Confit everywhere

Bon, pour les fainéants du fond de la classe qui roupillent près du radiateur, je vous rappelle que la dernière fois, on en était resté à la fin de boum apocalyptique de mon ado (wait, mon blog prend des allures de sitcom dans lequel les épisodes se suivent, Plus Belle la Vie n’a qu’à bien se tenir).

Je disais donc qu’après la boum de l’angoisse, quand Monique a vu ma mine déplorable et l’état de ma maison qui n’attendait plus que l’intervention des deux vieilles sous ecstasy de M6 (vous savez, celles qui portent des gants Mapa à pompons), elle a décidé – avec beaucoup de sagesse – qu’il était temps de m’emmener quelque part, n’importe où, loin de mes enfants et de mon foyer, quelque part où les éclaboussures de soda ne pourraient pas m’atteindre et où je n’aurais pas à essayer de dialoguer quotidiennement avec une enfant de douze ans qui passe son temps à se foutre de tout et qui réagit de manière égale – c’est-à-dire par l’indifférence – aux réprimandes, aux compliments, et aux tartes dans la gueule.

J’ai dit un truc du genre : « Ce serait si bien » tout en pensant au fond de moi que j’aurais jamais l’ombre d’une couille d’oser partir quatre jours comme ça, quasi sans prévenir, en plantant mon mec et mes gosses pour aller boire des coups en terrasse cinq heures par jour avec mes copines. Et Mentalo qui était là, je parie qu’elle pensait à peu près à la même chose (dites-vous bien que cette fille et moi, on a enfanté huit gosses à nous deux, oui je sais, c’est monstrueux), alors j’ai proposé ceci : « Si tu y vas, j’y vais aussi et si j’y vais, t’es obligée de venir ». Et bref, allez savoir par quelle magie nous nous sommes retrouvées à réserver des billets d’avion direction le Sud-Ouest (enfin, surtout Monique, nous autres on a rien fait d’autre que se curer les doigts de pieds sur le canapé en matant des séries TV pendant que Momo gérait toute la logistique). Et comment nous nous sommes retrouvées toutes les trois, sans l’ombre d’un mec ou d’un gosse, à traîner nos valises cabines pour un grand week-end de quatre jours avec pour seul programme : changer d’air, rencarder des gens sympas, rien foutre et manger gras.

Je ne sais pas trop quel moment a été mon préféré de ce séjour, alors je vais essayer de faire une liste de tous les cool moments, dans le désordre, et je déciderai ensuite.

Quand je me suis pointée chez Monique à 5 heures du mat’ avec mon thermo-mug à paillettes (celui avec écrit « I’m Hot » dessus, n’ayons honte de rien) et qu’on s’est dit « salut » avec la voix enrouée et les yeux encore tout collés.

Quand on a passé le poste de contrôle sécurité à l’aéroport du Luxembourg et que Mentalo s’est fait fouiller jusqu’à l’élastique du slip tanga, des fois qu’elle recèle une bombe ou de la marijuana (en même temps hein, on n’y peut rien  si elle a un look de narco-trafiquante).

Quand, dans l’avion, on a été cernées par des enfants luxembourgeois habillés en Cyrillus, affublés de prénoms étranges et allaités durant tout le trajet, et que vu la promiscuité de ce vol discount, Monique a failli nous faire un AVC (elle était pas loin de d’hyperventiler en répétant en boucle « Dites-moi que j’ai pris ma pilule ! Dites-moi que j’ai pris ma pilule ! » mais finalement, elle a réussi à garder le contrôle et tout s’est bien terminé).

Quand on est arrivé à l’aéroport et qu’on a découvert que la boîte de location nous avons choisi une décapotable beaucoup trop classe pour des filles comme nous. On était tellement heureuses à l’idée de pouvoir rouler toute capote baissée en écoutant du Michel Sardou sur radio Nostalgie qu’on en a oublier qu’il faisait trois degrés et qu’on était en alerte tempête (« Venez, on part en week-end AU SOLEIL », qu’elle disait).

Quand on a mangé la meilleure entrecôte du monde dans le restaurant préféré de Monique, celui où elle allait souvent quand elle était petite et où on te sert un plat unique : entrecôte / frites. C’était à se taper le cul par terre tellement c’était bon et je crois bien qu’on était pas loin de finir par boire la sauce directement au plat tellement elle était bonne. Hashtag pas trop trop vegan.

Quand je me suis trouvée tellement contente d’être à Toulouse que j’ai parcouru tous les grands magasins pour pouvoir m’asperger d’eau de toilette à la violette, et tant pis si mes acolytes m’ont défendu d’en acheter un flacon malgré mon insistance (comprenez, à ce stade je puais tellement la violette qu’elles n’en pouvaient plus, les pauvres).

