Et bonne année grand-mère

Se réveiller un premier janvier sans gueule de bois, ça n’a pas de prix. Comme quoi, ça paye toujours de refuser un verre d’eau de vie de mirabelle après vingt-trois heures. La maison n’empestait même pas le tabac froid, aucune vaisselle sale n’encombrait la table du petit déjeuner et sur Facebook, personne n’avait trouvé de rime pour 2014 (l’année de la lose et celle de la baise ayant suffi) ni fait de mauvais jeux de mots à base de néné/année. Ca ressemblait donc à un début de nouvelle année absolument parfait et rien ne semblait en mesure d’entacher ma bonne humeur jusqu’à ce que je découvre, dans mon fil d’actualité, deux messages de soutien à Dieudo et une photo d’un de mes contacts faisant la quenelle dans ses beaux habits de réveillon. On en est là, oui.  Pour ne pas commencer la nouvelle années dans les hostilités, je me suis resservie du thé à la bergamote dans mon mug Goonies et j’ai décidé de me concentrer sur tous les trucs cool de ces derniers jours, afin d’annihiler la mauvaise ambiance 2.0 matinale.

Et il faut bien le reconnaître, ces quatre derniers jours avaient été plutôt exceptionnels en matière de cool et de bonne humeur et ce, pour deux raisons, très exactement :

Déjà, parce que j’ai réalisé deux rêves de longue date :

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1) Me payer des chaussures en daim bleu. Pour faire comme Elvis, oui. Et aussi, car ma séquence préférée de Bubba Ho Tep, c’est quand la caravane de Bruce Campbell prend feu et qu’il enrage parce que ses chaussures en daim bleu sont dedans. J’ai tellement ri la première fois que je l’ai vue (et les fois suivantes).

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2) M’abonner à Planète et Discovery Channel. J’avais jusque là fait preuve d’une grande sagesse et d’une lucidité certaine en m’interdisant de le faire, considérant que cet acte déraisonnable risquerait fort de me conduire à ma perte à savoir : anéantir tout intérêt pour autre chose que les documentaires.

J’ai longtemps lutté, jugeant préférable de ne pas prendre le risque d’oublier de nourrir mes enfants ou d’omettre d’aller les chercher à l’école, happée par un docu-fiction sur la théorie des primates aquatiques ou par un reportage sur les lycaons (qui, en meute, dépècent un phacochère en 12 minutes, sachez-le). Si la télévision et ses programmes divers et variés ne m’ont jamais grandement fascinée – à quelques exceptions près – je dois bien reconnaître que je voue une passion sans limite pour les chaînes documentaires et que posséder un accès à leurs programmes ne serait donc pas sans danger. Prendre le risque de finir en jogging, avec le cheveu gras,  378 heures de sommeil en retard et condamnée à uriner dans une bouteille pour cause d’addiction aux documentaires historiques et animaliers, est-ce bien raisonnable ? Disons le tout de go : il est indéniable qu’il y aurait là une menace certaine. Et pour peu que le documentaire en question ait un quelconque rapport avec une maladie exotique, la survie en milieu hostile ou la vie d’une fourmilière, j’encours carrément le risque de cesser de m’alimenter, préférant assister à la lutte saisissante entre les termites et les fourmis plutôt que de me traîner jusqu’au réfrigérateur pour choper une compote Andros.

Et puis bon, après des années de frustration, considérant que 2014 serait l’année de la décadence, j’ai décidé de souscrire à l’abonnement au bouquet « panorama », comme ils disent, avec un accès illimité aux documentaires en tous genres. Oui je sais, je suis une grosse MALADE. Une aventurière de l’extrême. Je n’ai peur de rien.

J’ai déjà ingurgité quatre heures de docu, rien que pour cette journée (saviez-vous que le site de Gizeh était une horloge astronomique et que la caverne du capitaine Cook se situe sur l’île polynésienne de Rurutu ?) et je lutte férocement pour ne pas passer le restant de mes jours sur mon canapé, à me nourrir de clémentines blettes et de rognures d’ongles. Je sens décidément que j’ai fait le bon choix.

Cela étant, si ces derniers jours ont été à ce point cool, c’est aussi pour cette seconde raison :parce que les copains étaient à la maison. Je dis bien LES copains, avec un grand C. Ceux qu’on ne reçoit pas comme des invités mais qui font partie de la famille, et avec qui on pourrait cohabiter sans peine pendant six mois, 24 heures sur 24, sans jamais s’engueuler ni s’ennuyer. Evidemment, le fait qu’ils soient eux-mêmes adeptes de Discovery Channel aide beaucoup. Mais ce qui fait que cette amitié-là tient tellement la route, c’est qu’ensemble, on passe notre temps à ne rien faire tout en ayant l’impression d’avoir accompli des tonnes de trucs. Alors on boit des litres et des litres de thé noir, on fait des brunchs (trois par jour, pour être précise), on mange la galette des rois avant l’heure, on alimente le feu dans le poêle du salon, on traîne en chaussettes et en sweat-shirt sur le canapé, on se raconte des histoires d’outre-tombe et de maisons hantées, on zappe sur les chaînes du câble tard le soir et l’on fait d’étonnantes découvertes (comme l’ancien nez de Karine Grandval), on lit des BD, on s’interroge sur la toxicité de certaines plantes locales, on prend huit goûters par jour, on se met du vernis à ongles en se demandant si c’est une bonne idée de sortir le Oui Ja en fin de soirée, on se fout de la gueule des gens (un peu), on ricane et on s’excuse d’être cool, on manque de se crever un oeil avec les sarbacanes et les cotillons, on prend des petits déj subversifs à base de restes de pâtisseries et de croûtes de brie, on fait des jeux de société avec le sentiment de mettre notre vie en jeu, on se rappelle notre adolescence et on se dit que c’était mieux avant, on considère la jeunesse d’aujourd’hui en se demandant si un bon vieux Battle Royal ne serait pas parfois une solution, on envisage de monter une sorte de communauté tout en s’interdisant de virer hippie, on prévoit de vivre de troc et de s’enseigner mutuellement piano, tricot et jardinage, on se dit que ça doit être drôlement bien de s’habiller exclusivement de pulls en laine géants, on recoud des boutons en regardant des programmes TV sur les OVNI et jamais, jamais on ne s’ennuie.
Quelque chose me dit que toutes les fins d’années devraient ressembler à cela et qu’une année qui démarre avec une rediff de Logan’s Run ne présage que du bon. Et mon unique résolution de l’année sera de ne pas oublier qu’il y a une vie en dehors de mes nouvelles chaînes câblées, promis juré craché.

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