Vacances

Les vacances scolaires touchent à leur fin et je ne sais pas si je dois me réjouir ou au contraire, trépigner et éructer des jurons jusqu’à ce que cela s’annule. Les réveils tardifs et les petits-déjeuners qui traînent en longueur vont drôlement me manquer, mais pas autant que l’oubli subit de la notion d’horaires avec autorisation de manger de la pizza cinq jours sur sept.

Pour sûr, distraire quatre enfants à plein temps n’a pas été tous les jours aussi simple qu’on pourrait le croire et je n’ai presque pas honte d’avoir capitulé le onzième jour en leur achetant une boîte de sable synthétique à modeler à un prix scandaleux, en leur faisant promettre de ne pas le laisser traîner par terre, afin d’éviter que les chats ne chient dedans. Car très vite, les enfants (ou du moins les miens) se lassent d’à peu près tout et ne savent plus savourer la simple joie des grasses matinées et des pizzas quatre fromages en guise de cinq fruits et légumes frais, ni celle des après-midis à lire sur le canapé-lit exceptionnellement déplié tout en regardant des films d’animation japonais. Je crois que c’est au bout du quatrième jour seulement que Totoro et le gorgonzola ont cessé de faire leur effet. Et que j’ai commencé à me farcir d’inlassables lamentations à base de je-m-ennuie-chais-pas-quoi-faire.

J’ai eu beau faire ma vieille conne et répéter que moi à leur âge, je m’amusais d’un rien, que je passais mes après-midis devant les clapiers de ma grand-mère, à regarder les lapins, leur donner des noms ridicules et leur faire de petites assiettes d’herbes et d’aromates chipés dans le jardin. Mais que voulez-vous, la chair de ma chair a à la fois l’air de ne pas me croire et de trouver ce genre d’activité profondément ennuyeuse et ridicule (peut-être s’inquiètent-ils de voir qu’à mon grand âge, je la pratique toujours, sans jamais m’en lasser). On a donc enchaîné les balades au grand air (mais pas trop longues parce que ça fait mal aux pieds et qu’après le premier kilomètre, la dernière née hurle qu’elle va mourir de soif si on lui donne pas d’urgence une gorgée d’Evian) et les ateliers dessin et peinture qui tâche (qui ont le mérite de les occuper calmement pendant environ huit minutes étant donné qu’à la neuvième, on attaque la peinture aux doigts avant d’enchaîner, à la onzième avec la peinture aux doigts sur mobilier de cuisine). On a fait des jeux de société à n’en plus pouvoir et on n’a même pas laissé les plus petits tricher ni gagner d’office. On a regardé des Walt Disney et des films géniaux des années 80 qu’ils n’ont, pour leur part, pas trouvé si fabuleux que cela. Et puis au bout d’une semaine, j’ai doucement commencé à capituler et à cesser de me battre pour qu’ils délaissent leurs chats virtuels sur Neko Atsume au profit de leurs vrais animaux domestiques. Et j’ai même feint de ne pas remarquer la musique de Super Mario Kart dans leur chambre à une heure où ils étaient censés lire un roman à défaut de dormir.

A ce stade des vacances, je devrais donc en avoir légitimement plein le cul ou envisager très sérieusement de vendre mon rein droit pour pouvoir m’offrir les services d’une gouvernante qui les ferait jouer à Colin Maillard toute la journée et leur ferai des tartines à la demande, pendant que je lirais avec mes chats et ma thermos de thé. Sauf que, allez savoir pourquoi, j’ai toujours eu un faible pour ces périodes de congés scolaires, même si chaque jour de vacances me rapproche un peu plus de l’obésité avec son rituel des repas absolument pas équilibrés (« Hé les mecs, qui veut de la pizza froide avec ses tartines de Nutella ? C’est les vacances ou c’est pas les vacances, bordel ?! ») et même si ma descendance met mes nerfs à rude épreuve.

