Too much monkey business

J’en suis à mon douzième jour de vacances scolaires avec quatre enfants à la maison.

Et les enfants ont ceci de merveilleux qu’on pourrait les croire sous l’emprise de cocaïne, caféine, ou toute autre sorte d’excitant, sauf qu’en fait non, pas du tout, ils sont tout naturellement enclins à sautiller, courir, hurler, chouiner, réclamer, pleurnicher, parler fort, retourner les caisses de jouets, dévaster une maison et manger leur mucus nasal sans discontinuer, de 7 heures du matin à 23 heures environ.

Arrivée à ce douzième jour, donc, je ne vous raconte pas le niveau de LOL et de dépression latente simultanés qu’on atteint.

Le bruit, le désordre, les pleurs et tout le reste, je m’en accommode plutôt bien et la plupart du temps, je ne gère pas trop mal (à grand renforts d’épisode de L’âne Trotro , certes, ET ALORS, est-ce que je vous juge, moi ?).

Mais il n’y a pas que ça. Y a aussi les conversations. Je vous laisse calculer le nombre de conversations épiques que sont capables de produire quatre enfants de 2 à 10 ans que l’on multiplie par douze jours à raison d’une quinzaine d’heures hebdomadaires. Et bref, après douze jours à m’entretenir avec mes enfants sur des sujets aussi sérieux que le port du slip chez les hobbits et le grand complot des tables de multiplication, j’en arrive à me questionner sérieusement sur ma santé mentale.

L’un a réussi à me tenir une conversation de 28 minutes sur Golum en chaussettes. Ne me demandez pas pourquoi ça l’obsède de savoir pourquoi Golum ne porte pas de chaussettes (ni les hobbits de slips, donc) (et j’imagine que ça ne vous étonnera pas d’apprendre que le questionnement provient de mon enfant naturiste, hein).

L’autre m’a demandé environ 38 fois combien font 7 x 4 car selon lui, ça fait 27. Il a beau compter et recompter, ça lui fait 27 et pas 28. Du coup, il pense qu’il existe une sorte de grand complot autour des tables de multiplication, que le mec qui a pondu la table du 7 s’est planté et que ça fait des siècles que, comme des cons, on apprend la table du 7 sans se rendre compte que 7 fois 4, ça fait 27. J’ose pas lui dire de compter sur ses doigts pour vérifier, il va croire qu’il n’a que quatre doigts à la main gauche.

Y en a un qui m’a tenu une demi-heure sur les trucages du Monde de Nemo en me disant qu’au début du film, quand la maman poisson se fait dévorer par un gros poisson carnivore, c’est un trucage, qu’en réalité elle ne se fait pas du tout manger mais qu’elle se cache derrière un rocher jusqu’à ce que le réalisateur dise « coupé ». J’ai rien osé lui dire même si j’espère que plus tard, il ne compte pasfaire une carrière d’agent artistique pour poissons clowns.

Et la dernière, elle a rien dit d’inoubliable, vu qu’elle sait pas encore trop causer. Par contre elle m’a demandé 72 fois de faire le cochon pendant le générique de Peppa Pig et à la fin, j’en avais tellement plein le cul que j’étais à deux doigts de lui passer un extrait de Délivrance pour lui apprendre les bonnes manières.

Mais à part ça, ça va. Faut que j’arrête de me plaindre et que je sois un peu équitable parce que malgré tout, les vacances, ça a du bon, et ça permet de faire des trucs cool avec sa progéniture. Par trucs cool, j’entends trucs autres que grogner devant le générique d’un dessin-animé, compter jusqu’à vingt-huit en hurlant et s’interroger sur les tendances vestimentaires en Terre du Milieu, évidemment.

Par exemple, pour la première fois depuis longtemps, on a décidé de partir en week-end en famille. A six dans la voiture break, avec le chien qui bave entre deux gosses et le coffre de toit plein jusqu’à la gueule, on va quand même pas s’excuser d’avoir tant la classe, j’ai envie de dire. En plus pour faire chouette, j’avais mis mon beau t-shirt K-2000, celui avec la tête de David Hasselhoff dessus. Il faut savoir que trois jours plutôt, j’étais dans la cabine d’essayage d’un grand magasin avec ma soeur et je lui faisais part de mon engouement en m’écriant :
« Hé mais t’as vu ! Y avait un portant avec des t-shirts à trois euros. Trois balles putain !
– Ouais mais en même temps c’est que des t-shirts de merde, genre des t-shirts David Hasseloff, je vois pas quelle genre de connasse irait claquer même trois balles dans un t-shirt aussi merdique ».

