Blogging rural

L’autre jour, ma bonne copine Claire est venue me rendre visite avec son enfant grassouillet et un excellent cake au citron nappé de glaçage et de zests d’agrumes. De temps à autre, on s’accorde ainsi un bref tête à tête pour se plaindre mutuellement de nos situations et plancher ensemble sur des questions récurrentes telles que le sempiternel dilemme « vie de famille épanouie VS vie professionnelle et sociale accomplie ». Mais surtout, sur les moyens potentiels de devenir maîtres du monde en trouvant une activité lucrative qui s’exercerait de chez soi avec un enfant pendu à son sein.

Après avoir épluché toutes les possibilités, et constatant que toutes les bonnes idées avaient déjà été trouvées, nous avons très brièvement envisagé d’exploiter des enfants dans des caves en Inde pour nous fabriquer de la marchandise bon marché qu’on ferait passer pour « DIY with love » en la revendant dix fois plus cher en France. Mais bon, comme il nous reste un semblant d’âme, on s’est dit que c’est pas ça qui allait améliorer notre karma déjà bien chargé, et on en a conclu qu’à défaut d’être fichues de trouver un business 2.0 rentable, on allait se contenter de continuer à écrire nos blogs non lucratifs respectifs, histoire de passer le temps.

Moi, j’ai recommencé à me plaindre parce que c’est un peu mon sport favori. Et j’ai dit que de toute façon, j’avais plus le temps d’écrire de chroniques. Claire, qui est franche et pragmatique, elle a dit que le jour où j’arrêterai d’écrire des chroniques de huit pages en guise de note de blog, j’aurais largement le temps d’écrire régulièrement et peut-être même de prendre des cours de yoga entre deux billets. Et c’est vrai qu’elle a pas tort. Ca m’a un peu rappelé les évaluations d’expression écrite que je finissais toujours en retard à l’école primaire et qui me valaient régulièrement des commentaires du type « j’avais demandé une description, pas un roman !« , rédigés dans la marge au stylo rouge, la couleur du maître. Et le fait est que j’ai décidément toujours eu un problème avec ça, incapable que je suis de faire court et concis, préférant de loin me vautrer dans d’interminables diarrhées verbales.

Du coup, ça m’a donné envie d’essayer de nouveaux trucs sur ce blog. Comme des billets plus courts. Voire avec des photos, ce genre de trucs que font les blogueuses tendance de moins de 35 ans, par exemple. Des photos prises en veillant bien à pousser les paniers de linge à repasser hors du cadre, évidemment, pour essayer de convaincre tout le monde que ma vie est aussi cool et sympa que dans une série TV américaine. Ca signifierait que je vais enfin pouvoir me laisser aller à mes bas instincts et assumer de prendre ma nouvelle housse de couette en photo, voire vous faire partager ma fameuse recette de tarte au fromage blanc ou l’ingrédient secret de ma vinaigrette. Evidemment, tout le monde s’en tamponnera le coquillard mais laissez-moi une chance de rester captivante tout en me vautrant dans la superficialité, laissez-moi mettre en scène  mes jours de lessive comme si c’était une réunion chez l’ambassadeur,  après toutes ces années de blogging, j’ai bien le droit de jouer à me prendre pour une vraie blogueuse, rien qu’une fois pour voir, merde à la fin.

C’est que des fois, moi aussi je rêve d’un blog à rubriques. D’un blog aussi bien rangé que mon tiroir à sous-vêtements, avec les soutien-gorges d’un côté et les culottes de l’autre, d’abord triées par couleur puis par modèle, s’agirait pas qu’un shorty rose vienne foutre le merdier au milieu des culottes noires, on ne plaisante pas avec l’organisation des tiroirs, jamais. Alors voilà, certains jours je me dis que je pourrais peut-être tenter le coup pour voir. Publier des billets plus courts plusieurs fois par semaine, trouver des rubriques récurrentes, ce genre de trucs. Bref, voyez dans quels retranchement le désoeuvrement et la déprime latente me poussent, j’arrive pas à savoir si vouloir reprendre ce blog en main est plutôt bon signe ou si c’est carrément affligeant.

