Norwegian wood

Je ne quitte quasiment jamais la Lorraine, ça me donne le mal du pays. Sitôt que j’entre sur un territoire où le mot « nareux » est contesté et où les boulangers sont incapables de me servir un schnek, j’en ai le cœur tout retourné. Alors j’évite. Je ne quitte la maison qu’en de très rares occasions, pour aller m’encanailler dans la capitale deux fois l’an ou pour mon pèlerinage annuel sur les côtes bretonnes avec mari et enfants.

Du coup, quand ma bonne copine Dedele m’a proposée de l’accompagner au Spitzberg, j’ai ri très fort et je lui ai demandé si elle était pas un peu malade de me demander d’abandonner mes enfants, mon vieux punk et mes géraniums pendant deux semaines. « Mais bordel, LE SPITZBERG ! » qu’elle m’a dit, et moi j’ai répondu « Ta mère le Spitzberg, hors de question que je m’éloigne de mes plants de tomates et de ma descendance pendant si longtemps, en plus je dois allaiter ma môme ». Mais quand elle m’a fait remarquer que la môme en question avait deux ans et suffisamment de dents pour rogner un os de gigot de sanglier, j’ai dû me rendre à l’évidence et admettre que je me cherchais de vilaines excuses pour franchir un cap que je n’osais même pas anticiper : accepter de laisser famille et maison en toute sérénité pour envisager, pour la première fois depuis 10 ans, de faire un truc cool rien que pour ma gueule, tout en acceptant l’idée que sans moi, les enfants ne s’arrêteraient pas de vivre ni les haricots de pousser.

Mais j’ai quand même refusé. Because la peur du changement, les habitudes de petite vieille, tout ça. La Dedele m’a dit « Mais les fjords ! Les glaciers ! Les ours polaires, nom de Dieu !« , et moi, qui ne suis guère aventurière, j’ai répondu « Ouais mais les gosses ! Les poules ! Les jardinières ! » et je suis rentrée m’enterrer dans mon trou qui sent bon la bouse, avec tout mon merdier à gérer, sans repenser au Spitzberg.

Et puis le lendemain, après avoir tenté à 78 reprises de convaincre ces petits emmerdeurs de faire une randonnée ou d’aller voir les chevaux, plutôt que de s’insulter devant Super Mario 12, je me suis sentie drôlement seule. Et je me suis posée dans mon jardin comme une petite dinde, à regarder rougir les dernières fraises et à couper les dahlias fanés. Et je me suis dit que voilà, dans pas très longtemps, quelques années disons, mes mômes n’auront plus tant besoin de moi, voudront se barrer en camping à  Ibiza avec les copains, ne m’enverront même pas une foutue carte postale pendant que je me morfondrai d’inquiétude et de chagrin en Lorraine. Et moi, à ce moment là, j’aurais vraiment plus rien d’autre à foutre que regarder pousser mes pois de senteur en pestant contre le chien qui aura encore niqué un pied de lavande à force de pisser dessus. Et je me suis mise à m’imaginer, dans même pas 10 ans, tout seule dans mon potager, en train de ruminer et de me plaindre auprès de mes gallinacés, en répétant que j’ai failli voir les fjords un jour mais que j’ai préféré rester enterrée dans mon trou de hobbit lorrain, à faire des lessives et torcher des culs d’enfants. Et les poules se fendront bien la gueule, me suis-je dit, et moi j’aurai l’air bien conne et j’en chialerai de regret, et on gravera sur ma tombe l’épitaphe suivante « Ci-git la grosse nouille qui n’a jamais voulu quitter la Lorraine et qui périt sans jamais avoir vu d’ours blanc ».

Alors j’ai pris mon téléphone. Et j’ai dit à ma bonne Dedele : « Prépare-toi à partager ta cabine pendant 15 jours, ça va chier« , et elle a répondu « N’oublie pas de prendre un maillot de bain, y a un jacuzzi sur le bateau » et je me suis dit que j’avais sans doute pas fait le mauvais choix.

