Comme le cul de la padelle

Il y a plusieurs choses qui ces temps-ci me turlupinent (j’emploie le verbe turlupiner, en souvenir de mes 12 ans et de l’époque où je croyais que turlupiner = faire du sexe).

Le fait que ma fille soit en train de franchir le cap de la pré-adolescence et qu’elle ait ouvert un blog, d’abord.
Ma fille.
Un blog.
Ne faites pas semblant de ne pas comprendre.

Pendant des années, ça te crie des « ayéééé » depuis les latrines pour t’inviter à venir les torcher, ça te colle de la morve et des bonbons Haribo partout dans la maison (et même dans les cheveux) et puis un beau matin, ça a 10 piges et ça ouvre un blog. Et toi, t’es comme un con, t’as rien vu venir. C’est moche hein ?

Et donc bref, ma môme a ouvert un blog qui parle de façon assez récurrente de son amour  infini pour Leonardo Di Caprio, et aussi de chatons. Je lui ai dit en rigolant : « Hé mais tu sais qu’y a pas si longtemps, mes copines et moi aussi, on était amoureuses de Leonardo ?« . « Ah ouais, quand ça ? », m’a-t-elle demandé.  » J’ai répondu : « 1997″ , elle a rigolé comme une petite hyène et j’ai failli lui mettre une droite pour lui apprendre le respect.  

1997, putain. C’est comme si c’était la semaine dernière et que j’écoutais encore Spin Doctors en portant des Doc Martens à fleurs. Alors pour la peine, j’ai consigné cette petite effrontée dans sa chambre pour insolence, ça lui apprendra à me rappeler involontairement que je suis vieille.

Cette anecdote nous amène au second point qui me turlupine (j’adore ce mot. Avec piperade, c’est un de mes mots préférés dans ma liste des mots qui ont l’air d’avoir un rapport avec la quéquette mais en fait pas du tout) ( comme renoncule). Et donc, cette chose qui me turlupine (désolée) n’est autre que la vieillerie. Le grand âge. Le flétrissement. Le « madame » qui remplace désormais définitivement le « mademoiselle » à la caisse des grands magasins.

Il faut dire que j’ai cette particularité très agaçante d’être entourée d’amies qui se félicitent à juste titre de ne pas faire leur âge (crâneuses). Disons que moi c’est pareil, mais dans l’autre sens. Je pense que j’ai pris 2 ans de rides et de relâchement cutané par grossesse et chaque jour qui passe, je ressemble davantage à Alice Sapritch dans la pub Jex Four pendant que mes copines de 40 berges ont l’air d’en avoir 19 et de sortir de fac (je les déteste).

J’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes et d’agir enfin intelligemment pour retarder le vieillissement. Je crois en l’existence d’êtres célestes et cosmiques, il est donc tout naturel que je crois aussi aux impostures telles que les vertus rajeunissantes du paraben et la réduction des rides profondes en moins de six semaines.

Après m’être bien fait baiser la gueule par le coup du peeling au retinol – qui, rappelez-vous, a failli me faire muter en princesse Lumpy Space – je me suis dit « oh tiens, et si je faisais du Botox pour avoir la peau du front aussi tendue qu’une tente Queschua ?« . Après tout, j’étais plus à ça près vous savez. J’étais prête à taper dans l’épargne des enfants et à renoncer ainsi à leurs études de médecine (qu’ils aillent bosser au Mac Do comme le fit leur vieille mère en son temps, ça leur apprendra la vie) mais deux événements m’ont interpellée au point de m’en dissuader définitivement : le souvenir d’une vidéo de célèbre blogueuse beauté faisant quasi l’amour à sa fiole de Botox avant son injection (ça m’avait effrayée encore plus que la première fois que j’ai vu l’Exorciste à 8 ans et demi) et la rencontre récente et impromptue avec une copine perdue de vue que j’ai d’abord crue sous cortisone avant de comprendre qu’elle s’était fait regonfler l’épiderme à grands renforts d’injections miracle.

Ainsi ai-je renoncé à la toxine botulique et, par la même occasion, au pillage de PEL des enfants, ce qui permettra à ces petits merdeux d’avoir un beau travail, pour pouvoir me payer la maison de retraite à Sun City. Et avec un peu de bol, y en a bien un qui réussira à devenir chirurgien esthétique pour combler gratos la ride du lion de sa maman.

C’est après cela que j’ai vraiment commencé à sombrer en m’enfonçant chaque jour un peu plus dans une distraction très peu avouable qui, de jour en jour, a un peu plus viré à l’obsession.

On a tous nos petites manies pas très avouables hein, nos petits trucs auxquels on s’adonne en douce en faisant bien attention à ce que les copains ne nous tombent pas dessus avant de publier un statut Facebook du genre « Jean-Claude aime faire du tricot en regardant the Voice dans un slip en papier crepon« . Vous savez ce que c’est hein : pour certains, ce sera le scrapbooking,  l’origami, le curage d’intervalles entre les orteils devant le JT, pour d’autres les prostituées, la drogue ou pire, le KFC.

Depuis un petit moment, mon passe-temps honteux à moi, quand j’ai du temps pour moi (c’est-à-dire de 7 h 20 à 7 h 28 et après 23 h 53), c’est ça : les blogs beauté.

Je sais.

Ca va.

Ne dites rien.

