Semaine #24

Ma semaine en quelques micro-anecdotes.

Elles sont au nombre de sept, comme les merveilles du monde  :

– Je suis au regret d’annoncer à ceux qui ont suivi l’alerte enlèvement lapin que Richard Rabbit s’en est allé. On a dit aux enfants qu’il était parti retrouver sa maman lapin dans son terrier, classique.  Et on essaye de se convaincre qu’il a intégré la vie sauvage et qu’il bondit désormais dans une verte prairie, en lâchant des chapelets de crottes comme il savait si bien le faire sur le canapé du salon, et en se faisant des orgies de fleurs de luzerne. Mais la vérité c’est qu’on le soupçonne très légèrement de s’être fait zigouiller par un renard qui, après s’être baffré des quinze canards du voisin, a peut-être bien eu envie de se taper un lapin domestique en guise d’amuse-bouche, allez savoir. C’est que la vie sauvage est cruelle, hélas. Mais nous, on est une bande de hippies infoutus de se résoudre à laisser nos animaux vivre en cage. Et dans un grand élan d’optimisme, on persiste à croire qu’il est possible de domestiquer un lapin de compagnie et de le rendre futé au point qu’il puisse survivre dans la jungle du jardin familial. Et c’est quand même pas de notre faute si on est tombé sur un lapin dont la seule préoccupation était de fuguer (et aussi de dévorer les fils électriques et les livres de la bibliothèque, fumier de lapin).

Alors on a décidé de se laisser une seconde et dernière chance avec les lapins. Et on a adopté Gilbert, un lapin qui, par chance, n’est pas du tout préoccupé par la fugue. Gilbert lui, il est beaucoup trop occupé à essayer de violer le chat pour essayer de se barrer, ce qui est plutôt une bonne nouvelle (enfin, pas pour le chat, certes). Fallait voir comme c’était mignon, les premières semaines, de voir ce lapin aux allures de Muppets considérer la chatte comme sa véritable maman, la laissant lui faire consciencieusement sa toilette et se blottissant entre ses pattes à l’heure de la sieste. Et puis vous savez ce que c’est, les hormones ont commencé à venir foutre le merdier et avec le recul, on s’en veut un peu de l’avoir autorisé à regarder des films de Russ Meyer en rognant des pommes avec nous, sur le canapé, car c’est peut-être bien ça, l’élément déclencheur. Toujours est-il que depuis quelques temps, Gilbert passe son temps à essayer de se taper le chat en nous faisant grâce de ses jets d’urine plein la baraque (et encore, on espère très fort que ce n’est que de l’urine), on est ravi, absolument ravi, d’autant que ça commence chaque matin dès 7 h 30 tapantes, à l’heure du petit dej. Quand j’ai le dos tourné et que je n’ai pas l’oeil sur ce salopiaud de Gilbert qui terrorise ma chatte, les enfants m’appellent à l’aide en hurlant  « Maman, Gilbert essaye encore de faire l’amour avec Monique dans la cuisine ! » sur un ton paniqué et je crains parfois que les voisins n’entendent cela et ne s’imaginent je ne sais quelles pratiques sordides dans ma cuisine, au point de contacter les services de protection de l’enfance. Il faudrait alors que je m’explique sur le fait que Gilbert et Monique ne sont pas des amis échangistes mais simplement un lapin et un chat et là, j’ai à peu près aucune chance d’être prise au sérieux, aucune, et je finirais sans doute derrière des barreaux, comme un vulgaire lapin domestique.

