Arnold Schwarzenegger, keep away from fire & hamburger

Je crois bien que ce qu’on raconte sur la loi des séries est véritable. Et que comme le veut le proverbe, un malheur ne vient jamais seul.

Ayant épongé mon lot de petits malheurs et grosses contrariétés ces dernières semaines, j’en étais arrivée au stade de déprime fatidique qui veut que je me console en me vouant à une seule et unique distraction, pendant six jours au moins, pour tenter de la sorte de conjurer le mauvais sort. Cela faisait donc une semaine que, à raison de quelques heures quotidiennes, je vivais en slip et me repassais le thème de Conan le barbare en mangeant des Kit Kat. Presque une semaine à monter le son très fort sur Anvil of Crom, pile au moment où les violons démarrent, tout en me disant que cette musique me donnait drôlement envie de 1) partir faire une quête héroïque avec un soutien-gorge en aluminium et un glaive pas trop lourd 2) tomber amoureuse d’un guerrier et faire l’amour sur la peau de bête de sa hutte. Et vivre en slip ad vitam eternam.

Au bout de quelques jours les enfants ont commencé à me regarder de travers en craignant pour ma santé mentale, surtout quand j’arrêtais de leur servir les coquillettes pour fendre l’air avec mon glaive imaginaire. Mais comme je les ai drôlement bien éduqués, ils ont fini par me demander si on pouvait se faire une soirée télé Conan en mettant les couettes par terre et en portant les casques de guerriers vikings en plastique pendant la projection, et j’ai dit oui. Et on a passé une soirée tellement chouette que je crois bien que ça a contribué à ma guérison.

Et bref, Monique, ma jumelle diabolique, qui s’en faisait aussi un peu pour moi, m’a dit un jour : « Allez viens Chantal, je passe te chercher en van et je t’emmène manger des burgers et acheter des pulls en polyester à 3 € chez les Boches« . J’ai trouvé l’idée tellement cool que j’ai accepté. Et hier, j’ai mis mon plus beau t-shirt X-Files pour fêter ça (celui avec Dana Scully) et j’ai attendu que Monique et son bon ami barbu viennent me chercher dans leur van de romano qui faisait tellement de bruit de ferraille sur l’autoroute que j’ai bien cru qu’on allait décéder.

Mais on est arrivé en vie, merci l’univers et merci le Dieu des vieilles bagnoles. Et à nos pieds, l’Allemagne, ses rues propres qui sentent les petits gâteaux aux épices, ses piétons obéissants, ses solderies et ses boutiques de pull-over chinois à ne pas porter trop près du radiateur sous peine de finir brûlé au troisième degré.

Pendant deux heures, Monique et moi on a essayé des vêtements ridicules en poussant des cris d’étonnement et de satisfaction.

« Regarde, maman t’as trouvé un t-shirt Friends pour 7 € !
– Sorry bébé, je préfère prendre le t-shirt cornet de frites et les chaussettes hibou pour le même prix.
– Et t’as vu les boucles d’oreilles en forme de sapins de Noël enguirlandés ?
– Non mais laisse tomber j’ai pas de trous dans les lobes d’oreilles.
– Ouais mais elles clignotent quand on appuie dessus.
– Ok putain, j’me fais percer les oreilles demain ! »

Y avait même des t-shirts à trois euros soldés à un euro, j’ai cru que j’allais pisser dans ma Vania pocket tellement c’était beau. Et tout un rayon de grenouillères molletonnées pour adultes avec des combinaisons Tony le tigre, Kermitt ou petit agneau sous LSD, et j’ai dû me faire violence très fort pour ne pas acheter la version flamant rose avec un coeur pailleté sur le devant.

Un peu plus loin, je suis restée ébahie devant le rayon des trousses de toilette à quatre euros et, me saisissant d’une trousse pailletée en forme de pingouin rieur, j’ai éructé un « quatre euros putain » suivi d’un « comment font-ils pour que ce soit rentable à ce prix-là ?« , et Monique, qui est dotée d’un bon sens certain, s’est emparée d’une trousse ourson doré en me disant « Ca a sans doute été fabriqué par un enfant bangladeshi qui est mort de vieillesse à huit ans et demi ». Et je me suis sentie sale. Pendant environ trois minutes. Ensuite, je suis tombée sur le rayon des slips Bob l’éponge et ça m’a réconcilié avec l’existence malgré l’esclavagisme et tout le reste (oui je sais, ne dites rien).