J’ai pris mon vieux mari par la main et, l’œil humide, je lui ai annoncé que j’allais me barrer 15 jours dans le désert arctique pendant qu’il se cognerait les quatre gosses, les poules, les abeilles et le chien stupide, et comme c’est un chic type, il a dit que j’avais bien raison et que de toute façon c’était l’occas’ ou jamais, qu’il fallait pas que je compte sur lui pour me payer un jour une croisière, il est mignon. Je lui ai demandé s’il réalisait qu’on allait se quitter pour la première fois depuis notre rencontre, nous qui ne nous sommes jamais séparés plus de 48 heures, et il m’a répondu qu’on pourrait toujours s’envoyer des photos pornographiques, c’est dire combien il est pragmatique.

Et j’ai eu trois mois pour préparer mes valises. Avec des doudounes, des bottes fourrées, des pulls en cachemire et un maillot de bain, cela va de soi. J’ai eu juste le temps de mettre la maison d’équerre pour que mon punk n’en chie pas trop, tout seul avec la marmaille, de remplir le frigo et le congélo, de mettre du linge propre dans les armoires et après avoir versé environ trois litres et demi de larmes, par vagues successives, j’ai dit au revoir à ma tribu pour deux semaines. Mes ovaires ont crié très fort de savoir les enfants si loin d’eux, mon cœur de jeune fille a pleuré sur le quai de la gare quand mon acolyte m’a dit au revoir, mais une fois sur mon siège deuxième classe, j’ai reçu un message de ma copine qui me disait qu’elle avait hâte de passer quinze jours dans la même cabine que moi et de pisser la porte ouverte, ce qui m’a drôlement confortée dans ma décision et remonté le moral.

Et le lendemain à la même heure, pour la première fois de ma vie, j’étais à bord d’un très gros bateau. Beaucoup plus gros que celui de Quint dans Jaws, mais beaucoup moins gros que ces immeubles flottants sur douze étages qui vous collent le vertige, embarquée à bord d’une croisière troisième âge, parmi les joueurs de Scrabble et les amateurs d’hortensia, mon élément, ai-je envie de dire ! Avec, pour compagnons de route, des gens dont le niveau de cool allait se révéler supérieur au nombre de meurtres commis par les frères Lothbrock dans la saison 1 de Vikings c’est-à-dire : beaucoup.

La Norvège et le Svalbard, dans le désordre et en cinquante micro anecdotes :

J’ai passé deux semaines dans une cabine avec vue sur une chaloupe. Ca n’aide pas à profiter du paysage mais c’est plutôt rassurant de se sentir aux premières loges en cas d’évacuation du bateau.

J’ai vu le soleil de minuit et passé une nuit blanche, ce qui ne m’était pas arrivé depuis 1996. Bien résolus à ne pas rater une seule seconde du paysage qui s’offrait à nous ce soir là, on s’est emmitouflé dans nos couvertures en tartan et on a passé toute une nuit sur le pont, une nuit toute éclairée, à regarder le soleil ne jamais se coucher et rester perché au-dessus de l’horizon, dans un camaïeu de rose à vous couper le souffle.

J’ai bu du champagne dans la baie de la Madeleine et beaucoup trop de chocolats chauds au milieu des glaciers.

J’ai vu des gens photographier des oiseaux, inlassablement, et une petite dame ne pas comprendre une blague sur la mouette « échandon ».

J’ai vu des familles de baleine nager à proximité du bateau et j’ai failli pleurer. J’ai aussi vu des touristes du monde entier faire la queue pour acheter du saucisson de baleine bas de gamme et là aussi, j’ai failli pleurer.

J’ai repéré une demi-douzaine d’endroits que j’ajouterais bien à ma liste des lieux où m’installer pour finir mes jours. Je me nourrirai exclusivement de framboises et de baies, pêcherai le saumon et passerai mes soirées sur la terrasse de ma cabane en bois peint, emmitouflée dans une peau d’ours synthétique. Et aussi, je me mettrai à fumer la pipe, pour le look.

