Psycho Beach Cambrousse

Cet été sera plus que jamais celui des barbecues festifs.

Je ne compte plus le nombre d’épis de maïs, d’aubergines grillées, de saucisses au fromage et de mauvais taboulé de supermarché que j’ai vu défiler depuis le début des beaux jours, dans des assiettes en plastique. Ici dans l’Est, c’est pas compliqué, si on n’a pas notre quota de bouffe cuite au charbon de bois pendant l’été, on ne survit pas moralement au grand hiver triste et rugueux.

Pour faire suite à la Merguez Party, il y eut donc une Psycho Beach Party.

Sans la mer ni le sable, juste avec une piscine gonflable remplie d’eau quasi-croupie. Mais à côté de ça, j’avais quand même sorti les nappes cirées kitsch à souhait avec flamants roses, fleurs tropicales et perroquets, planté des lampes torches à la citronnelle, disposé des Moai et des tiki mugs sur les tables et puis surtout, sorti le fameux bar d’extérieur en bambou, emblème de nos soirées les plus cool et les plus arrosées depuis l’an 2009. J’avais sorti le blender, les parasols en papier que je ne sais jamais fixer correctement, les cerises confites, tranché les ananas, empli les congélateurs de glace, disposé des photophores en verre aux anses faites de corde et aligné les verres flamants roses sur une table de jardin. J’avais fait une playlist assez chouette avec bien sûr la BO de Psycho Beach Party, beaucoup de surf music et d’exotica, un peu de Buddy Holly et de titres nostalgiques de vieux juke box, et allez savoir pourquoi, quelques tubes 80’s français, car est-il vraiment une soirée cocktail réussie sans convives alcoolisés qui chantent Thaï Nana en yaourt ?

J’avais mis un short en jean élimé, des chaussures à talon que j’ai troquées contre des tongs au bout de 47 minutes environ, une fleur de tiaré en néoprène dans mes cheveux délavés, plus très bruns ni vraiment blonds, et aussi mes lunettes de soleil à fleur de tiaré, oui je sais ça fait beaucoup de fleurs de tiaré d’un coup mais que voulez-vous, c’est Psycho Beach party ou c’est pas Psycho Beach, hein ?

Monique avait mis des lunettes chouettos avec des petits palmiers, une robe à imprimé très tiki pop, et s’est pointée avec une bouée, pour le look, comme si elle avait prévu de se baigner dans la piscine de vase. J’avais fait une liste de cocktails comme dans les vrais tiki lounge ou dans les bars branchés, avec, entre autres, de vraies recettes de Don the Beachcomber, en veillant à ne choisir exclusivement que des cocktails collant au thème de la soirée : Pineapple Fix, Sun kissed a Virgin, Blue Hawaiian et autres Mexican Surfer ont ainsi coulé dans les gosiers pendant toute la soirée, ça nous a un peu changé des habituelles soirées Heineken et rouge qui tâche.

J’étais assez fière de moi, pour sûr. Je jouais à la barmaid en faisant semblant de m’y connaître dans l’art du cocktail et je vous assure que personne n’a remarqué que c’était la première fois que je me collais à ce genre de discipline (ou alors, les gens ont été trop polis pour la ramener sur le sujet). « Vous inquiétez pas les gars, je gère, j’ai regardé Cocktail en boucle de 1989 à 1992 ! Tom Cruise peut bien aller s’coucher, c’est pas lui qui va m’apprendre à réaliser un Sandra Sunshine !« . Car oui, au bout d’une heure, le taux d’alcoolémie global aidant, j’en étais au stade ou non seulement je ne tenais plus compte des doses prescrites mais où en plus, je créais mes propres cocktails la louche en fonction de la personnalité de chaque invité. Un poème, oui.

 

cocktail

 

 

Quand on me félicitait pour ma préparation, je gueulais « Ben ouais qu’est-ce qu’tu crois, le cocktail, j’ai ça dans le sang ! » même si le seul mélange que j’ai réalisé ces dernières années soit celui du sirop de grenadine et de la limonade bon marché, voire du bouillon Knorr et de l’eau du robinet. J’ai fait des cocktails mousseux avec de la crème de coco, des cocktails joliment bleus qu’on buvait rien que pour le look, mixé de la grenadine avec des jus d’orange et d’ananas et sans déconner les mecs, on peut dire qu’on s’est plutôt bien marré. Et comme nous avons tous atteint l’âge de la maturité, malgré la profusion d’alcools en tous genres (sans déconner, je n’avais pas acheté autant d’alcools différents que la fois où j’ai fêté mes dix-huit ans dans une salle polyvalente), nous n’avons pas sombré dans la lamentable erreur de fin de soirée qui consiste à réaliser des cercueils en mélangeant tous les alcools du bar de papa. Parce que faut pas déconner hein, on est des grandes personnes maintenant, même si nos conversations de fin (et de début) de soirée concernent essentiellement tous les films de Stallone et de Schwarzenegger (que j’aime inconditionnellement) (même et surtout Un flic à la maternelle, oui), la façon dont on s’organisera en cas d’apocalypse, où l’éternel débat consistant à déterminer le profil type d’un vrai fan d’X-Files, selon qu’il ait visionné ou non la série après la disparition de Mulder.

Et dans l’ensemble on a pas trop mal  rigolé même si compte tenu de nos grands âges, on a fini par un café et un morceau de tarte aux cerises, et qu’on ne s’est pas couché si tard que ça.

Le lendemain matin, un cadavre de Lego flottait sur le ventre dans la piscine verdâtre, les verres tulipe exhalaient des relents de noix de coco et de rhum, les longs drinks regorgeaient de parasols en papier multicolores abandonnés dans des flaques de curaçao et de glace fondue, une araignée avait tissé une toile entre deux pieds de lampes en bambou aux bougies consumées, et la bouée de Monique, toute dégonflée, était abandonnée sur une chaise pliante. Il n’y a vraiment que les lendemains de fête pour avoir une aussi sale gueule le dimanche matin, même sous un soleil radieux.

 

photo 2 (2)

 

 

2 thoughts on “Psycho Beach Cambrousse

  1. en fait je crois que c’est apres 45 min de cocktail-making que tu as arreté de tenir compte des dosages…

Les commentaires sont fermés.