Alors guess what, je vais le tenter comme ça. Et puis si ça ne vous plaît pas, faudra bien faire avec (ou sans) et éviter par politesse de trop la ramener, au pire vous pourrez toujours réclamer le remboursement de l’abonnement que vous ne payez pas pour lire ce blog, bande de petits vernis.

Du coup voilà, ma semaine en images débiles et en beaucoup moins de mots qu’à l’accoutumée :

J’ai reçu un bouquet de pivoines et une bougie parfumée à la rose en remerciement de diagnostics thérapeutiques que j’avais fait (oui, j’ai également une vie secrète dont le FBI m’interdit de parler sur ce blog) et ça m’a fait tellement plaisir que j’ai failli en chialer. C’est la première fois qu’un me remercie pour de vrai et qu’on estime que mes conseils valent quelque chose, ça m’a refilé la patate après tous ces mois passés à avoir l’impression d’être une hot line gratuite 24 heure sur 24 pour répondre à l’oeil aux questions, bobos et angoisses de tout l’entourage et de toute façon, qu’on se le dise, c’est pas une pierre de lune dans la raie du cul ni une double dose de fleurs de Bach qui va rendre un semblant de conscience, de motivation et de joie de vivre à une bande de pseudo-dépressifs égocentrés et assistés.

 

pivoines

 

J’ai un nouveau t-shirt préféré que j’ai dégoté pour un prix quasiment dérisoire. Du coup, ça fait huit jours que je vis avec et que je dors avec. J’ai décidé de ne porter plus que ça (avec tout de même un pantalon, de temps à autres) jusqu’à ce que je trouve un nouveau t-shirt préféré qui le surpassera. Et autant dire que sa place de favori risque d’être de courte durée étant donné que j’ai commis un nouvel achat de t-shirts de Conan le barbare et Mad Max cette nuit, à 2 h 56 très exactement.

 

jonsnow

En effet, Jean Neige y connaît que dalle.

J’ai mis un peu d’ordre dans mes nombreux poulaillers. Appollo Creed, mon petit coq gris de collection, est toujours isolé du reste de ses congénères à cause de sa passion dévorante et constante pour les combats ensanglantés. Il vit donc toujours en tête à tête avec sa coloc’, une poule mignonne que j’ai appelé Huguette. La petite Huguette est la seule poule qu’Appollo soit capable de se taper décemment, les autres, il les viole à mort et, dans les meilleurs des cas, je retrouve mes cocottes toutes traumatisées avec plus une plume sur le dos, n’ayant même plus la force de se ruer vers moi quand je débarque avec un seau de pop corn (je fais du pop corn à mes poules si je veux). Appollo nous pose donc bien des problèmes puisqu’on est obligé de le maintenir en isolement à défaut de pouvoir lui permettre de rejoindre le vaste poulailler de quasi-liberté, c’est soit ça soit un bain de sang garanti. Et puis Appollo ne fait pas les choses à moitié, il attaque régulièrement les enfants naïfs qui pensent pouvoir lui caresser la crête et l’autre soir, mon vieux mari est rentré avec un trou d’un demi centimètre dans le mollet après s’être fait attaquer à travers le jean par ce fou furieux. Mon père vote pour qu’on bute Appollo Creed et qu’on le bouffe avec une sauce au vin et des champignons frais, il dit que ce serait pour la bonne cause. Mais moi, je peux pas m’y résoudre, peut-être parce que je bénéficie d’un traitement de faveur qui veut que ledit coq ne m’attaque jamais. Tout ce temps passé assise dans le poulailler à leur parler aurait-il fini par porter ses fruits et par me faire accepter de mes volailles comme leur semblable ? Ou peut-être que j’impose une terreur si effroyable que même le sanguinaire Appollo n’oserait s’en prendre à mes sabots en caoutchouc ou essayer de me crever les yeux ? Toujours est-il que ne pouvant me résoudre à le vendre comme coq de combat ou à le voir finir dans une cocotte Le Creuset, j’ai décidé de prendre la défense ardente de cette sale bestiole et de m’imposer définitivement comme seule maître du poulailler.

