T-shirt stories

La semaine dernière, en regardant T-shirt Stories sur Arte, je me suis mise à réfléchir à l’importance des t-shirts dans mon existence et à ce qui a rendu certains d’entre eux parfaitement inoubliables.

J’ai tenté de dresser une liste de quelques uns t-shirts les plus marquants de ma vie et ça a donné à peu près ça :

1. Mon t-shirt Jeanne Mas acheté par ma grand-mère sur un marché quand j’étais à l’école primaire, représentant un artwork de la chanteuse. Le principal intérêt de ce t-shirt était la présence d’un détail et accessoire foufou pour une enfant de 7 ans : une véritable chaînette cousue sur le tissu, à l’endroit de la ceinture de Jeanne Mas. Une chaînette qui passait son temps à se découdre du t-shirt et qui a valu bien des séances de raccommodage à ma mère mais comprenez, sans ce petit bout de chaîne, ce t-shirt perdait tout intérêt ou presque. Car il faut bien admettre que mon amour pour les ornements  kitsch l’emportait largement sur mon engouement pour le tube En rouge et noir, et sur tout le reste d’ailleurs (à part peut-être le chewing gum en tube Tubble Gum), comme en témoignera un an plus tard mon t-shirt à tête de tigre sur lequel j’avais exigé que l’on couse deux boutons brillants verts émeraude, pour faire scintiller les yeux du félin (8 ans et déjà une incarnation du bon goût en matière de look).

2. Symbole de ma période pop rock british, mon t-shirt trop grand Liam Gallagher, datant de cette sombre époque où la coupe girly n’avait pas franchement fait son apparition, contraignant les jeunes filles adeptes de t-shirts de groupes rock à adopter le look « sapée comme un sac ». Une époque où, accessoirement, se rouler des pelles tout en écoutant Wonderland dans la mini-chaîne avec lecteur 3 CD était considéré à la fois comme le comble du romantisme et de la coolitude.

3. Mon t-shirt Smelly Cat obtenu avant même que Friends ne soit plébiscité série incroyablement cool du moment, avant que les salons de coiffure ne soient pris d’assaut par des jeunes filles bien décidées à s’offrir une « coupe à la Rachel » et avant que la principale ambition des 15-25 ans ne devienne subitement la vie en colocation et la consommation de latte machiatto dans un vieux sofa en velours. I liked Friends before it was cool, sachez-le.

4. Le t-shirt à slogan Don’t touch et ses deux mains imprimées à la place des seins, must have des années 90, que je me félicite de ne jamais avoir porté ni même envisagé de posséder. De toute évidence, le fait de ne pas avoir bénéficié d’une croissance mammaire précoce a sans doute encouragé ce boycott, je vous l’accorde. Et j’ai envie de dire : mais tant mieux.

4. Le t-shirt de Jim Morrison torse nu que tout le monde portait et que je n’ai jamais eu, bien que l’ayant demandé à ma grand-mère pour mon 12ème anniversaire, et pour cause : « Tu ne vas quand même pas porter un t-shirt avec un sale type décharné ! ». En 1993, ne pas avoir ce t-shirt, c’était un peu comme ne pas écouter Doc et Difool le soir sur Fun Radio : impensable. Grâce à la sortie du film d’Oliver Stone, 90% de la cour de récré se revendiquait fan des Doors et fredonnait le refrain de Light my Fire, faute de connaître un quelconque autre morceau que celui-ci (à quoi bon ?). Les 10% restant étaient plébiscités incultes et uncool, des bébés qui n’y connaissaient rien en matière de musique. Le fait que ces 90% de cools fassent néanmoins des pogo sur le tube de Gala lors des boums du mercredi après-midi aurait-il pu nuire à l’aura de ce t-shirt des Doors ? Je ne crois pas. Quoi qu’il en soit, le fait de ne pas le posséder m’a sans doute aider à admettre ceci : de toute façon, je n’ai jamais pu blairer Jim Morrison.

Je pourrais épiloguer encore longtemps sur les nombreux t-shirts inoubliables ayant fait partie de mon existence et aller jusqu’à les classer en plusieurs catégories, avec une incontournable catégorie « t-shirts de la honte » pour tous les tees Fido Dido ou L.C Waïkiki, ainsi que pour les détournements de logos de marques (avec mention spéciale pour le t-shirt Canal+/Anal+ et le fameux Pepsi/Sexy porté par nombre de radasses au début des années 2000). Ou vous faire part du top 3 des meilleurs types de t-shirts au monde avec en tête, les t-shirts à référence cinématographiques que seuls les initiés peuvent comprendre. Mais à bien y réfléchir, si je ne devais parler que d’un seul t-shirt, ce serait définitivement de celui-ci.

Car quand un type décide de sortir en soirée avec un tel t-shirt tout en cultivant l’espoir de séduire un spécimen du sexe opposé, c’est à se demander quel genre de raisonnement peut bien produire son cerveau malade pour le conduire vers de tels choix vestimentaires. (ce qui m’amène à la question suivante : le port d’un t-shirt nichons peut-il être un motif de licenciement ?). Le véritable enjeu du port d’un tel t-shirt n’est-il pas finalement de lancer un appel à ses semblables ?  N’est-ce pas une façon de parader en mettant en avant des attributs tout en espérant qu’ils seront repérés par un congénère ? N’est-ce pas une façon d’enfiler son t-shirt en se disant tout simplement : ceux qui savent comprendront ?

J’ai une théorie selon laquelle les gens aux t-shirts cool et hors norme sont, pour la plupart, des gens bien. Et je persiste à penser qu’il aurait été déraisonnable de ne pas épouser un homme que l’on a rencontré affublé d’un t-shirt à paire de seins.