In worn out shoes

Parfois, je suis à deux doigts de souhaiter l’apocalypse pour qu’on soit tous obligé de rester calfeutré chez soi, à lire des livres à la bougie en buvant des tisanes sous des couvertures en laine. Et puis juste après, je me mets à penser aux hordes cannibales prêtes à venir me bouffer une jambe après un viol de rigueur et cela, avant même que j’ai eu le temps de mettre mon marque page au bon endroit ou de finir mon chapitre. Et ça me gâche un peu mes rêves d’apocalypse et de lecture continue forcée.

Il ne me reste donc plus qu’à souhaiter de gagner à la loterie pour pouvoir passer le restant de mes jours à bouquiner sous mon plaid pendant que mes enfants deviendront stars de la télé-réalité et que mon vieux mari se sera offert une île thaïlandaise où les psylocibes poussent comme du chiendent et attirent les vacancières suédoises libertines de 25 ans.

Ces derniers temps, j’ai un peu négligé mon projet de lecture « My favourite book of all time », non que je manque de livres à lire (il en reste très exactement trois sur ma pile et je pense en avoir le double voire le triple à commander), mais pour deux raisons que j’estime plutôt bonnes :

1) L’un des livres que l’on m’a invitée à lire n’est autre que Outlander / Le Chardon et le Tartan. Et comme cette saga romanesque se décline en quelques huit volumes de 900 à 1500 pages en moyenne, on peut dire que je suis pas près de la torcher aussi rapidement que les autres livres que j’enquille habituellement au rythme de deux ou trois par semaine. Toujours est-il que je suis devenue, en un rien de temps, totalement fan et complètement accro à cette saga aussi passionnante que mièvre, entre roman d’aventure historique totalement captivant et récit Harlequin (bon, dit comme ça, ça fait moyennement rêver mais je vous assure que c’est vraiment cool) au point de ne plus rien lire d’autre que ça. J’ai profité des congés scolaires pour me farcir les trois premiers tomes, mettant mon temps de sommeil à rude épreuve mais que voulez-vous, entre dormir et fantasmer sur Jamie Fraser, le choix est vite fait. Entre temps, guess what, j’ai appris que le roman était adapté en série TV et que c’était précisément une des grandes séries à succès du moment (l’histoire de ma vie : découvrir des livres géniaux quand tout le monde a déjà vu leur adaptation cent fois). Bref, je reviendrai sur ma lecture d’Outlander un peu plus tard et sans doute à plusieurs reprises car je suis en train de devenir une vraie fan girl qui se ruine en goodies estampillés de références au bouquin (mon mec se demande pourquoi je commande autant d’objets inutiles imprimés »Sassenach » mais comme il a l’habitude que je fasse des choses bizarres, il me regarde faire sans rien dire). Et cela n’a évidemment rien à voir avec le fait que j’ai envie de faire l’amour avec Jamie Fraser toutes les huit minutes environ.

 

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Moi aussi, Jamie.

2) Alors que, en bonne campagnarde qui se respecte, je commande d’ordinaire mes livres en 48 heures chez mon dealer de bouquins 2.0, j’ai recommencé à fréquenter les librairies physiques. J’y ai redécouvert le plaisir d’acheter des livres sur un simple coup de coeur à la seule lecture du titre ou en tombant amoureuse du résumé de la quatrième de couverture. J’ai aussi succombé à des tas de bouquins juste parce que leur couverture était cool, étant définitivement une cible marketing idéale. Et du coup, j’ai relégué momentanément mon challenge de lecture au profit de mes coup de coeur du moment car après tout, je me rends compte que cela fait des mois que, au nom de ce challenge, je ne lis quasiment plus que des livres que l’on me conseille (et que, la plupart du temps, je suis ravie de découvrir), sans plus jamais me diriger vers des bouquins qui m’attirent spontanément. Alors voilà, cette petite parenthèse me permet de me remettre à lire des trucs que je choisis toute seule sans aucun conseil et ma foi, ça m’avait un peu manqué d’aborder à nouveau la lecture sans contrainte ni aucun objectif à atteindre à tout prix.

