014 ?).

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2) Quand Nat reçoit  un cadre photo numérique de la part de ses parents. Et qu’ils décident de le tester et de regarder par la même occasion, tous ensemble au milieu du salon, les photos de leurs dernières vacances. Et qu’ils s’aperçoivent, tous ensemble au milieu du salon, que Josh n’a pas effacé ni déplacé les photos porno qu’il avait prises avec Nat pendant lesdites vacances. Et que belle-maman et beau-papa sont tout abasourdis de découvrir leur fille prise en levrette entre deux photos de coucher de soleil et de joli paysage. C’est tellement le genre de trucs que pourrait me faire mon mec que j’ai été obligée de rire, lui qui a téléchargé des photos et vidéos de ses stars du X préférées sur l’album Picasa partagé de nos photos de famille, entre autres. ❤

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Et donc, vous allez dire qu’y a rien que les scènes avec du sexe qui me font rire et c’est bien mal me connaître. La preuve, c’est que j’ai beaucoup ri lors de la scène de tentative de séduction romantique. Quand Guy et sa chevelure soyeuse font un lâcher de colombes dans la salle de réunion. Et que les colombes s’affolent et chient un peu partout, et que l’un d’elle se fait dégommer par le ventilateur.

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Bref, ça aussi ça m’a beaucoup fait rire car ça m’a rappelée que mon mec n’était tellement pas fait pour le romantisme non plus, lui qui un jour m’a payé le pire tête à tête de toute mon existence en me faisant embarquer sur une croisière du troisième âge ambiance Confessions Intimes, un jour de Saint Valentin (c’est d’ailleurs ce jour-là qu’on a solennellement juré qu’on ne fêterait plus jamais la Saint Valentin, JAMAIS). Mais c’est pas vraiment de sa faute, ça m’a rappelée que je ne suis tout simplement pas une fille faite pour le romantisme, never was never will be.

Comme cette fois, y a bien dix ans ou un type étrange que j’ai vaguement fréquenté m’avait prévu une soirée « romantique » et m’avait dit « habille-toi bien, je passe te prendre« . Alors moi, j’ai mis une belle robe et j’ai attendu, et lui il s’est pointé en treillis, en treillis le con, car par « habille-toi bien » il entendait non pas « fais-toi jolie » mais, très précisément, « mets un Damart et des chaussettes chaudes« . Alors j’ai cru que c’était une blague et je me suis changée et il a dit qu’il allait m’emmener voir le clair de lune et j’ai trouvé ça complètement naze mais mignon à la fois et j’ai pas voulu le vexer, et puis comme il avait des bières dans son sac à dos je me suis dit que tout  ne serait pas perdu. Sauf que le con (oui, j’insiste), il m’a emmenée sur un terrain militaire (oui, il avait été militaire avant, faut croire que ça lui avait pas trop bien réussi) en croyant qu’il allait réussir à me faire m’asseoir / enlever mon soutien-gorge sur sa foutue couverture de pique-nique, là, au clair de lune, au milieu des grillons que j’exècre et avec la présence potentielle de troupes de manoeuvre dans les buissons. La grosse vanne. Je te jure, y en a hein, ils sont pas aidés. Alors j’ai piqué une colère et je lui ai ordonné de me ramener chez moi et je crois que je l’ai pas trop revu après ça, voilà ce qui arrive quand on confond mise en scène romantique et randonnée de troufion. Et c’est ce jour-là que j’ai compris cette chose, qui n’aura fait que se confirmer par la suite : que le romantisme n’est pas fait pour moi.

Tout cela pour dire que je vais passer ma Saint-Valentin à me féliciter de n’être impliquée dans aucun projet un tant soit peu romantique. Ni dans aucun projet d’aucune sorte, d’ailleurs. Avec carte blanche pour commander des pizzas en regardant Adventure Time jusqu’à minuit et demi minimum ,et beaucoup de temps libre pour procéder à ces activités auxquelles j’ai rarement le temps de me consacrer, comme m’initier au nail art, trier mes cartes postales ou encore mettre à jour ma liste de fantasmes inaccessibles. Et laissez-moi vous dire que le fantasme n°178 consistera sans nul doute à passer ma main dans les cheveux de Simon Baker.

mentalist