Quand on a découvert notre hôtel Ibis Budget qui était tellement minable et cool à la fois, et que la fille de l’accueil nous a fait lancer des dés pour tenter de gagner un cadeau.

« C’est laquelle la plus chanceuse de vous trois ? Parce que je vous préviens, vous avez le droit de lancer les dés qu’une seule fois.
– Et y a quoi un gagner ?
– Un bonbon.
– Bon ben vas-y Monique, lance les dés.
– Ah, désolée, vous avez perdu ! Vous gagnerez peut-être la prochaine fois hein ! »

(C’est vrai qu’on a été très déçues de ne pas gagner un bonbon acidulé qu’on aurait coupé en trois pour se le partager).

Quand on a commencé le week-end par une sieste parce que Monique voulait rien faire d’autre que roupiller avec son masque de nuit en forme de hibou. Elle a sauté dans le lit superposé du haut et elle a ordonné qu’on la réveille sous aucun prétexte, sauf si y avait une rediff de Dawson ou bien si c’était l’heure du cassoulet. Nous en bas, on putassait gentiment dans notre chambre avec vue sur une paire de chaussettes jetées par la fenêtre et c’était bien.

Quand on a passé une cool soirée avec des cools gens de l’internet, dont l’une de mes deux Bobby préférées, et qu’on a mangé des tapas à base de gras et de canard. C’est là que j’ai découvert que dans le Sud Ouest, le confit de canard se décline à peu près à l’infini et qu’il s’accommode avec tout, comme en témoigne cet inoubliable croque-monsieur au confit de canard que j’ai mangé sur un tabouret de bar, en écoutant les potins de la communauté web. Plus tard, j’allais apprendre que dans cette contrée, on pouvait également manger des nems au confit de canard et cela m’a donné une bonne raison d’y retourner.

Quand on s’est arrêté en route pour manger notre premier cassoulet à Castelnaudary et qu’on a failli tomber dans les pommes en voyant que les portions étaient d’envion quatre kilos par personne. Les gros mecs de la table voisine avaient l’air d’enquiller ça à l’aise mais nous, on était pas loin de se sentir mal alors on a demandé un doggy bag. La petite serveuse a dit qu’elle était ok mais qu’elle était obligée de nous faire signer une décharge parce que le cassoulet, ça tourne (imaginez qu’on porte plainte pour gerbe nocturne liée à un cassoulet qui a tourné, ben dans ce cas-là, le restaurateur est protégé par notre décharge signée).

Quand on a mangé des îles flottantes à la violette et pris des photos de bouffe comme des demeurées avant d’ouvrir discrètement le premier bouton de notre pantalon pour pouvoir respirer à nouveau.

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ce dessert manque un peu de confit de canard

Quand on a découvert la nouvelle maison de vacances de Monique qui lui va si bien. Je veux dire, cette maison et elle, elles vont vraiment bien ensemble, elles ont le même look démodé et cool à la fois. Elles étaient définitivement faites pour se rencontrer.

Quand la fille de l’agence immobilière nous a emmené voir le bout de garrigue vendu à la maison dans sa 206 de cross. Et quand arrivée devant le panneau « Attention DANGER, chasse en cours !!! » elle a dit, avec son accent chantant : « Bon eh bé on va descendre quand même hein, je pense que ça craint rien ». Mais comme partout autour de nous, y avait rien que l’écho des coups de feu et des chiens de chasse qui aboient, elle a eu une idée lumineuse : « Ecoutez, le mieux c’est qu’on parle bien fort pour être sûres de pas se prendre une balle hein ! ». On est passées à un poil de cul de la mort et de la rubrique fait divers mention accident de chasse, je vous le dis.

Quand on s’est retrouvées chez le Consul de Patagonie et qu’on a trouvé ça étrange (ça nous a fait notre semaine cette histoire de Patagons).

Quand on a dormi dans un gîte décoré à la marocaine. Y avait même du désodorisant à la fleur d’oranger dans les chiottes, c’est dire si les proprios avaient le sens du détail.

Quand on a passé la soirée à manger des saloperies salées qu’on sert à l’apéritif en buvant du champagne devant un épisode de Tellement vrai , spécial famille nombreuses. Ca nous a rappelé la maison, à Mentalo et moi, du coup on s’est resservies une petite coupe pour ne pas trop penser au retour.

Quand on a voulu se faire un restau, au milieu de la pampa, et qu’on s’est aperçu trop tard que tout était fermé à plus de quarante kilomètres à la ronde, y compris les supérettes. On a eu peur de claquer de faim et cela donnait à cette soirée une ambiance post apocalyptique. On n’avait rien qu’un litre de lait, des pommes et du thé à partager, mais c’était sans compter sur la présence d’esprit de Manou qui ne se déplace jamais sans une glacière de cuisses de canard confites.