On a passé un peu de temps en cabine à essayer les 46 t-shirts qu’on avait empilé dans nos paniers et on a béni l’Allemagne qui est un grand peuple et qui veut que ma taille de vêtements soit, chez eux,  6, soit un 32-34. Je me suis sentie tellement svelte dans ma cabine d’essayage que ça m’a presque donné envie de passer par le rayon des strings à un euro pour m’acheter un exemplaire Batman et me remettre à porter des strings comme quand j’avais dix-neuf ans et pas de gras aux fesses. Pendant ce temps, Monique se prenait en photo dans son pyjama renard qu’elle avait eu la bonne idée d’essayer en taille L, pour être sûre d’être à l’aise. Elle était tellement à l’aise que je pouvais rentrer dans le pantalon avec elle et la vendeuse aussi. Bref, on a beaucoup ri et Monique a fait plein de photos très sexy qu’on garde pour notre album de famille (et qu’on classera juste après la photo de Monique dans son string en papier, en Thalasso).

Toujours est-il que, un pyjama licorne, une tablier Père Noël, un t-shirt Tortues Ninja, deux torchons Christmas, un coussin à message, une paire de boucles d’oreilles à LED, un gilet bonhomme de neige, une paire de collants Minnie Mouse, trois slips Star Wars et quelques autres merveilles plus tard, nous étions sortis de cet enfer de la consommation allégées de quelques billets froissés et enrichies de ces nombreux trésors. Pour le coup, nous avons espéré très fort ne pas trouver de message « Help me » planqué par un employé exploité dans la doublure de nos pulls de Noël en polyester, ni de doigts d’enfants bangladeshi dans le rembourrage de nos coussins à bas prix imprimés « Sit down & shut up », quelle ironie.

Après ça, on a rejoint le bon ami barbu pour aller manger des hamburgers dans un endroit de hipsters. Le bon ami a l’art de se faire des amis en toute circonstance, c’est son côté Edward Blum, vous devriez voir ça, c’est épatant. Sur le chemin, il s’est fait un copain allemand qui est venu tout naturellement lui parler de la valise qu’il venait d’acheter et qui lui a tenu compagnie pendant une partie du chemin. Monique et moi, on les suivait, chargées comme des bourriques avec tous nos achats en ployester inflammable, et personne n’a essayé d’être notre ami, personne vous entendez.

On a commandé des burgers au brie et à la confiture d’airelle et ça faisait… pfiou… des années que j’avais pas mangé un hamburger, ce qui a relancé le débat sur le végétarisme et le pourquoi j’ai momentanément arrêté d’être végétarienne, et nous a conduit sur une longue conversation à propos de la consommation raisonnée de viande et sur la possibilité de pouvoir encore se regarder dans le miroir après avoir mangé ses propres poulets dotés de prénoms humains. Quand on en a eu marre de parler d’abattoirs et de tofu, on a commandé un soda au citron estampillé vegan, et on a été drôlement heureux d’apprendre qu’il n’y avait pas de fémur de boeuf dans notre limonade.

Ensuite, on a parlé avec le bon ami du tournage sur lequel il travaille et des acteurs qui prennent des doublures, comme par exemple cette actrice célèbre qui exige une doublure pour plonger à poil dans une eau à trois degrés (chochotte va). Moi, qui suis candide comme pas deux, je croyais que les doublures, ça n’existait que pour les cascades périlleuses et pour les scènes de sexe hardcore mais en fait non, il m’aura fallu toutes ces années pour découvrir qu’il y a des doublures pour tout, comme dit Monique, y compris pour les petites bites et les chattes épilées. « L’autre jour, disait Monique, on regardait ce film avec l’acteur… l’autre  là… enfin bref, avec cet acteur qui avait vraiment une belle bite. Et ben devine quoi ? J’ai appris plus tard que le mec, il portait une prothèse de bite, que c’était pas du tout la sienne ». Le bon ami a soupiré et dit que c’était normal, que si le mec en avait une toute petite, il était bien obligé de gruger un peu pour passer à l’écran et Monique à enchaîné sur les problèmes de pilosité chez les actrices, et sur ce film où Kate Winslet a dû porter un postiche de chatte pour ses scènes de nu. Moi, j’ai failli m’étouffer avec ma rondelle de cornichon en entendant ces histoires de faux poils pubiens et j’imaginais les maquilleurs affairés entre les cuisses de Kate Winslet avec leur postiche de minou, et j’ai lâché un : « sérieusement, c’est possible ça ? » et le bon ami a répondu « Mais bien sûr, tout est possible, regarde les cheveux de Donald Trump. »