J’ai demandé à l’univers de m’envoyer un dauphin mais en terme de gros poissons, ce salaud ne m’a envoyé que du thon en boîte et a fait exprès d’envoyer tous les dauphins pile au moment où je quittais le pont pour rejoindre ma cabine. Ces temps-ci, l’univers me tourmente, dirait-on.

J’ai forcé les copains à danser le twist sur Oh les filles ! et ils ont refusé trois fois avant de succomber au démon du dancing. A la fin, y en a plus  un qui voulait quitter le dancefloor et j’en connais même qui ont enchaîné deux macarena. Le même jour, j’ai appris la mort de Tommy Ramone, n’y voyez aucun lien de cause à effet.

J’ai bu du ginger ale, quelques Mai Tai assez mal dosés et beaucoup trop de Cool by the Pool. Je suis guérie de mon addiction au lait de coco pour six mois minimum.

loveboat

J’ai eu le mal de mer trois fois et autant de maux de terre. J’ai passé une nuit entière dans ma cabine à entendre les portes du placard claquer sous la houle et à prier l’univers en ces termes : « Allez, sans rancune pour le dauphin, si à la place tu voulais bien calmer la mer et m’apporter une bassine, ce ne serait pas de refus ».

J’ai entendu deux personnes me demander si j’étais styliste ou si je travaillais dans la mode. Blogueuses mode, tremblez que je ne vous inflige mon OOTD tous pieds dedans.

J’ai visité les îles Lofoten et troqué ma parka contre un débardeur, tellement il faisait beau. J’ai trempé les pieds dans une eau limpide à treize degrés, ça m’a refroidie jusqu’aux tétons, mais la plage était si belle que j’aurais bien aimé y rester quelques jours ou pourquoi pas toute la vie. Laissez-moi vous dire une chose :  les îles norvégiennes et Bora Bora, même combat.

J’ai beaucoup raconté ma vie à ma roomate depuis les toilettes, toutes portes ouvertes. On ne plaisante pas avec les règles de colocation.

J’ai passé six heures dans le jacuzzi extérieur, à me faire bouillir le cul et masser le bas du dos tout en admirant les fjords. J’ai entendu deux douzaines de personnes en anorak me demander si l’eau était bonne et vu six enfants s’inviter dans notre bouillon pour faire des batailles d’eau et nous refiler leurs miasmes.

Je me suis rabattue plusieurs fois sur le sauna qui s’est transformé bien des fois en cabinet de thérapie de groupe. Ca m’a donné envie d’avoir un sauna à la maison mais n’y pensons même pas.

J’ai entendu une vingtaines de passagers me demander si j’allais chanter ce soir et j’ai expliqué vingt fois que je n’étais pas du tout chanteuse même si j’accompagnais les artistes à bord, que moi j’étais juste la copine inutile qui venait boire des cocktails. Sentant poindre leur déception, j’ai failli leur proposer une interprétation de Jeanneton prend sa faucille entre un air de Wagner et un Puccini mais j’ai eu beaucoup trop peur d’être victime de mon succès (imaginez, j’aurais dû faire La petite Huguette en rappel).

J’ai appris quelle conduite adopter en cas de confrontation avec un ours polaire et me suis imaginée jetant au sol tout mon matériel (appareil photo, tampons périodiques et rouge à lèvres) pour détourner l’attention d’un ours trop curieux. La partie qui consiste à laisser, en dernier recours, l’ours nous « goûter » pour le laisser s’apercevoir qu’il n’aime pas la viande humaine et le voir nous laisser la vie sauve m’a beaucoup moins fait rêver, en revanche, que la perspective de l’ours fouilleur de sac à mains. Mais cela n’engage que moi.