Mais n’ayez pas l’impression que ça ne signifie rien, pour moi ça veut dire beaucoup, car ceux qui me connaissent ne sont pas sans savoir qu’il y a quelques années encore, ma routine beauté consistait à me laver le visage au Persavon et à me coucher sans jamais me démaquiller, jamais. Never. Plutôt crever que de me priver des tâches de mascara qui forment des dessins sur la taie d’oreiller.

A un moment, mes copines ont bien cru qu’elles allaient me perdre. Y en a même une qui avait vu la bouteille d’Eau précieuse dans la salle de bains et qui m’a hurlé dessus en disant : « Mais putain, t’as plus 12 ans et demi, tu veux pas du Clearasil tant que t’y es ?! » et j’ai eu honte. Y en a une autre qui a eu tellement pitié pour ma peau qu’elle s’est mise à m’envoyer des colis de détresse avec des cosmétiques et des petits mots sympa du genre « Ma chérie, tes pores sont tellement dilatées qu’un de ces jours, j’ai peur qu’un de tes gosses tombe dedans. Alors fais-moi plaisir, démaquille-toi, notre amitié en dépend. Bien à toi.« . Bref, j’ai bénéficié d’une grosse remise à niveau de la part de mon entourage, car les copines ça sert aussi à ça, et pas seulement à te tenir la main le jour où tu vas te faire poser ton stérilet.

 

 

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J’ai donc commencé à virevolter d’un blog beauté à l’autre. Autant dire que c’était comme si un nouveau monde s’ouvrait à moi, un pas dans une nouvelle dimension, dans un univers où les problèmes de peau étaient pris au sérieux, TRES au sérieux. Un univers où l’on ne plaisante pas avec la dilatation des pores ou l’excès de sébum dans la zone T, oh que non. Un univers ou si tu n’as pas compris la base du démaquillage en deux temps, t’as raté ta vie. Alors j’ai décidé de me prendre en main et de m’en remettre aux bons conseils de ces filles qui ont l’air si jeunes et si fraîches, et si bien rancardées sur le sujet. Et qui sont un peu mes héroïnes dans le sens où elles font du sujet une sorte de mission divine, à l’instar de la sacro-sainte devise « Objectif peau zéro défaut« , le but ultime, le Saint Graal des blogueuses beauté. Moi, je ne peux qu’être admirative devant tant d’engouement, mon objectif personnel étant « objectif peau 7 ou 8 défauts » ce qui est déjà pas mal, car passer de 18 à 7 grâce à une routine et quelques bons produits, ça me semble déjà très honorable et complètement foufou, encore plus foufou que la fois où j’ai essayé de m’épiler la moustache avec de la crème dépilatoire.

Et de blog en blog, de lien en lien, de test cosméto en tuto vidéo, je sens qu’à force de persévérance, je finirai par maîtriser un jour l’art d’appliquer du fard à paupière foncé sans avoir l’air d’une vieille junkie gothique. Et je sens bien que de toute évidence, le sujet me passionne. J’y découvre des trucs qui surpassent tout ce que j’avais pu imaginer, comme ces petites machines qui ressemblent à des stimulateurs clitoridiens  mais qui en fait ne stimulent pas du tout le berlingot mais font, en revanche, un bien fou à ta peau en envoyant des ions positifs et négatifs au coeur de ton épiderme (ou peut-être bien de la radioactivité, j’ai pas trop suivi, pis qu’est-ce que ça peut bien foutre du moment que ça rend la peau douce et belle, HEIN ?!).

Et de fil en aiguille, avant même d’avoir réalisé quoi que ce soit, j’en arrive au stade où je claque le blé économisé pour mon pélerinage annuel à Disneyland dans un appareil coréen embellisseur de peau ou dans une gamme de produits japonais qui font sûrement beaucoup de bien vu qu’ils ont un packaging kawaïi et  qu’ils sont enrichis en extraits de gingembre et en huile de rose de Damas.

Un nouvel horizon s’offre ainsi à moi. J’aligne mes petits flacons comme une bonne névrosée. Je regarde le film du samedi soir avec un masque imprégné sur le visage et à chaque fois que mon mec se tourne vers moi il sursaute en disant « Oh putain, je m’y ferai jamais« . Je me démaquille en 2 ou 18 étapes, selon l’humeur. J’investis durement, comme vous pouvez le constater, dans mon capital jeunesse déjà foutrement saboté. Et comme un petit mouton, je m’en remets aveuglément aux choix et conseils des blogueuses beauté car il faut bien faire confiance à quelqu’un dans la jungle des produits de soin. Surtout quand on a un background d’adepte des masques au jaune d’oeufs et à l’huile d’olive (est-ce que je vous juge, moi ?).

 

Bref, si on m’avait dit un jour que je publierai un article beauté sur mon blog, j’aurais répondu que je préférerais encore chier des rasoirs que de m’abaisser à ça. Et estimez-vous heureux que je ne vous inflige pas ma routine beauté et des photos de moi pas maquillée « avant / après » car j’étais à deux doigts de conclure par une macro-photo de comédons terrassés ou d’écrire une ode à la brosse Tosowoong (me nettoyer le visage avec cette brosse = ma nouvelle passion dans la vie) (après les rediff de Columbo, bien sûr).

On a eu chaud les mecs, on a eu chaud. Alors la prochaine fois, pour que tout le monde se remette de cet excédent de sérum à l’acide hyaluronique, je propose de revenir à de VRAIS sujets. Comme la situation en Ukraine ou le stérilet, j’hésite. Et d’ici là, mes bichons pleins de sébum, stay tuned.

 

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