Et du coup, je me fiche pas mal que cette semaine, mon pèse-personne affiche encore un kilo de plus, qu’un de mes chats ait chié sur ma jolie couette hors de prix, que notre voiture ait définitivement rendu l’âme et que cette matinée ait commencé par une cuve de fuel que nous avons négligemment laissé se vider sans qu’il n’y ait aucune possibilité de livraison avant six jours. Eh ouais les mecs, j’arrive à me foutre de tout cela étant donné que, dans le même temps, j’ai aussi lu le plus joli livre que j’ai lu depuis des mois, et j’aurais même tendance à lire que depuis ce début d’année, je n’avais rien lu d’aussi beau que ce roman-là. Alors au diable les crottes de chat sur le lit conjugal, au diable le gras dans les cuisses, les turbos de voiture qui claquent deux fois en trois mois et les douches froides.

Alors voilà, le livre s’appelle En attendant Bojangles et si vous ne l’avez pas encore lu, vous n’avez même pas idée de ce que vous avez raté.

En attendant Bojangles  est l’histoire d’un couple totalement fantasque et extravagant, raconté par leur fils, un fils émerveillé par le spectacle quotidien de ces deux êtres fous d’amour qui s’enivrent de fêtes, de champagne, de doux mensonges et de folie douce. Ils vivent tous trois dans un appartement complètement fou, où le sol en damier du hall d’entrée constitue un jeu de dames géant auquel on joue en utilisant de gros coussins blancs et noirs, où l’animal domestique est un oiseau exotique nommé Mlle Superfétatoire, et où le séjour se change chaque soir en salle de bal, leur vie n’étant qu’une succession de fêtes, d’inventions, de chimères et de poésie. Fasciné par l’amour fou de ses parents et par cette ambiance de fête perpétuelle, l’enfant doit brusquement faire face à l’inéluctable : la folie douce de la mère se mute progressivement en délires et obsessions d’un autre genre. Son père et lui feront alors tout pour que malgré cette nouvelle donne, la fête continue coûte que coûte et pour que jamais ce couple hors norme ne cesse de danser au son de Mr. Bojangles.

Je vois pas quoi dire d’autre sur ce bouquin si ce n’est que c’est un parfaitchef d’oeuvre. La chiale totale, du début à la fin, pas parce que c’est à chialer de tristesse mais parce que c’est tellement beau et tellement poétique à la fois que nom d’un chien, je ne vois pas ce qu’on pourrait faire d’autre que de chialer en souriant, chialer en mordant le coin de sa couverture ou chialer en répandant du mucus plein sa tasse de thé (vous reprendrez bien une petite tasse après ça ?). Bon après, je suis un saule pleureur, donc je ne suis pas non plus très objective. Mais j’ai fait lire ce livre à d’autres personnes qui ont ri et chialé à la fois tout autant que moi et je pense que leur coeur de jeune fille a pleuré autant que le mien. Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu autant de poésie condensée dans un aussi joli bouquin et vraiment, si vous ne deviez lire qu’un seul livre ce mois-ci, ou qu’un seul livre cette année, lisez vraiment celui-là. Ce sera les 15,50 € les mieux investis depuis longtemps.

Voilà. Je me rends compte que ce blog parle un peu trop de livres ces derniers temps mais hey, on ne parle jamais trop de livres après tout. La prochaine fois j’essayerai donc de vous parler de mes vacances de l’angoisse en hôtel club, depuis le temps que je vous promets ça. Ou bien de mon voyage en Islande et de la naissance de mes bébés lapins (voyez, je ne passe donc pas tout mon temps à lire des livres comme une vieille bibliothécaire) (ni à préparer les sacs de piscine et faire réciter la table de 7). Et d’ici là, lisez En attendant Bojangles , vous me remercierez d’avoir tant insisté.

 

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Acheter En attendant Bojangles
d’Olivier Bourdeaut

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One thought on “In worn out shoes

  1. Oui, c’est vraiment cool Le chardon et le Tartan (et Jamie Fraser aussi). Merci pour les conseils !

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