J’ai été traumatisée par ce récit de trois amis partis en expédition au Spitzberg dans les années 70 et ayant vu l’un d’eux se faire attraper par un ours polaire affamé avant d’être minutieusement mis en morceaux et dévoré par le prédateur, sous les yeux des deux survivants. L’Arctique, c’est la jungle.

Je suis tombée in love d’une petite fille de cinq ans a qui j’ai mis du vernis à ongles sur 9 doigts seulement.

J’ai été interpellée par un serveur russe captivé par mon tatouage en cyrillique et très heureux de me parler de ses amis du pays, tatoués de la tête aux pieds, ce qui m’a rappelé ce livre sur les tattoos de prisonniers russes. J’aurais pu sympathiser davantage avec ce gentil type s’il n’avait pas une ressemblance certaine avec Ramsey Bolton qui me mettait très mal à l’aise.

J’ai acheté des casques de vikings en plastique et eu beaucoup de mal à les caser dans mes valises de retour.

Je n’ai vu aucun ours polaire car il paraît qu’ils migrent, en cette saison, de l’autre côté du Spitzberg. A la place, j’ai vu des rennes sauvages brouter et des sternes couver à même le sol. Mon moment préféré, ça a été quand les touristes un peu trop envahissants se sont pris une branlée par lesdits volatiles qu’ils essayaient de photographier à tout prix au lieu de leur foutre simplement la paix.

J’ai essayé six fois un pull en laine avec des boutons en bois et des motifs petits cœurs, je l’ai remis six fois en rayon et puis la septième fois, je l’ai acheté, faisant de lui mon nouveau pull-over préféré pour mes dimanches après-midi à thème « Comic books en slip et laine norvégienne ».

J’ai goûté de la confiture de framboise arctique et failli m’étouffer en voyant le prix. Dans l’ensemble, j’ai failli m’étouffer très souvent en voyant de nombreux prix, merci bien la Norvège et son litre de lait de soja à 5 €.

Je me suis prise d’amitié pour un couple franco-hongrois et leurs enfants cool, dont un fan de Star Wars de huit ans qui a touché à jamais mon cœur de jeune fille en me disant que j’étais la seule fille qu’il ait jamais connue ( « à part une fille de sa classe ») qui soit aussi fan de Star Wars. Et ça, c’est pas rien. Selon lui, Star Wars est un film hongrois, c’était si mignon que je n’ai pas osé le contredire.

J’ai joué à environ 40 parties de Loup Garou jusqu’à pas d’heure et j’ai bien aimé entendre les copains serbes répéter à tour de rôle « Je suis un villageois, je ne suis pas un loup gazou« .

J’ai compris que sur une croisière de ce type, trouver un jeu de Scrabble disponible revenait à se mettre en quête du Saint Graal avec le Docteur Jones. Il m’aura fallu près d’une semaine pour piger que les passagers accros aux  jeux de lettres vont jusqu’à planquer les boîtes de Scrabble  pour être sûrs de pouvoir en disposer à leur guise sans qu’un intrus ne mette la main sur le jeu avant eux. Jeanine a eu beau essayé de se garder sa boîte de Scrabble pour elle toute seule en la planquant derrière une banquette du salon panoramique, elle n’aurait pas dû sous-estimer notre obstination et notre capacité à perquisitionner le jeu. Du coup, j’ai pu mettre une raclée à mes adversaires, bien que ces derniers m’aient refusé le mot « sexer » qui n’est donc pas une pratique sexuelle de mon invention, non,  mais bel et bien l’action visant à déterminer le sexe d’un individu (serpent, poussin ou humain, qu’on se le dise).

J’ai vu des fjords et des lacs tellement beaux que la Comtée, c’est de la pisse de chat à côté. Les vallées tapissées de fougères et les cascades qui surgissent par dizaines, les lacs parfaitement immobiles qui reflètent les forêts de sapin et les sommets enneigés, c’est tellement beau qu’on en pisserait de joie (comme les petits caniches, oui). J’aurais pu passer mes journées à prendre des photos mais comme je suis piètre photographe, j’ai préféré me la jouer blasée de l’objectif et m’en mettre plein les mirettes plutôt que de remplir ma carte SD, ce qui est un compromis assez pertinent je trouve.