Quand on a mangé des madeleines de Serge jusqu’à en crever, trempées dans du thé. Je ne veux plus jamais manger d’autres madeleines que celles de Serge, plus jamais.

Quand j’ai passé deux nuits à errer sur Instagram, parce que j’avais rien d’autre à foutre et que ça, ça m’arrive jamais (d’habitude à vingt trois heures, je m’effondre comme une merde sur ma couette après m’être farcie une heure et demi de repassage) et que Mentalo m’a fait découvrir le compte de Céleste Barber. J’ai ri, mais tellement ri, que j’en ai fait couler mon rimmel (parce que bah oui, je ne me démaquillais pas non plus avant de me coucher, c’est ça l’esprit vacances et farniente, estimez-vous déjà heureux que j’aie eu la force de prendre une douche quotidienne).

Quand on a vu la mer sous la pluie avec le vent dans les cheveux. Comme on a ajouté le filtre Clarendon sur nos photos, on ne se rend même pas compte que la mer et le ciel étaient alors à ce point gris.

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Quand Monique et moi on a voulu jouer aux challengers du cassoulet et qu’on a re-commandé un cassoulet dans un restau. J’en étais à quatre kilos pris en trois jours, minimum, et rien que la vue du cassoulet me filait des hauts le coeur. Je crois que j’ai bouffé plus de viande pendant ce week-end prolongé qu’au cours des trois derniers mois, heureusement que ça n’arrive qu’une fois dans l’année (je m’en voudrais de décimer à moi seule des populations entières de canards). C’était un peu un week-end placé sous le signe du no limit.

En tous cas une chose est sûre, j’ai solennellement juré de ne plus re-manger de cassoulet avant 2019 minimum. Pas même du William Saurin avec des fausses saucisses molles qui se coupent à la fourchette (je dis cela car c’était le plat préféré de mon enfance, avec le thon en boîte et les corned beef) (oui, j’étais très branchée conserves à l’époque). Tout cela pour dire que ces quatre jours loin de chez moi m’ont drôlement ragaillardie et tant pis si on s’est légèrement fait arnaquer sur la météo (imaginez, il n’a jamais fait aussi froid que ce week-end là dans le Sud-Ouest et mon mec passait son temps à m’envoyer des SMS pour me dire « C’est con, ici il fait grand soleil », le bâtard). Cela dit, heureusement qu’on avait le cassoulet pour se consoler. Quand je suis rentrée, mon mec et mes enfants m’ont pas trop reconnue, rapport à tout le gras qui s’était figé dans mes cuisses et mes bajoues. Car comme disait Monique : « On va quand même pas se faire chier avec des green smoothies detox, ce week-end, on n’admettra que des aliments retox« .

Et maintenant, pour me remettre de cela, il ne me reste plus qu’à manger de la laitue iceberg sans vinaigrette pendant six mois minimum et à allumer une bougie pour tous les canards éradiqués par ma faute. Et si Dieu le veut, quand j’aurais perdu mes six kilos de trop et que les âmes des petits canards seront bien montées au ciel, il m’autorisera peut-être à manger une fois encore des madeleines de Serge.

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8 thoughts on “Confit everywhere

  1. Je propose:
    1. qu’on reparte immédiatement parce qu’on est quand-même les meufs les plus cools que je connaisse.
    2. qu’on se cotise pour payer le billet d’avion à Serge, il nous fera de la pissaladière et des madeleines au petit déjeuner tous les jours
    3. qu’on aille faire attester chez le notaire de Monique que 100% des faits énoncés ci-dessus sont absolument authentiques quoi qu’en disent les apparences

    • Je propose qu’on se cotise pour payer UN APPART à Serge histoire de l’avoir toujours sous la main. (J’ai oublié de parler des kiwis de Manou au petit-déjeuner, « Pour les vitamines »).

      • Et quand la dame de l’agence immobilière a outrepassé le panneau « attention chasse au grand gibier » en diant « on va parler fort pour pas se prendre une balleuh! »

        Et quand on a failli rester coincés (à un poil de couille de mouche près sans déconner) avec le Kangoo de Serge dans une ruelle d’un bled très très paumé.

      • J’ai oublié le coup de la chasse au gibier. Je suis obligée de faire un edit immédiatement.

  2. Merci ! Merci pour cette fabuleuse découverte du compte instagram de Céleste Barber.

  3. Grand Dieu, mais j’ai ri! Je te découvre grâce au blog de Chag (je suis une groupie relou). Et j’ai fait travailler mon périnée hyper tonique grâce à ton billet hyper comique. Et moi aussi j’aime Joe Dassin au premier degré. Et le bachelor aussi (pas taper). Bref, je veux bien t’épouser.

    • Le bachelor, c’est celui qui est dur de partout (ou peut-être que je confonds avec Greg le milliardaire) ?

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