My favourite book of all time #1

Dans une prochaine vie, je m’ennuierai peut-être. Mais pas dans celle-là en tous cas. Car comment s’ennuyer dans une vie où, la même semaine, on gagne un face à face avec un coq sanguinaire armé d’un simple arrosoir, on s’offre une vraie coiffe de chef indien que l’on décide de porter tous les jours de la semaine et où l’on participe à une merguez party avec des têtes de Bernard Minet plantées dans les cakes aux olives ? Franchement, je me le demande.

En attendant le récit des trois litres de gaspacho engloutis en chantant les meilleurs tubes d’Hélène Rolles, vous devrez vous contenter d’un petit point lecture parce que wesh gros, s’agirait de pas oublier que je vous ai promis un blog à rubriques, alors rubrique il y aura. Et puis parler un peu de livres, ça vous changera des GIF.

 

helene et les garçons

 

 

Donc, pour ceux qui ont suivi, j’ai eu envie de m’auto-lancer un challenge de lecture, ma vie de mère au foyer étant à ce point riche en interactions sociales que je m’auto-lance des défis, c’est fou non ?

Comme j’en avais un peu marre de lire des bouquins de métaphysique douteuse ou mettant en scène des héros musclés combattant les forces du mal dans d’obscures contrées oubliées, j’ai décidé de m’enquérir du livre préféré de parfaits inconnus des quatre coins du monde, et de m’efforcer de lire chacun des livres ainsi suggérés. C’est que je suis en pleine période hippie et que je continue plus que jamais à correspondre avec des inconnus du monde entier en m’épatant, à chaque fois qu’une carte postale atterrit dans ma boîte, qu’un de mes congénères puisse me consacrer quelques minutes de son existence, depuis l’autre bout de la planète, pour m’adresser quelques lignes ou un petit haïku plein d’optimisme.

Oui je sais, je ne suis plus ce que j’étais, tout fout le camp.

Alors maintenant je lis chacun des bouquins préférés de ces inconnus du bout du monde en essayant de les imaginer après la dernière page, pleurant bêtement ou souriant béatement, ou pestant carrément contre un dénouement désastreux ou inapproprié. Et je me dis que si ce livre a compté à ce point pour un lecteur, quelque part dans le monde, c’est qu’il doit forcément valoir le détour et allez savoir pourquoi (la dépression ? les excès de drogues hallucinogènes pendant ma jeunesse ?), j’en viens à trouver ça beau, c’est que je ne sais plus trop quoi faire ces temps-ci pour me convaincre d’avoir foi en l’humanité.

Et puis après tout, toute névrose beatnik mise à part, ça reste plutôt chouette de se retrouver ainsi avec entre les mains, des romans dont je ne soupçonnais même pas l’existence ou qu’en temps normal, j’aurais tout bonnement snobés en les voyant dans les rayons d’une librairie.

Alors voilà, j’essaye de lire tous les livres que l’on me recommande, pour peu que je parvienne à les trouver en version française (je suis trop fainéasse ces temps-ci pour me taper le texte en anglais) et à un prix abordable (adieu donc les romans qui n’ont pas été ré-édités depuis la fin des années 70 et dont les exemplaires se revendent 30 boules sur des sites d’occas’ pour une version poche en mauvais état).

Et les titres lus cette première semaine, sur recommandation de parfaits inconnus de par le monde, sont les suivants :

1.  Les frères coeur-de-lion est le livre préféré d’Elhe, une étudiante polonaise de 22 ans qui, au dos d’une carte postale représentant les Monts des Géants, me confie être fan de boxe thai, rédactrice pour un journal local, découragée par l’apprentissage du Français et désireuse d’engendrer une fratrie de quatre enfants dont l’un d’eux sera adopté.

C’est donc avec un roman jeunesse que j’ai démarré mon challenge de lecture puisque Les frères coeur-de-lion  a été écrit par Astrid Lindgren, la maman de Fifi Brindacier, et là encore, je ne sais pas si je dois avoir honte ou pas d’être passée toutes ces années à côté de ce classique de la littérature jeunesse, moi qui ai préféré lire des Livres dont vous êtes le héros en trichant systématiquement pour tourner l’aventure à mon avantage.