J’ai vu des serveurs philippins danser le Gagnam Style au bord de la piscine avec les glaciers pour décor.

J’ai vu des gens nourrir les mouettes et ne pas se faire chier dessus, c’était très décevant.

J’ai entendu une histoire commencer par « Ma première petite-amie était Suisse, elle est morte d’une overdose« , j’ai beaucoup ri et eu un peu honte, mais comme tout le monde en était à sa troisième vodka cranberrie,  nul ne m’en a tenu rigueur.

J’ai vu ma cabine se transformer par deux fois en soirée pyjama et une fois en soirée cabine (et je ne compte pas les soirées thérapie). Je n’ai pas voulu goûter au Bloody Mary ni aux chips au bacon norvégiennes mais j’ai bien aimé boire de l’alcool dans des gobelets à dents, assise sur la moquette, ça m’a rappelée quand j’étais étudiante.

J’ai, dans l’ensemble, bu beaucoup trop d’alcool durant ce séjour. Définitivement.

Je suis allée à trois boums et j’ai dansé un slow avec un ado fan de Game of Thrones. C’était sur Richard Sanderson en plus, ça ne s’invente pas. Ca m’a rappelé quand j’avais treize ans et qu’on faisait des boums dans le garage, attendant le quart d’heure américain en mangeant des chamallows sur des chaises de jardin.

J’ai beaucoup ri quand on a pris la bande d’ados en flagrant délit de sirotage de fonds de mojitos pendant la soirée dansante.

J’ai vu des peaux d’ours et de loups en vente dans des boutiques de bourgs perdus au bout du monde. Ca m’a un peu serré le cœur, je dois dire, à peu près autant que les filets de baleine vendus sous vide (vous savez, cette histoire de neurone en fuseau chez la baleine, ça m’obsède).

J’ai vu la plus jolie petite boutique de thé qui soit, au pied d’un lac, et j’ai beaucoup maugréé de la voir fermée. Je me suis consolée en mangeant des groseilles près d’une petite barque jusqu’à ce qu’une vieille dame m’interrompe pour me demander si c’était réellement comestible. J »ai failli lui répondre : « Non m’dame, je mange des baies de belladone pour me suicider au pied des fjords« .

J’ai bien aimé les récits de trolls et ça m’a donné envie de me replonger dans le folklore scandinave.

J’ai vu une église en bois debout et j’ai râlé de ne pas pouvoir y rester plus longtemps (je râle beaucoup). J’aimerais y retourner un jour avec les copines de ma secte, comme dit mon punk.

J’ai sympathisé avec un apiculteur hongrois éleveur de reines et joueur de contrebasse.

J’ai visité Longyearbyen, ses allures de ville fantôme, ses magasins de fourrure, son ciel bas et pesant, son goût de ferraille qui m’a rendue malade et filé le mal de terre. Je n’ai pas mis Longyearbyen sur ma liste de lieu de retraite potentiels pour mes vieux jours, absolument pas.

Je suis allée jusqu’au Cap Nord et j’ai trouvé ça très surévalué.

J’ai vu un renne manger des baies dans le jardin d’une maisonnette en bois rouge et j’ai trouvé ça si mignon que moi aussi maintenant, je veux un renne dévoreur de buissons dans mon jardin. J’ai aussi vu des bébés rennes en liberté et là je préfère ne pas vous causer du niveau de cute qu’on atteint, vous ne le supporteriez pas.

J’ai beaucoup entendu l’occupant de la cabine voisine chanter du jazz en se préparant pour le dîner.

J’ai beaucoup dormi. Tout ce sommeil et ce farniente, ça m’a filé le tournis.