Entre une bouchée de burger et une poignée de frites, nous avons ainsi longuement évoqué les méfaits de l’épilation définitive au laser, que l’on soit actrice ou non, et le bon ami barbu nous a parlé du tournage d’un film sur la première guerre mondiale où l’on avait demandé aux actrices de ne pas s’épiler les jambes pour avoir suffisamment de poil aux pattes. Du coup, Monique et moi, on pense sérieusement à se reconvertir dans la figuration et à s’inscrire à un casting de film sur la guerre, nos jambes étant complètement roleplay.

Pour parfaire cette journée parfaitement décadente à base de nourriture grasse et de commerce pas du tout équitable, on a décidé de rééquilibrer un peu la donne en allant faire un tout du côté d’un dépôt Emaüs de Moselle Est. Ce fut une expérience très étrange, non sans rappeler La Colline a  des yeux, où l’on s’attendait à tout moment à voir surgir d’une armoire Lorraine un monstre consanguin prêt à nous dépecer avec un couteau à manche patte de biche (emprunté au service à fromage patte de biche que l’on a failli s’offrir pour la modique somme de 10 €) (soit environ trois pulls en polyester fabriqués par des petits bangladeshi). On a fait aucune affaire, absolument rien, pas même une petite chaise en formica pour la route. Pourtant, les mecs s’étaient drôlement crevé le cul pour attirer le chaland, ils avaient fait une sorte de parcours fléché comme chez Ikea avec de gros panneaux sens interdit peints grossièrement sur du contreplaqué pour nous indiquer le sens de la visite. Comme ça, t’es obligé de faire tout le tour de l’Emaüs et de ne pas en manquer une miette, pas même les images de la Saint Vierge dans des cadres coquillages ni les déco murales à base de bouteilles de verre remplies de sciure multicolore.

Et puis quand on a eu fini le parcours fléché, on était bien contents de se tirer de cet endroit étrange et on est tous rentrés à la maison. Moi, le premier truc que j’ai fait, c’est de me mettre à poil pour enfiler illico mon nouveau pyjama de gamine de 8 ans (espérance de vie des enfants bangladeshi, donc) avec un short imprimé petits renardeaux et une ceinture argentée qui brille. J’ai même pas pris la peine de le laver avant et si demain j’ai un eczéma sur tout l’entrejambe, on ne se demandera pas pourquoi et faudra pas que je vienne me plaindre. Ma dernière née était tellement contente du bonnet pingouin et du t-shirt Peppa Pig inflammables que je lui avais trouvés, pour le prix d’un salaire mensuel au Bangladesh, qu’elle ne les a pas quitté de la soirée et j’avoue que j’ai eu très peur que sa tête ne prenne feu quand elle s’est approchée du poêle à bois. Mais par chance, nous avons tous survécu (pour le moment).

Et désormais, tuer ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes me paraît drôlement moins jouissif que porter un slip Han Solo inflammable et un gilet bonhomme de neige de sudation en moumoute synthétique.

conansoundtrack

slip star wars

Chewbacca dans la raie des fesses

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eve-tortuesninja

One thought on “Arnold Schwarzenegger, keep away from fire & hamburger

  1. « J’ai cru que j’allais pisser dans ma vania pocket » . Ahaha ah j en ris encore. Merci. Ton article est savoureux et comme les bons films, à relire plusieurs fois, de peur d’avoir raté des trucs.

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