 

appollo-creed

L’oeil menaçant d’Appollo Creed cherchant une poule à violer ou un enfant à qui crever les yeux

Dans le poulailler voisin qui est la maternelle des poulets, celui réservé aux derniers nés, j’ai également dû faire face à une grave décision, ma vie de péquenaude étant décidément au moins aussi palpitante que celle d’un DRH ayant reçu l’ordre de licencier un tiers de son effectif, sachant que moi en plus, j’ai droit de vie ou de mort sur mes sujets. L’un de mes poussins, si trognons qu’ils me provoqueraient presque des montées de lait, a en effet eu la mauvaise idée de naître avec une patte raide qu’il traîne laborieusement derrière lui depuis ses premiers jours. Mon père, qui est avant tout pragmatique et rustique au plus haut point, insiste chaque jour pour que « je balance ce truc cagneux au shoot » car selon lui, on n’entretient pas une volaille estropiée aux chances de survie limitées, de mémoire d’homme ça ne s’est jamais vu en milieu rural qu’il dit. Mais moi, j’en ai rien à secouer et j’ai décidé que mon poussin avec une patte en moins allait forcément s’en tirer et vivre une vie heureuse dans l’un des nombreux poulaillers de la propriété (pour info, on n’aura bientôt plus un seul mètre carré de terrain à force de coller des poulaillers partout). Alors du coup, je lui réserve un petit traitement de faveur et je l’aide à rentrer au bercail le soir, pour lui éviter de traîner sa patte folle au milieu de ses congénères qui ne le ménagent pas. Et j’ai décidé de l’appeller Diego-jambe-de-bois.

diego-jambe-de-bois

Diego-jambe-de-bois

J’ai aussi pas mal veillé au grain auprès de mes abeilles qui, cette année, en chient considérablement. Mauvais temps et piètre floraison ont eu raison de la production de miel dont la récolte, cette année, se résumera probablement au néant, c’est en tous cas le cas pour cette première récolte de printemps qui tombe à l’eau. Faute de nectar en quantité suffisante – c’est du moins ce qu’en disent les apiculteurs chevronnés des bleds alentours – les abeilles n’ont même pas stocké de miel dans les hausses (là où elles stockent habituellement le rab de miel qu’on peut prélever sans souci d’affaiblir la colonie) et cette année, on leur laisse donc tout leur miel en croisant très fort les doigts pour que les réserves soient suffisantes pour leur permettre de tenir le coup cet hiver. Et puis de toute façon, cela ne nous gâche pas le plaisir de voir des abeilles à foison sur la moindre fleur du jardin, alors au diable les tartines de miel et de beurre frais.

 

abeille

 

 

A part cela, je me vautre un peu plus chaque jour dans mes passions de vieille dame comme essayer de faire des photos pas trop moches des insectes du jardin ou identifier les oiseaux perchés dans le lilas presque défleuri, qu’y puis-je si j’avais déjà 72 ans à ma naissance. J’ai commencé une grotesque couverture en laine que je réalise au crochet avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, et je me demande parfois si le résultat ne risque pas de rendre quelqu’un épileptique. Par chance, au rythme où j’enchaîne les doubles-brides et assemble les différentes pièces unes à unes, j’envisage de terminer cette merveille aux alentours de 2048, ce qui me laisse encore un peu de temps.

 

scarabée

 

Et mon obsession pour les couleurs de l’arc-en-ciel battant toujours son plein – et ce, depuis la fois où j’ai vu le premier épisode de Rainbow Brite en 1986 – j’en ai également profité pour rénover une partie de notre très grand garage dans lequel j’espérais pourtant faire un jour aménager une salle de cinéma privative, munie d’une machine à pop corn haut de gamme, à condition de gagner à la loterie nationale. Mais n’ayant ni gagné – ni joué – au Loto ni à quoi que ce soit, je me suis contentée d’un aménagement basique visant à organiser les affaires respectives des six membres de cette famille en attribuant à chacun une couleur bien définie. Dois-je conclure en avouant que je me sens glisser vers une légère déviance en matière d’obsession pour l’organisation ? Je crois bien que oui.