Et là, je suis sortie de la cabine avec mon t-shirt K-2000 sur le dos, ma soeur a dit « Oh mon Dieu », j’ai dit « Il est pas formidable ?« , elle a répondu qu’il était fait pour moi et en passant à la caisse, j’ai eu l’impression d’avoir drôlement bien fait de me lever ce matin-là et le sentiment du devoir accompli.

 

davidhasselhoff

Et bref, cet interlude t-shirt étant fait, revenons-en à cette histoire de week-end en famille en Alsace.

Car on avait choisi l’Alsace, oui, et pas seulement pour le Bibeleskaes et les Grumbeerekiechle. Pour les jolies maisons colorées, pour les vignes, pour les boutiques de pain d’épice, pour ses forteresses restaurées et pour l’accent alsacien, évidemment.

Comme on s’est très vite aperçu que les enfants n’en avaient pas grand chose à secouer des vignes et des châteaux en ruine, on a eu la bonne idée de les amener à la Montagne de Singes, parc animalier bien connu pour abriter des singes friands de pop corn, en semi-liberté. Moi, je gardais un souvenir radieux de ma visite du parc, quand j’avais trois ou quatre ans (oui, j’ai une excellente mémoire) (et je me sers notamment de cet atout pour intimider mon mec en lui rappelant les tensions qui datent d’il y a 6 ans et 18 jours, oui je sais, c’est terriblement mesquin, n’est pas machiavélique qui veut).

A l’époque, on chopait un paquet de pop corn à l’entrée et on le distribuait par poignées aux singes qui s’en mettaient plein la panse et se la jouaient à la cool, venant s’asseoir sur les bancs auprès des visiteurs et se laissant approcher pour quelque grains de maïs éclatés, c’était leur façon à eux de tapiner et d’échanger une caresse courtoise contre une friandise. Je me rappelle que mes parents avaient fait agrandir une photo d’un macaque en train de m’épouiller car on a un certain sens de la distinction dans la famille, et j’aimais bien les entendre me reparler de cet épisode où un magot avait essayé de me piquer ma tétine ou de coller une rouste à mon père, vraisemblablement trop radin en pop-corn ce jour-là. Bref, c’était un peu L’AVENTURE quoi.

Alors moi du coup, j’avais légèrement survendu le concept à mes enfants qui s’attendaient à voir les macaques venir leur quémander des caresses, du pop-corn ou du flouze, et qui m’en ont voulu très fort de se retrouver dans un parcours ultra-surveillé où les distances de sécurité sont rappelées entre chaque pop-corn distribué, ce qui signifie environ 6 fois vu qu’on te donne en moyenne 6 pop-corn à l’entrée, de quoi s’éclater toute la nuit.

Maintenant, c’est plus trop trop l’aventure et j’imagine que dans un sens, c’est mieux comme ça. Y a peut-être bien des visiteurs qui ont porté plainte pour agression de macaque ou des macaques qui sont morts d’une overdose de pop-corn. Peut-être même que des touristes ont essayé de repartir avec un macaque dans leur sac à dos pour le rebaptiser Jean-Raoul et en faire un animal de compagnie affublé de Huggies. Tout cela pour dire que je me doute bien que ce n’est pas insensé, toutes ces mesures de sécurité et ce rationnement de pop-corn, et du coup, je ravale ma mauvaise humeur et j’essaye de me dire que c’était bien quand même, de voir les enfants donner trois pop-corns et demi à des petits singes qu’on avait pas le droit d’approcher à plus d’un mètre, sous peine de voir surgir un employé au sourire crispé nous rappeler :  « LES DISTANCES DE SECURITE, BORDEL DE FOUTRE ! » (bon ok, ils disaient peut-être pas « bordel de foutre ») (mais ils auraient pu).

A un moment, j’ai voulu expliquer à une gentille employée que le bras de ma fille ne faisant pas un mètre, il m’était techniquement impossible de maintenir la fameuse distance de sécurité entre l’enfant et le singe démoniaque mangeur de chair humaine, ce à quoi elle m’a répondu qu’il fallait interdire à la petite de nourrir les singes et moi j’ai envie de dire, AMUSE-TOI à gérer un môme qui s’est tapé deux heures de route pour se voir refiler deux pop-corn et qui n’a pas le droit de les tendre aux singes. Mais bon, moi je respecte les règles. Je respecte les animaux. Je respecte les grands-parents. Bref, je RESPECTE, quoi. Je ne me gare jamais en stationnement gênant ni en double file, achète toujours mes tickets de transport en commun et bref, je n’ai jamais été du genre à gruger ou à contourner mais plutôt du style à toujours me conformer au règlement, ayant toujours considéré que cela me vaudrait d’éviter bien des soucis (voyez à quel point ma réputation de rebelle est surfaite).

