Eleanor & Park & Charlie

Cet été, j’ai lu beaucoup moins de livres que prévu. Parce que j’ai été obligée de faire des choix. Du genre béton vs lire. Trier le garage vs lire. Emmener les enfants à l’accrobranche vs lire. Essuyer le pipi du chat sur le canapé vs lire. Avoir la gastro-entérite vs lire. Et d’une façon plus générale, tous un tas d’autres trucs chiants et chronophages vs lire.

Alors pour ce qui est des chroniques de livres, je ne vous en cause même pas, il aurait fallu un miracle pour que je trouve le foutu temps d’écrire quoi que ce soit (ou bien que je laisse mon garage en bordel, que j’endorme mes enfants à l’éther, que j’abandonne mon chat et que j’arrête de vomir, par exemple).

Mais bon, tout de même, je me suis rappelée que ça faisait  plusieurs semaines (mois ?) que j’avais lu deux livres vraiment chouettes dont je voulais absolument parler ici.

Et avant d’en dire quoi que ce soit, rendons à César cec qui est à César,  je n’aurais peut-être jamais lus ces livres-là sans les sages suggestions de Michael Atlan qui, en plus d’avoir un blog vraiment cool et génial qui parle de pop culture (oui, j’ai mis « cool » et « génial » dans la même phrase, on sent bien que ma personnalité s’est construite au cours des années 90), est très calé en littérature young adults (il connait les meilleures scènes de premiers baisers des meilleurs romans du genre, ce n’est vraiment pas rien). Et donc, quand il m’a suggéré les trois livres qui selon lui, constituent les chefs d’oeuvre du genre, je les ai commandés sans tarder. Ou du moins, j’en ai commandé seulement deux car je tenais à me garder le privilège du troisième pour plus tard, un peu comme quand on met de côté la plus grosse fraise de sa part de fraisier, pour s’en régaler tout à la fin du dessert, quand tout le monde a déjà fini sa part.

Et c’est comme ça que j’ai commencé par lire Eleanor & Park de Rainbow Rowell.

Nous sommes en 1986. Tout commence quand Eleanor se pointe dans le car scolaire, pour son premier jour dans son nouveau lycée. « Elle n’était pas seulement nouvelle, elle était grosse et gauche. Avec des cheveux hallucinants, rouges et bouclés. Et elle était habillée comme… comme si elle voulait qu’on la remarque ». Avec sa tignasse rousse et son corps perdu dans des chemises à carreaux d’hommes, ses colliers bizarres et ses foulards au poignet, Eleanor ne passe clairement pas inaperçue et suscite d’emblée mépris et moqueries. Et direct, les complications débarquent car c’est bien connu, le bus scolaire (au même titre que le lycée), c’est la jungle, une jungle où les nouvelles au look improbable sont bien forcées de trouver une place où s’asseoir, même si personne n’accepte de partager sa banquette avec vous.

Et c’est précisément le siège voisin de celui de Park, qu’Eleanor va choisir – par défaut – d’occuper.

Park pratique le taekwando, écoute du rock et lit des comic books. Il vit d’un un joli pavillon avec son frère, son père féru d’arts martiaux et sa mère coréenne qui a ouvert une salon de coiffure et de beauté dans leur garage.

Et dans le bus, Eleanor se met à lire les comics de Park au-dessus de son épaule. Puis Park lui prête ses numéros des Watchmen et sa cassette des Dead Kennedys, et si vous êtes de ma génération, vous savez à quel point ça ne signifie pas rien quand un garçon vous prête ses comics ou sa cassette des Dead Kennedys.

Et de là démarre une jolie amitié entre Eleanor et Park, puis une histoire d’amour encore plus jolie. Evidemment, comme rien n’est jamais simple, l’idylle est ternie et largement compliquée par le cadre familial d’Eleanor qui partage un taudis avec ses frères et soeurs, sa mère soumise qui n’a pas un rond et son beau-père alcoolique et violent. Au milieu de ce chaos, il sera difficile pour Eleanor d’accepter l’amour de Park et de s’autoriser cette relation sentimentale.

Encore une idylle adolescente, me direz-vous. Sauf que celle-là est encore mieux que toutes les autres. Et encore plus touchante. Parce que Park veut prendre soin d’Eleanor, tout le temps. Et qu’elle est sa « personne préférée de toute la vie ». Et c’est vraiment pas rien d’être la personne préférée de toute la vie de quelqu’un.

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Le livre suivant, de Stephen Chbosky s’intitule Le Monde de Charlie, pour sa dernière édition française, et je trouve ce titre un peu nul comparé au titre original The Perks of being a wallflower. J’ai donc acheté les deux versions que j’ai lues tour à tour, et après ça j’ai vu son adaptation ciné (pourtant, vous savez à quel point je ne suis pas fan de ce genre d’adaptations) et j’ai su que j’aimerais cette histoire-là pour toujours.