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Gilbert, le lapin chattophile aux cheveux longs, mangeant une pomme  devant Super Vixens avant sa prochaine tentative de viol

– J’ai eu 34 ans même si j’ai l’air d’en avoir 46. J’ai reçu beaucoup trop de cadeaux cool comme un vrai dressing pour ranger mes vestes et mes chaussures, un poulailler pour mes poussins récemment nés, une vraie photo d’art numérotée représentant une nonne sexy,  des cookie cutters super-héros, une Barbie Club échangiste, des origamis dinosaures,  un livre d’enquêtes sur des meurtres au monastère, un autre sur le symbolisme dans l’art, une bougie parfumée hors de prix assortie à la veste de Nicolas Cage dans Sailor et Lula, et puis une Swiss Card Victorinox qui constitue le premier outil de mon paquetage de survivante de l’apocalypse. On a fêté ça en tout petit comité avec mon équipe de compagnons de survie post-apocalyptique, justement, ce qui nous a permis de revoir notre stratégie de survie en mangeant des brochettes de poulet à la mangue et des épis de maïs. Quand on a eu bien bu, bien mangé et bien peaufiné nos plans de survie en cas de fin du monde, on a mangé des gâteaux beaucoup trop chers mais tellement bons et on s’est ridiculisé pendant quelques heures en jouant à Time’s Up sous alcool. Après ça, on a eu envie de regarder nos épisodes préférés de Strip Tease avec des perroquets moisis et des soucoupes volantes en contreplaqué, des enfants de hippies qui prétendent communiquer avec les trolls, et docteur Lulu qui soigne le Nono à grandes rasades de Villageoise. C’était vraiment un anniversaire formidable.

 

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– Le lendemain, j’ai passé une super journée chez des cool potes que j’avais pas revu depuis une paye et on a re-mangé un barbecue, parce que c’est un peu notre rituel en l’honneur du Dieu soleil, à nous autres Lorrains. A chaque rayon de soleil ou dès lors que le thermomètre affiche une température supérieure à 20°C, on sort le barbecue comme des cinglés de peur que ce soit le dernier barbecue de notre vie, le soleil étant chez nous plus attendu encore que le messie. On a parlé de Star Wars, de Buddy Holly, de Lemmy Kilmister en short, de voyages et de films de série B, on a mangé de la glace aux noix de pécan et bu beaucoup trop de soda à l’aspartame mais qu’importe, il faisait beau et les flamants roses en plastique plantés dans la pelouse du jardin nous encourageaient du coin de l’oeil. On a aussi écouté Charge 69 en boucle pendant tout l’après-midi sans s’en rendre compte et les maris, jeune et vieux, ont descendu une bouteille de Calva en fumant des clopes pendant notre très sérieuse discussion sur la trilogie Mad Max et son nouvel opus. Je vous assure que tous les dimanches devraient ressembler à celui-là.

– J’ai deux nouveaux t-shirts préférés (oui, encore) qui détrônent mon t-shirt Jon Snow, l’un avec Max Rockatansky et son chien, l’autre avec Conan et Valeria. J’arrive pas à déterminer lequel est le plus cool des deux et je garde jalousement l’adresse de la boutique où je les ai trouvés. Du coup, je les mets tout le temps, avec des sneakers pour aller promener le chien, avec des escarpins pour sortir le samedi soir, et même avec un slip en coton pour dormir. Et de temps en temps, je les enlève pour les laver, tout de même. Mais pas d’inquiétude, ça passera au prochain t-shirt préféré.

 

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– J’ai passé chaque journée ensoleillée (c’est-à-dire pas tellement) à jardiner, à désherber à la main, à tailler des rosiers, couper des fleurs fanées, surveiller la croissance de mes légumes, à soigner les arbres du verger et à récolter des fraises. Je prends désormais des photos de mes roses comme une jeune retraitée, c’est que j’ai toujours eu un faible pour la retraite au point de n’avoir jamais vraiment travaillé, c’est assez paradoxal je sais. Je brandis des repas 100% garantis en provenance directe du jardin, avec des omelettes aux herbes et des petits radis croquants, des salades toutes fraîches et des soupes de fraises au basilic, mais les petits fumiers que j’ai engendrés ne s’épatent plus de rien et continuent de me réclamer des nuggets au gras de poulet de chez Père Dodu, y a vraiment plus de respect.