Autant dire que ce roman n’est pas ce qu’on a fait de plus joyeux en terme de littérature jeunesse puisqu’il est d’emblée question d’un môme gravement malade et d’un autre môme qui meurt, ouais je sais, ça donne drôlement envie de se fendre la gueule. Mais bon, les deux frères (le mourant et le mort, donc), finissent par se retrouver dans la Vallée des Cerisiers de Naguiyala, un pays à mi-chemin entre les paysages de contes et les mystérieuses contrées d’heroic fantasy. Et là, on croit d’abord qu’ils vont se la couler douce tous les deux en buvant du lait frais, en se baignant dans la rivière, en allant cueillir des baies sauvages et en savourant cet amour fraternel, mais que nenni. En vérité, pas le temps de glandouiller à la fraîche, une révolte gronde dans la Vallée des Eglantiers du pays voisin, où le peuple est asservi par le cruel et sinistre Tenguil qui maintient la terreur grâce à sa monstrueuse créature cracheuse de feu. Jonhatan et Biscottin – ouais, comme il aime les biscottes on le surnomme Biscottin, il a bien fait de pas aimer les rillettes hein – vont donc s’embarquer dans une aventure héroïque pour libérer le peuple de Karmannyaka et comme dirait John  Rambo : « Ca va chier ».

Bref, un petit roman jeunesse poétique et plutôt captivant qui se laisse agréablement lire. Je l’ai refilé à l’un de mes rejetons qui l’a torché en un rien de temps et a trouvé l’intrigue passionnante, si vous avez un gamin accro à Minecraft, c’est donc le moment d’éteindre son écran, de lui mettre une calotte derrière la tête et de lui faire lire ce livre.

 

frères coeur-de-lion

 

 

2. Tereza est une jeune tchèque expatriée depuis plusieurs années à Washington. Elle aime la lecture, le yoga, les voyages, et envoie de jolies cartes en papier texturé imprimées à Boston. Son livre préféré de tous les temps appartient assurément à la catégorie des livres auxquels je ne prête d’ordinaire pas la moindre attention pour la bonne raison que, remember, je suis une sale snob.

Sans déconner, la dernière fois que j’ai vu Un jour de David Nicholls sur une tablette de librairie, il jouxtait le rayon des Beautiful Bastard, Beautiful Bitch et autres Beautiful Pupute, autant vous dire que les probabilités pour que je prenne un jour ce livre en main autrement que sous la contrainte étaient quasiment inexistantes. Si l’on ajoute à cela le fait que la première de couverture représente une photo d’un couple jeune et beau et svelte et bohème se pourléchant le tour de la bouche sous un filtre Instagram, on peut considérer que ce livre appartient à coup sûr à la catégorie des livres que je fuis, vite, qu’on me donne une aventure de Conan avec de la magie, du sang et des tripes, nom de Dieu !

Et pourtant. J’ai commencé à lire ce roman sentimental un samedi matin entre mes deux tartines de beurre tendre et mon thé au jasmin. Une histoire d’amour entre deux lycéens dans les années 80, après tout, cela peut bien s’accommoder avec le pain toasté d’un petit-déjeuner tardif. Mastiquant mes tartines non trempées dans le thé (je ne trempe jamais mes tartines dans quoi que ce soit depuis que mon père a traumatisé mon enfance en trempant ses tartines de cancoillote ou de camembert trop fait dans sa Ricoré), j’ai donc décidé de jouer le jeu et de me taper coûte que coûte cette histoire sentimentale, même si l’idée de me farcir 620 pages d’une intrigue à base de « suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis » me donnait légèrement l’impression d’être sur le point de gâcher plusieurs heures de ma vie à lire un mauvais roman dégueulant de mièvrerie.

Ce roman raconte l’histoire d’un chassé-croisé entre Dexter et Emma, deux étudiants ayant brièvement flirté dans leur jeunesse et devenus meilleurs amis par défaut. Pendant des années, ils se perdent de vue et se retrouvent, se fâchent et se réconcilient, se manquent puis se détestent et bref, comme dans toute histoire d’amour profondément agaçante, passent des années à se rater, chacun d’eux étant précisément en couple quand l’autre et sur le marché du célibat, et vice versa. Oui je sais, ça a l’air très énervant. Et déjà vu et revu.

N’EMPÊCHE QUE, ça fonctionne. Ca fonctionne même drôlement bien. Et je peux te dire que la grosse snob que je suis a bien dû ravaler son orgueil quand le lendemain, elle a invoqué de soit-disant douleurs menstruelles pour rester sa couenne au lit avec son bouquin pendant cinq heures d’affilée. Pas question de reposer ce livre sans savoir si Dexter et Emma allaient ENFIN se mettre ensemble, pas avant que Dexter ne largue sa bourgeoise pour se rendre compte que le grand amour est à sa porte, pas avant qu’Emma ne se sorte les doigts et n’arrête de jouer le rôle lâche et confortable de vieille copine confidente et bref, surtout pas avant de savoir si ces deux-là allaient enfin finir par arrêter de se tourner autour et conclure en se touchant les parties génitales.