 

rainbow

Le premier qui range ses pantoufles dans un casier de la mauvaise couleur, je lui fais péter les rotules par un gang de gitans

Ah oui, et aussi, dans un grand élan d’amour et de confiance, on a décidé de rendre la liberté à notre lapin Richard (oui, aujourd’hui cette chronique fait très séquence animalière, sorry). Acheté en animalerie y a quelques mois, nous l’avions déjà habitué à un semblant de liberté dans la maison, pas question qu’un lapin vive en cage sous notre toit, pas d’ça chez nous ! Au début c’était vraiment cool, on en était arrivé au stade où on lui en voulait même plus de faire des crottes sur les plaids du salon juste avant qu’on s’enroule dedans. Et puis un jour, comme faire des crottes sur le sofa en regardant Alien Files en famille ne le contentait plus, il a décidé de s’en prendre aux fils électriques, le petit saligaud. On l’a découvert après avoir tenu tête pendant une bonne demi-heure à un employé Bouygues Telecom nous demandant de vérifier si notre prise téléphonique n’était pas débranchée, ce qui aurait expliqué l’interruption de nos services depuis trois jours. Nous, on a gueulé dans le téléphone « Oh c’est bon ça va hein, on n’est pas non plus des buses, on sait brancher une prise de courant, trouvez-nous une solution ! », et à la fin, quand on s’est rendu compte que tous les fils étaient grignotées par cet enfoiré de lapin, on s’est senti très très con et j’ai bien failli envoyer à Bouygues une carte d’excuse dans une enveloppe pailletée pour me faire pardonner. Après cet incident, on a donc décidé d’élargir le territoire de Richard en ouvrant les portes de sa résidence secondaire (le clapier du jardin, donc) pour lui permettre de bondir dans le gazon tel un petit cabri, ou tel un petit lapin quoi. Il a tellement apprécié qu’il a lui même convenu d’élargir encore son territoire au jardin des voisins et après quelques semaines d’inquiétude, le voyant somme toute réapparaître quelques heures par jour, le cul dans les fraises ou la gueule dans les plants de salade, on n’a fini par plus avoir une nouvelle de lui. Et on a été obligé d’expliquer aux enfants que Richard était parti faire un très, très long voyage pour rendre visite à sa maman lapin. C’est moche, hein.

richarlapin

Ca c’est la photo qu’on a transmise pour l’alerte enlèvement du lapin.

Bon voilà, cela étant dit, je constate que malgré mon introduction pleine de bonnes résolutions, non seulement j’ai écrit la même tartine que d’habitude mais en plus, avec beaucoup plus de photos. Tout cela pour dire que je trouve que vous avez quand même le cul bordé de nouilles de suivre une blogueuse aussi consciencieuse que moi. Je suis pas loin de pouvoir demander un titre spécifique, comme « blogueuse rurale » ou « blog de la cambrousse », ce qui serait drôlement plus percutant et décadent qu’un traditionnel titre de blogueuse lifestyle ou vintage (même si je m’appelle Evelyne et que j’ai un vieil ouvre-boîte Seb des années 70, remember). Avec des challenges autrement plus ambitieux, car on ne captive pas ses lecteurs en un claquement de doigts avec des histoires de fiente de poules et de lapin, hein. Et puis si je n’y arrive vraiment pas – à vous captiver, j’entends – il sera toujours temps de me reconvertir dans le combat de coqs.

6 thoughts on “Blogging rural

  1. J’adore ! Je veux bien payer un petit (petit) abonnement pour te lire. C’est dire.
    Je n’en dors plus, j’ai peur qu’Appollo Creed ait fait sa fête au petit lapinou… 😦 Ou pire, que ce soit Diego-jambe-de-bois qui cache bien son jeu depuis le départ (ton père a du flair). Bises du 9-3

  2. Sur les lapins, un livre vraiment très bien, l’épopée des lapins de garenne : Les Garennes de Watership Down (je suis en train de lire son cousin sur les taupes, plus « mystique » : le Bois Duncton, une autre merveille).
    C’est des bouquins que je lis avec gougueule image ouvert, vu le nombre de fleurs et de piafs cités.
    Allez, des bises, plein.

    • Je l’ajoute à mon petit carnet des livres à lire, merci. Bises, take care !

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