 

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– J’ai définitivement sombré dans mon addiction aux cartes postales et chaque jour, mon vieux mari me considère un peu plus comme une vieille dame de 83 ans, n’ayant rien d’autre à foutre que d’écrire et classer ses cartes de façon obsessionnelle, ou au choix comme une ado attardée de 13 ans et demi qui se réjouit toute seule des nouveaux stickers glitter en forme de cornets de glaces collés sur sa carte noir et blanc à destination des States. Je tiens un carnet de comptes et de statistiques qui recense chaque carte reçue et envoyée et parfois, je me sens assez proche de la névrose, en effet, et pas seulement parce que j’ai failli pleurer de joie le jour où mon vieux mari m’a acheté deux meubles à tiroirs pour classer mes cartes par pays de provenance. Maintenant que mes 461 cartes sont classées par pays, par ordre alphabétique et par date, je me sens le coeur léger et content et tant pis si les membres de mon foyer commencent à s’inquiéter pour ma santé mentale, qu’y puis-je s’ils n’ont toujours pas compris que l’obsession est à la base de mon fonctionnement.

– J’ai recommencé à lire intensément, à arrêter de regarder des merdes à la télé au profit de la lecture, à programmer parfois mon réveil une heure plus tôt pour avoir le temps de profiter du calme de la maison pour lire quelques chapitres. J’ai commencé à relire la saga des Conan (Conan = obsession n°72) et nom de Dieu, j’avais oublié à quel point les aventures du Cimmérien étaient chouettes et captivantes. Et puis j’ai constaté que ça faisait tout de même quelques mois que je lisais exclusivement des romans de fantasy et d’heroic fantasy et pour me forcer à changer un peu, j’ai eu l’idée d’un projet que j’ai appelé « My favourite book of all time project« . J’ai demandé à tous ces inconnus du monde entier, qui chaque semaine m’envoient les cartes postales sus-citées, de m’indiquer le titre de leur livre préféré. Mais attention, un seul titre, sinon ça ne compte pas. Le titre de leur livre préféré de tous les temps, du seul livre qu’ils emporteraient dans leur paquetage post-apocalyptique, à côté de leur Swiss Card Victorinox. Et depuis quelques jours, mes correspondants m’envoient des titres de livres, des titres parfois connus (Roald Dahl champion du monde des auteurs préférés des lecteurs du monde entier, à en croire les suggestions de tous ces anonymes) et puis parfois, des livres dont je n’ai jamais entendu parlé ou vers lesquels je ne me serais jamais dirigée (car je suis trop snobe) . Et devinez quoi, je n’avais pas lu avec autant de curiosité et de plaisir qu’à l’époque où je voulais obtenir les meilleures notes de la classe en fiche de lecture (snobe et crâneuse) c’est-à-dire aux alentours de 1994. Donc voilà, tout cela m’a donné l’idée d’une petite rubrique pour ce blog sans rubrique puisque j’essayerai de chroniquer chaque semaine mes lectures suggérées par ces inconnus du monde entier. Oui je sais, c’est moins passionnant qu’une rubrique « tarte aux questches revisitée en 51 recettes » ou « haul cosmétique de toutes les crèmes que j’utilise pour me dérider la ride du lion et la raie du cul » mais hell yeah, c’est déjà un bon début non ?

 

Ce début de mois de juin était terriblement parfait et il semblerait que ce blog soit sur le point de devenir un blog à rubriques. Mes aïeux, j’en suis toute retournée.

 

 

docteur lulu

3 thoughts on “Semaine #24

  1. Mon meilleur souvenir de lecture (hors sf, etc., là c’est Ubik de Dick) : L’Empereur du Portugal, Selma Lagerlöf.

    • Commandé les deux pour les vacances. Et je me garde les taupes pour lire ça d’une traite la semaine où j’aurai pas les gosses.

    • Je viens de finir L’Empereur du Portugal. C’est tellement beau dis donc. Et ça a drôlement fait pleurer mon coeur de mère. J’en parle dans ma prochaine chronique.

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