Oui je sais, ça a l’air gnan-gnan et avec le recul, ça l’est sûrement un peu. C’est que l’histoire d’amour avortée commence en 1988 et nous trimbale jusqu’en 2007, c’est dire si ces deux héros sont champions des empotés, hein. Mais bref, ça se lit drôlement bien et je dois reconnaître que c’est putain de captivant, du moins pour une histoire d’amour qu’on pourrait considérer comme vue et revue et archi-réchauffée. Dexter et Emma n’arrivent certes pas à la cheville de Harry et Sally mais il faut bien admettre que leur histoire à eux fonctionne et qu’en plus de m’avoir captivée et tenue en haleine pendant tout un week-end, elle a même réussi à me coller la chiale à partir de la page 547, sous les sarcasmes de mon vieux mari. « Encore en train de chialer devant un livre de gonzesse ?« , eh oui, on ne se refait pas mes braves gens.

 

unjour1

 

 

3. Pour ce troisième roman, je n’ai pas reçu de carte postale. Juste un message dans ma boîte mail de la part d’une trentenaire américaine me disant « Hé, voici mon livre préféré, je te le recommande !« , et j’ai eu envie de lui répondre un truc sarcastique du genre « Qu’est-ce que ça peut me foutre ? » avant de me rappeler que merde, c’était quand même censé être un projet plein de partage et d’optimisme, alors je me suis mise une grosse gifle pour m’apprendre à refréner mes vieux réflexes misanthropiques et j’ai commandé ledit bouquin dans une librairie en ligne dite néo-nazie mais rassurez-vous, j’arrive encore à me regarder dans une glace.

Féroces infirmes retour des pays chauds est l’histoire pas banale d’un agent spécial de la CIA polyglote et libidineux, spécialiste des longs monologues, secrètement amoureux de sa demi-soeur mineure et fasciné par sa grand-mère, laquelle voue un amour démesuré à un perroquet en cage et passe ses journées à jouer les pirates informatiques. Bref, des personnages comme je les aime bien, avec juste ce qu’il faut de pète au casque et d’incongruité.

La mémé, qui se fait appeler Maestra et se nourrit presque exclusivement de pizzas livrées à domicile, convoque un jour son petit-fils bien aimé et lui demande une faveur, quitte à le faire chanter : permettre à son vieux perroquet de retrouver sa forêt amazonienne d’origine pour y vivre ses dernières années. Voilà donc notre agent spécial embarqué en Amazonie avec un perroquet en cage et une seule mission : filmer l’envol du piaf et le ramener à sa grand-mère sans foi ni loi, sous peine d’être déshérité ou calomnié (c’est que quand mémé veut, mémé obtient). Le roman nous amène donc à suivre ce héros en fauteuil roulant dans un drôle de périple où il est question d’un chaman d’un genre particulier, d’une cage à oiseau pyramidale, du mystère de la Vierge de Fatima, d’étranges malédictions, d’un couvent où les nonnes s’appellent Mustang Sally et Zouzou, d’un voyage au Vatican, et d’un nu bleu de Matisse.

Quoi qu’il en soit, ce roman donne envie de lire tous les autres livres de Tom Robbins alors sans déconner, lisez-le, vous me remercierez. Quant à moi, je voudrais bien faire un gros hug et servir un chocolat chaud à la cool américaine qui m’a conseillé ce non moins cool livre.

 

ferocesinfirmes1

Voilà, j’ai le sentiment que cette chronique n’a interpellée absolument personne ou au mieux un dixième de mon lectorat, c’est à dire une demi-personne. Mais la vérité c’est que je m’en cogne. Maintenant arrêtez de vous plaindre et allez lire, si vous êtes bien sages je vous raconterai peut-être comment j’ai traversé la pampa pour me rendre au Luxembourg, vêtue d’une gaine et d’une robe pastèque, pour retrouver Monique Lobster bien entamée à la Pina Colada en train de danser en short sur Carlos. Et vous m’aimerez encore plus.

PS : Vous pouvez évidemment commander les livres en cliquant sur les petits liens que j’ai insérés, sur les photos ou sur les images ci-dessous, ça me permettra de gagner quelques centimes sur chaque vente – une fortune ! – et de pouvoir m’acheter encore plus de livres à chroniquer, hell yeah ! ❤

 

       

15 thoughts on “My favourite book of all time #1

  1. ahahah !!! trop cool, tu sauves mon été!!! marre d’acheter des bouquins en lisant la `4e de couv’ pas inspirante du tout,… – ou en tout cas bien moins que tes résumés 😉
    … mais bon si tu veux raconter ton escapade dans la pampa, go ahead, ne nous prive surtout pas!!!

