Merguez Party

Un jour, j’écrirai un roman qui s’intitulera « Les aventures de Monique Bacon et Evelyne Dahlia ».

Non, une saga tiens. En 19 volumes minimum. Chaque volume comportera une illustration partielle sur sa tranche si bien que quand on les alignera tous sur l’étagère du salon, on aura une chouette image d’Amanda Lear en string ou de Joe Dassin avec des chatons, on n’a pas encore décidé.

Evidemment, plusieurs volumes seront consacrés à nos virées shopping qui ont, reconnaissez-le, quelque chose de fascinant. C’est bien simple, il m’est carrément arrivé de recevoir des mails disant « Je vendrais ma mère pour passer un après-midi à faire les boutiques avec vous » et nom de Dieu, qu’est-ce que je vous comprends, moi-même, si je n’étais pas moi, j’aurais drôlement envie de faire partie de ma bande, notre binôme étant tellement awesome qu’il constitue une bande à lui tout seul.

Avec Monique, on s’est même dit qu’on devrait se reconvertir dans une carrière de coach en shopping et faire payer une blinde pour accompagner les gens dans les solderies allemandes, en faisant semblant d’y connaître quelque chose à la mode. Genre : « Chérie, le string Tortues Ninja ne te va pas au teint et ne colle pas à ta morphologie. Essaye plutôt cette grenouillère Kermitt la grenouille en pilou, ça illuminera ton visage et cachera astucieusement ta culotte de cheval« . En attendant, on garde l’exclusivité de ces cool moments, même si on est prêtes à organiser un tour van sur le thème « shopping teuton » si vraiment la demande devient ingérable.

Et bref, quand j’aurai fini d’écrire les trois premiers tomes sur nos péripéties ô combien trépidantes dans les supermarchés allemands, puis dans les Emaüs de France et de Navarre, je consacrerai un volume tout entier aux barbecues, car Monique et moi avons en commun cette passion pour les saucisses grillées trop grasses, les saladiers de punch servis dans le jardin et les tubes 80’s écoutés en plein air. On aime tellement ça qu’on pourrait organiser des barbecues tous les jours de l’année mais comme on vit respectivement dans l’Est et au Luxembourg, cela impliquerait que 90% des barbecues auraient lieu soit sous la pluie soit par des températures comprises entre -3 et 10°C.  Et ça, ça gâcherait un peu la magie des grillades et des salades de riz.

Il n’y a pas si longtemps, Monique nous a donc invités à son fameux barbecue annuel. Cette année, le thème était Merguez Party et j’ai trouvé cela, ma foi, parfaitement approprié. J’ai appelé Monique à quelques heures de la première grillade en lui demandant quel était le dress code et elle m’a répondu que c’était « AB Productions ». Je m’en suis voulue très fort de ne pas avoir anticipé, j’aurais pu m’acheter un t-shirt Embrasse-moi Lucile et réviser les chansons des Bee Hive devant mon miroir pour l’occasion, ou bien mettre des chaussettes rouges et jaunes à petits pois, un truc un peu fun quoi. Comme j’avais que dalle à me mettre, j’ai rappelé Monique :

« Hé Monique, qu’est-ce que je mets ? J’ai rien dans le thème à part des pulls en jacquard et à épaulettes mais bon, c’est pas comme s’il faisait 43 degrés à l’ombre hein.
– Fais pas chier, t’as qu’à mettre toutes les merdes qu’on achète chez Primark, ça fera largement l’affaire. Et magne-toi de rappliquer, y a du punch dans des verres avec des femmes à poil ! »

Alors j’ai failli mettre mon t-shirt David Hasselhof (remember) en me disant que c’était suffisamment 90’s mais pour le coup, pas du tout AB Productions. Il me fallait quelque chose de carrément plus Pat Le Guen, si vous voyez ce que je veux dire. Alors je me suis finalement rappelée que j’avais une mini-robe pastèque dans mon armoire, que j’avais achetée un jour en me disant qu’y aurait forcément une occasion de la porter.Une robe qu’Ariane aurait pu porter avec des cheveux gaufrés et des créoles en plastique pendues aux oreilles, j’imagine. Comme la robe me moulait drôlement la raie des fesses et me donnait légèrement l’air d’être enceinte de trois mois, j’ai veillé à mettre une gaine en-dessous, c’était vraiment très commode, même si j’ai cru tomber dans les pommes huit fois au cours de la soirée tellement je me suis sentie serrée et ficelée comme un rosbiff (tout le monde a cru que j’avais un petit appétit vu que je n’ai ingurgité que du gaspacho et du thé glacé mais la vérité c’est que j’avais peur de craquer ma gaine). Pour faire encore plus AB Prod, je m’étais fait un palmier dans les cheveux et nom d’un chien, j’avais oublié à quel point c’est technique le palmier, si tu le fais pas à la bonne hauteur, il retombe comme une demi-molle et anéantit ton look 90’s à coup sûr.