Donc j’ai repris ma fille et ses bras de moins d’un mètre, je lui ai fait bouffer son pop-corn pour qu’elle arrête de pleurer et je lui ai enfilé son costume de licorne en me disant que ça lui ferait toujours une distraction pour oublier qu’elle n’a pas le droit de donner à becqueter aux macaques trognons, comme tous les mômes du parc. Et puis bon, trois minutes après, on m’a demandé de faire attention avec le costume licorne, parce que les couleurs vives ça risquait d’effrayer les singes, la SECURITAY avant tout. Alors là, j’ai eu envie de pleurer. Je me suis dit que c’était le Dieu des vegan qui me punissait pour avoir mis les pieds dans un parc animalier, moi qui boycotte habituellement les cirques et les zoos, mais qui ai cédé à l’appel de ce parc et de ses singes en quasi-liberté.

licorne

 

Du coup, j’ai eu envie de rentrer chez moi, de faire cuire douze kilos de pop-corn et de le donner à bouffer à mes poules, assise au milieu du poulailler, en espérant avoir quelque interaction sociale avec elles comme par exemple, l’épouillage avec le bec. Mais au lieu de ça, j’ai attendu la fin de la visite en marchant bien au milieu du sentier de peur de me faire à nouveau engueuler par un guide. J’aurais dû me méfier dès l’entrée, quand on nous a donné des consignes de sécurité hyper strictes un peu comme si on entrait à Jurrassic Park et qu’il était hors de question de donner une chèvre vivante à un tyrannosaure sans maintenir une distance de sécurité d’au moins dix-huit mètres. Mais bon, une fois encore, je ne dis rien, je m’incline, devant le souci de sécurité des uns et celui de bien-être des autres. Mais tout de même, je constate. Je constate que j’ai trouvé ça drôlement moins fun que dans mes souvenirs. Peut-être parce que j’ai grandi,ou pire,  vieilli. Car se passe souvent comme ça quand on vieillit : tout est systématiquement plus petit et moins marrant. Peut-être aussi parce que c’était véritablement mieux avant, comme à l’époque où on pouvait fumer au bistro et rouler sans ceinture de sécurité, dirait mon vieux mari.

 

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Enfant risquant sa vie en donnant un pop-corn à un singe démoniaque

Du coup, j’ai fini la visite assise sur un banc, à la fin du parcours. Y avait quasiment plus de singes à observer vu que les macaques sont loin d’être couillons et qu’ils ont bien capté qu’à raison de six pop-corn par visiteur, ils avaient tout intérêt à faire la manche au tout début du parcours plutôt qu’à la fin, pour être sûrs de se goinfrer un minimum. Alors j’étais là, assise sur mon banc, et y avait trois jeunes singes qui se fendaient la gueule et se battaient pour une branche. A un moment ils ont voulu s’asseoir sur le banc et j’ai bondi direct en regardant autour de moi, pas parce que j’avais peur de me faire savater par les singes, juste pour être sûre de pas me manger un 74ème rappel à l’ordre concernant les distances de sécurité, ce à quoi j’aurais lâchement répondu : « C’est pas moi, c’est eux !« . Pendant ce temps, les gosses hésitaient à donner leur ultime pop-corn tout raplapla à un magot qu’ils observaient d’un air grave jusqu’à ce que l’un d’eux me dise : « Maman, ce singe-là veut pas de notre pop-corn, viens voir, il préfère manger un truc qui sort de son zizi« .

Tout ça pour dire qu’on n’est pas prêt d’oublier cette sortie éducative.

 

monkey

 

Heureusement, le soir, on s’est mangé une bonne pastasciuta, dans notre deux pièces loué pour l’occasion, car je suis le genre de personne qui ne part jamais en week-end sans emporter un Tupperware de sauce tomate cuisinée, en me disant que ce sera toujours utile en cas de disette ou d’apocalypse. Et vous pouvez me croire, il fallait bien ça pour encaisser la déception de ne pas avoir été épouillée par un vieux macaque pervers en échange d’un pop-corn ramolli.

 

 

 

 

One thought on “Too much monkey business

  1. Mince. J’y suis allé étant petit comme tous les Alsaciens du coin et n’y suis jamais retourné depuis. Et sans doute dans les mêmes dates que toi à la louche. Ça a l’air triste 😦

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