  2. Je peux donner mon livre préféré ou bien je vais me faire foutre gentiment ? Je me propose à moi même de le poser là puis d’aller me faire foutre gentiment bien qu’il fasse très chaud et que ce soit la dernière chose dont j’ai envie. Mon livre préféré c’est Le coeur est un chasseur solitaire de Carson Mc Cullers. Et j’adore ce truc des livres préférés d’inconnus, ça me fait super envie.

      • Ah mince je n’avais pas lu le commentaire jusqu’au bout. J’ai lu et adoré Le coeur est un chasseur solitaire de Mac Cullers (que j’aime tant), mais pas autant que La ballade du café triste , du même,auteur, un petit trésor.

  3. Ok, il est pas impossible que tu m’ais donné salement envie de lire le Tom Robbins. Je découvre ton blog avec cette rubrique littéraire et ça me parle. Voilà.
    Je sais pas si c’est du jeu mais en tant qu’inconnue, mon livre préféré de tous les temps, c’est Noeuds et dénouements d’Annie Proulx. Pour moi, ce livre, ça devrait être notre réponse à la question « qu’est ce que la vie? » que ne manqueraient pas de nous poser des aliens qui débarqueraient sur Terre.
    Bonne continuation.

    • Etant moi-même légèrement obsédée par cette question, je cours ajouter ce titre à ma liste de lecture. Merci pour le conseil !

  4. Super idée ton challenge de lecture ! C’est sur Postcrossing que tu demandes à tes inconnus du bout du monde leurs livres favoris ?
    Je leur demande quels sont leurs artistes préférés, pour agrandir ma base de donnée artistique 🙂
    En tout cas, le bouquin de Tom Robbins a l’air vraiment pas mal ! Je note !
    Bonne continuation dans tes lectures 🙂

    • Exac’ ! Mais peu de postcrossers me renseignent sur leur livre préféré. Oserais-je compter sur les lecteurs de ce blog pour me faire leur propre suggestion ?

      • J’aime beaucoup les livres d’Irwin Welsh (Trainspotting, Porno, Glu, etc…) et ceux aux titres farfelus comme « Le froid modifie la trajectoire des poissons » de Pierre Szalowski, beaucoup plus léger. Un de mes coup de coeur d’il y a plusieurs années est « Polococktail Party » de Dorota Maslowska, un monologue d’un jeune dans la Pologne post-communiste.
        Si ça peut te donner des idées de lectures en attendant un gentil postcrosser 😉

      • Merci pour les suggestions. Mais attention, la règle du jeu est de ne citer qu’un seul livre (et c’est là toute la difficulté !) 🙂

  5. J’adore le concept et j’ai tout lu, fascinée (et j’avoue que j’au lu Un jour, parce qu’il était donné gratos chez Cultura l’été dernier quand on achetait pour trois millions d’autres livres. Je réfléchis à mon préféré de tous les temps, mais tu peux déjà plancher sur Empire of the Sun de JG Ballard si tu es désoeuvrée pendant tes douleurs menstruelles.

    • Coolos, je viens de le commander. Moi aussi cette année j’ai eu droit à quelques livres gratos après avoir dépensé un Smic chez Cultura. J’ai d’abord cru qu’ils essayaient de nous refiler les vieilles merdes invendables vu qu’il y avait plein d’exemplaires du bouquin d’Alessandra Sublet « T’as le blues baby ? », mais, ô joie, j’ai déniché un super roman punk rock dans le lot. Comme quoi hein !

  6. Demi-personne a bien envie de décrouvir le féroce, mais passera son tour sur les deux premiers. Elle a un livre préféré qui s’appelle « Persuasion » de Jane Austen, elle y revient plusieurs fois par ans en VO, trilingue et snob, mais elle a bien aimé récemment : La Fée Benninkova de Barteld et ça pourrait plaire par chez vous parce que c’est méchamment timbré. On envie le style élégamment glauque, la critique sociale, le burlesque. Seul bémol, il arrive juste de penser : il est énervant celui-là, il écrit si bien l’air du temps qu’il fait gober n’importe quoi. J’en ai lu d’autres mais celui-ci a des allures de nouvelles et il m’a plû davantage que d’autres pendant lequels j’ai presque eu envie de prier l’auteur de m’offrir un peu de répit, d’attachement aux personnages, de nénuphars et de colibris. Mais c’est pas le genre de Barteld de faire de cadeaux.

    • Tout cela me semble tout a fait passionnant. Je viens de commander le Jane Austen quant au Barteld, déception, je ne le trouve pas sur ma librairie nazie en ligne. C’est mon libraire de quartier qui va être content quand je vais aller lui passer commande. En tous cas, merci pour les suggestions.

Les commentaires sont fermés.