Bref, ainsi parée, je me suis mise en route vers la merguez party, et je vous épargnerai les péripéties du GPS fou qui nous a fait faire un détour de 200 kilomètres, à tel point qu’on a dû s’arrêter dans une station service en cours de route pour acheter des chips à nos enfants affamés qui, sur la banquette arrière, hurlaient « Pitié, on va mourir de faim ». Jamais le Luxembourg ne nous avait paru aussi loin. Du coup quand ils sont arrivés, ils se sont jetés sur la barbaque comme s’ils n’avaient pas bouffé depuis une semaine, on aurait cru des petits Critter amateurs de merguez.

Monique nous a accueilli habillée en Annette de Premiers Baisers, c’était vraiment cool de la voir se dandiner sur les tubes de Mallory Nataf avec ses tresses, son short en jean et sa chemise fluo. Pour toute playlist, il y avait la discographie complète des Musclés, d’Hélène Rolles et de tous les acteurs/chanteurs d’AB Productions. La plupart des gens n’ont pas trop compris ce choix mais nous on s’en foutait, on était au moins cinq à connaître toutes les paroles par coeur et à aborder la question avec le plus grand sérieux et sans déconner, on est d’accord que José et Nicolas auraient dû se couper les cheveux depuis longtemps, ne serait-ce que pour accorder le monopole du cheveu long à Hélène.

Monique avait fait une cool déco, comme à son habitude, avec un Minitel et des têtes de Bernard Minet plantées dans les petits fours. Perrine avait sorti tous ses pin’s collector du Club Dorothée et Hellgy, habillée en Aralé Norimaki, avait fait une pina colada dont elle était tellement fière qu’elle en a bu environ 18 litres à elle toute seule. On a un peu swingué sur nos tubes préférés comme La fête au village et on a bien aimé relevé les allusions graveleuses planquées dans ces chansons pour enfants, lesquelles étaient fortement nombreuses, soit dit en passant. Ainsi, on a chanté en choeur notre passage préféré de Père-Noël, celui où il est question de ramener « plein de poupées pour les Musclés » et on a longuement débattu pour tenter de savoir s’il était question de putes ou bien de poupées gonflables à trois orifices. On s’est aussi rappelé le bon vieux temps du Club Dorothée et ces fameuses années 90 où l’on savait encore se fendre la gueule, c’est pas de nos jours qu’une chanteuse se produirait en direct devant des enfants en montrant sa fleur sauvage pas épilée, par exemple. Et puis niveau dessins-animés, même combat, où sont passés les pervers d’antan, qu’on nous rende Nicky Larson, Tortue Géniale et tous les autres obsédés de la bite, que diable ! Qu’on rediffuse Juliette je t’aime, avec Charlotte qui se balade presque à poil dans la pension des mimosas, Stéphane le voyeur qui fait des trous dans le mur de son placard pour lui reluquer les roberts de la voisine, et puis bien sûr Pauline, la mère de famille toujours beurrée. Ca c’était du dessin-animé 100% adapté pour la jeunesse, avec du nichon, des pervers voyeuristes et des popoches alcoolisés ! C’est dire si à l’époque, on savait rire et aller droit à l’essentiel hein.

nickylarson

Pour se remettre de toute cette nostalgie, on a un peu écouté Hélène Rolles en dodelinant de la tête avec un faux air romantique, ce qui n’est pas très pratique quand on est respectivement habillé en pastèque et en Annette. Et puis comme une fille ça a le coeur tout rempli de chanson, on a décidé d’avoir également des verres tout rempli de punch et de vodka, même qu’Alphonse n’arrêtait pas de demander qu’on lui serve un truc qui cogne pour être enfin bourrée (c’est ça son secret de beauté pour rester si jeune), et à la fin de la soirée, on en était à chanter « Doooooo-rothée ! Ne bouger pas j’arrive-euh ! » en disant « Putain ouais, ça c’était du vrai bon rock’n’roll les mecs ! Hein ouais ? ».

helene

C’était vraiment une belle soirée. Et ça m’a presque fait oublier le chagrin de ne jamais voir mon nom défiler dans le générique de fin du Club Dorothée, à défaut d’avoir ma carte du parti. Comme il se faisait tard, mon vieux mari a suggéré qu’on rentre, je ne sais pas trop s’il était pressé de partir parce qu’il était excédé par les enfants qui monopolisaient le barbecue avec leurs chamallows grillés ou bien émoustillé par le Allez hop boum boum crac crac des Musclés, au point de vouloir me faire danser derechef le gouzi gouza sur le matelas conjugal à mémoire de forme. Alors on est rentré dans notre campagne sans suivre les indications du GPS – de peur d’arriver au Kazakhstan – avec une folle envie de se refaire l’intégrale de Salut les Musclés, enfin surtout moi vu qu’à cette époque-là, mon mec révisait déjà son BTS tandis que ma seule préoccupation à moi, c’était de réussir à reproduire l’accent d’Hilguegue. Ces soirées nostalgie, je suis pas sûre que ça nous réussisse tant que ça, et je ne dis pas seulement cela parce que j’ai décidé de me remettre à me faire des palmiers, avec ou sans chouchou en velours.

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merguezpartouze

merguezpartyabprodles pin’s ultra collector de Perrine, Docteur ès Hélène et les garçons

One thought on “Merguez Party

  1. La dernière légende de photo, (Perrine, Docteur ès Hélène et les garçons), c’est la cerise sur la merguez d’un texte hilarant. Merci 😀

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