Charlie est un jeune homme gentil et discret qui vient de faire face au récent drame de la mort de son meilleur ami, qui s’est suicidé d’une balle dans la tête. Psychologiquement fragilisé par le suicide de Michael (qui fait écho avec la mort, il y a plusieurs années, de sa tante Helen), il doit néanmoins affronter sa rentrée au lycée et se voir propulser dans cet univers impitoyable où les anciens amis du collège vous snobent et où il est difficile de s’intégrer dans un groupe. Très solitaire, Charlie se passionne pour son cours de littérature et se lie d’amitié avec son prof qui lui soumet régulièrement de nouvelles lectures, mais reste définitivement et douloureusement seul. Jusqu’au jour où il fait la connaissance de Patrick, un élève de terminale, rebelle et outsider résolument drôle et amical.

Grâce à Patrick, Charlie rencontre sa demi-soeur Sam  puis tous les autres amis de leur bande qu’il intégrera aussitôt. Avec eux, Charlie va découvrir un tout nouveau monde, celui des soirées alcoolisées, des représentations du Rocky Horror Picture Show, de l’amitié véritable et des virées nocturnes en pick up où l’on « se sent éternel ».

Plus que n’importe quel autre roman du genre, Le Monde de Charlie aborde de multiples problématiques et premières expériences de l’adolescence (le sexe, le premier amour, les drogues dites festives…) et décrit à la perfection l’importance de faire partie d’un groupe et de devenir membre de la tribu. Le personnage principal est infiniment touchant et l’on ne peut qu’être pris d’empathie face à ce jeune homme gentil et tellement seul qui, au début du roman, ne parvient à intégrer aucun groupe ni ne se fait aucun ami et qui toujours saura rester juste et vrai. Parce que durant notre ingrate adolescence, on a tous – au choix – été un Charlie,  ou bien  témoin de cela, de ce pauvre gars qui passe ses récrés à lire tout seul sur un banc, et qui n’a pas l’air si con ou si bizarre que ça, mais avec qui on évite tout de même de copiner en préférant le considérer comme un looser né (cruelle adolescence, je vous le dis). Dans cette histoire-là pourtant, Charlie, lui, a la chance d’être pris sous l’aile de Patrick et des amitiés comme celles-là donnent définitivement envie d’avoir à niveau seize ans, d’avoir des amis aussi géniaux que ceux-là et d’aller au bal du collège tout en espérant qu’un jour, un garçon nous offrira une compil’ sur cassette.

Pour conclure, laissez-moi vous dire que ces deux romans géniaux ont en outre l’avantage de comporter des bandes son d’enfer (eh oui, on parle trop des bandes son des films et pas assez de celles des livres). Et vous penserez à moi quand vous aurez fini de lire Le Monde de Charlie et que vous ne pourrez plus vous empêcher d’écouter Asleep des Smiths environ trois fois par jour en pleurant un peu, et en regrettant qu’au cours de votre adolescence, aucun garçon ni aucune fille ne vous en ai jamais offert un enregistrement sur cassette. Mais peut-être que je suis un brin trop nostalgique, allez savoir.

Teasing de malade : Dans Le Monde de Charlie, Bill, le prof de littérature, propose à Charlie de lire douze livres en tout et Charlie y découvre son livre préféré de tous les temps. Je me suis attaquée à ces douze livres durant cette été et il m’en reste encore deux à lire avant de revenir vous en parler ici.

Et en attendant, pour ceux qui hésiteraient encore à lire ce roman, je vous laisse avec une de mes séquences préférées de l’adaptation cinématographique (Charlie et Patrick y sont exactement comme je les imaginais dans le livre, sinon mieux). C’est celle de la living room routine de Patrick et Sam et je trouve qu’elle résume à elle seule une partie de l’ambiance du livre. En espérant que ça vous donnera envie de le lire.

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3 thoughts on “Eleanor & Park & Charlie

  1. Coucou 🙂

    Oh j’espere que ça va mieux, la gastro :-/

    Moi aussi, j’ai eu moins le temps de lire que prevus :/

    Eleonor and Park est dans ma Pal, je dois le lire depuis un moment… Des que j’ai finis mes lectures actuelles, j’attaque ton résumé m’a trop donné envie !!!!

    Pour ce qui est de Charli, je n’ai vue que le film pour l’instant 🙂

  2. Je vais avoir 48 (QUARANTE-HUIT) heures d’avion en septembre pour rattraper tout mon retard de PAL, et je vais bien évidemment aller piquer ces deux livres-là dans la bibliothèque de ma fille (conseillée par une amie qui traîne ses baskets à fleurs par ici)

  3. J’avais acheté exactement la même édition en VO de The perks of being a wallflower, à la gare avant de prendre un train, et ce fut un des meilleurs trajet de ma vie 🙂

    (Sinon, j’ai découvert ton blog avec ton dernier article sur tes vacances, puis je l’ai lentement lu quasi en entier depuis. Alors merci pour ces quelques soirées d’été bercées par tes lectures, ça fait longtemps que je n’avais pas dévoré un blog, au moins depuis 2012, et ça fait vraiment du bien)

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