J’ai un peu fréquenté la salle de sport, ce qui ne m’était pas arrivé depuis… oh mais depuis jamais, en vérité. Le fait que le téléviseur de la salle de sport diffuse en boucle des épisodes de Vikings a indubitablement beaucoup contribué à ma motivation du moment. Vous auriez dû me voir sur mon vélo elliptique, regardant Rollo le ténéreux, chevelure au vent, enfoncer une hache dans la tête de son ennemi, c’était si mignon que j’en ai perdu deux fois plus de calories que prévu (c’est à dire 24).

J’ai acheté des tasses émaillées au Svalbard et un ours polaire en peluche pour l’équivalent d’un caddie de courses chez Lidl.

J’ai vu des marcassins se rouler dans la boue au musée Viking et ça m’a donné envie d’avoir mon propre sanglier de compagnie que j’appellerai Edmond si c’est un mâle et Edmond si c’est une femelle.

J’ai été drôlement émue quand on a quitté le cercle polaire et que le soleil a recommencé à se coucher. Ca sentait la fin des vacances et les adieux aux nouveaux copains, ça avait un goût de fin de classe de neige et de promesses d’amitiés fidèles qui ne durent finalement jamais longtemps.

J’ai appris l’existence du copépode, ça m’a fait ma semaine.

Et quand j’ai eu vécu tout ça, je me suis dit qu’il était temps de rentrer à la maison.

On s’est tous dit au revoir, comme à la fin d’une colonie de vacances, on a échangé nos mails et nos adresses et on s’est dit on-s-rappelle-on-s-fait-une-bouffe mais sans trop d’illusions cette fois, parce que les grandes personnes ont ce désavantage de savoir que les promesses de ce genre n’aboutissent pas toujours. Ca nous a fait tout bizarre, de repartir chacun dans notre direction après avoir vécu tous ensemble pendant deux semaines consécutives. Y en a qui ont pleurniché intérieurement je crois, moi j’ai chialé tout court parce que je ne suis pas encore une vraie adulte, ça aide à n’avoir aucune dignité. On a tous regagné nos grandes villes ou nos petits bleds perdus et on a dû réapprendre à s’endormir sans le petit chocolat à emballage « good night » posé sur l’oreiller.

Moi j’étais bien contente de retrouver tout mon monde, de raconter à mon vieux mari à quel point j’aurai voulu qu’il soit là avec moi pour voir tout ça, de voir les enfants s’empiler sur moi sur le vieux canapé du salon et de retrouver dans mon grand lit l’odeur familière des draps séchés au soleil. Tout cela m’a donné l’envie de faire de nouveaux voyages, ouais je sais, ça vous troue le cul à vous autres qui me connaissez bien et qui savez à quel point j’angoisse à l’idée de m’éloigner de la maison. Même s’il me semble difficile de faire un jour un voyage qui puisse être aussi humainement cool que celui-là. Et maintenant, tout ce dont j’ai envie, c’est de porter des chaussettes en angora, manger des grissini et boire de la citronnade maison en écoutant Buddy Holly.

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4 thoughts on “Norwegian wood

  1. Le passager de huit ans n’a pas complètement tort, avant de réaliser des films George Lucas était un philosophe hongrois qui a écrit sur la dialectique.
    Et on dit que le niveau baisse…

  2. Je suis super contente d’avoir un nouvel article à lire, j’attendais avec impatience d’où une danse de la joie inopinée qui a intrigué mes collègues… Pas de ma faute si je l’ai vu sur les heures de boulot, j’allais pas quand même attendre pour lire, non ?!
    J’ai une solution pour le renne mangeur de baie dans ton jardin ! Prête ? Bon, mon chien fou à moi il gobe les framboises, alors avec de la patience pour le dressage (tout le monde ne peut pas avoir la chance d’avoir un chien qui sait faire ça tout seul) et un serre tête de noël avec des bois de renne, zou l’illusion sera parfaite. Quoi, mais si !
    Bonne journée

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