J’ai bien aimé me lever à neuf heures presque tous les jours et manger des pancakes au petit-déjeuner. J’ai bien aimé que ledit petit-dej dure parfois jusqu’à onze heures et soit l’occasion de torcher jusqu’à trois litres de thé et deux-cent pages d’un roman sans une seule interruption ou presque. J’ai bien aimé ne pas avoir à me demander dès onze heures du matin quel genre de plat rapide et équilibré j’allais bien pouvoir préparer avant d’effectuer les six trajets me permettant de récupérer les enfants à temps pour leur pause déjeuner éclair. J’ai bien aimé que l’école, les cours de musique et les activités sportives se retrouvent soudainement en suspens, nous offrant le luxe de ne plus à avoir à guetter l’heure sans arrêt ni à mettre des alarme sur nos téléphones éteints. J’ai encore plus aimé tous ces moments passés à la librairie, et tant pis si les enfants se passionnent plus pour Plant Vs Zombie version BD ou pour les immondes livres pailletés de la Reine des Neiges que pour Roald Dahl. J’ai bien aimé qu’on aille boire des milkshakes à l’heure du goûter, et tant pis s’ils étaient à la fois trop chers et trop sucrés. J’ai bien aimé voir leurs joues rosies d’avoir tant couru dans l’herbe enfin tondue, et je n’ai même pas pesté quand la dernière née à cueilli la plupart des fleurs de la plate-bande aux bulbes colorés pour m’en faire un bouquet. J’ai beaucoup moins aimé quand une poule fugueuse et as de l’évasion s’est chargée de négocier les dernières plantes à fleurs, sans aucun discernement. J’ai bien aimé jouer Le tourbillon de la vie au piano avec la môme chantant le refrain dans mes oreilles avec sa petite voix de canard en train de muer. J’ai bien aimé initier les enfants à un jeu de société où l’on incarne une équipe de survivants unie pour rétamer des hordes de zombies et survivre à l’apocalypse (et ne sous-estimez jamais les capacités d’une enfant de trois ans disposant d’une tronçonneuse virtuelle face à des monstres apocalyptiques). J’ai bien aimé les voir collés les uns contre les autres devant un épisode d’Harry Potter pendant que j’enchaînais les milliers de pages d’Outlander en pleurant à intervalles presque réguliers (bientôt un article sur le sujet, vous voilà prévenus). J’ai bien aimé redécorer le salon et ré-organisé les bibliothèques cent fois avant de parvenir à un résultat satisfaisant. J’ai bien aimé prendre le temps de lire à nouveau des comic books en buvant du thé à la noix de pécan. J’ai adoré voir les lapereaux naître puis sortir du nid en remuant leur museau minuscule. Et puis surtout, j’ai aimé pouvoir me coucher plusieurs fois à cinq heures du matin, satisfaite d’avoir si bien avancé dans mon roman.

Dans quelques jours, le rythme de l’école reprendra le dessus et ma voix enrouée se substituera aux effluves de pâte à crêpe et de chocolat chaud pour tirer les enfants de leur sommeil, à une heure scandaleusement prématurée à mon goût. Les petits déjeuners seront de nouveau expédiés en moins de deux et je devrai recommencer à régler mon réveil une heure plus tôt si je souhaite me ménager un temps de lecture. Il faudra de nouveau veiller à ne pas oublier le bonnet de bain dans les sacs de piscine ni les livres de bibliothèque que l’on rend le jeudi. Il faudra se réhabituer aux douze trajets quotidiens entre la maison, les écoles et l’arrêt de bus, ainsi qu’aux déplacements imprévus vers le collège aux professeurs toujours absents. Il faudra de nouveau veiller à ce que la consultation orthodontique n’empiète pas sur la leçon de piano et ne pas se tromper de goûter en fonction du jour de la semaine, évitant de confier à la plus petite une clémentine épluchée le jour du « bout de pain et de son copain salé » (la clémentine, non, le hot dog, oui).

Et dans douze semaines, on pourra enfin recommencer à manger des cheese-burgers de minuit avec Jack Burton en regardant Big Trouble in Little China.

 

burton

*******

Si vous aimez CX Break & Dinosaures, vous pouvez soutenir le blog…

tipeee

8 thoughts on “Vacances

  1. Tiens, ça m’intéresse beaucoup, ton avis sur Outlander, parce qu’au vu de la série je ne sais pas trop si c’est Harlequin avec un kilt ou le nouveau Game of thrones…

    • J’aurais tendance à dire que c’est à peu près un bon compromis entre les deux. Avec des intrigues passionnantes et des personnages attachants mais en même temps, quelques points un peu too much et des passages chiants au possible (et des scènes de cul un peu trop tout le temps) (comme dans la version TV de Game of Thrones, en somme). Je le lis en ayant parfois honte de lire un truc aussi con-con mais en même temps, c’est la plupart du temps tellement passionnant que j’arrive pas en décrocher. Et dans l’ensemble, je suis plutôt fan (genre j’ai quand même commandé une bannière Sassenach pour l’accrocher dans mon salon) (ne dites rien, merci).

  2. Quatre enfants? Wouaw. Je comprends ta nostalgie, les vacances, c’est tout simplement merveilleux, une parenthèse où on a l’impression de vivre 😉

    • J’ai raté le réveil ce matin et on s’est tous levés à 9 h 30 au lieu de 7 h. La reprise commence mal.

  3. Ahhhh … Toi aussi tu trouves que l’école c’ est horriblement tôt? Moi j’ai toujours prôné le début des classes à 11h voire midi … Et qu’ils nous les rendent à 19h (sans coupure – merci).
    Et où tu as vu 12 semaines??? Ici, les dernières vacances se sont terminées le 3 avril, les prochaines sont le 6 mai. A peine un petit mois d’école. Juste le temps de reprendre ses marques et hop perturbation. Et en famille recomposée, étalée sur 3 zones différentes, je n’ai jamais l’impression d’être en vacances moi 😦

Les commentaires sont fermés.