Sixteen again

Hier, mon vieux mari a terminé un des livres de ma pile de romans young adults. Il dit qu’il a trouvé ça cool mais que ohlala, ces scènes de romance et de roulages de pelle à n’en plus finir, c’était vraiment n’importe quoi. Ce à quoi je lui ai répondu qu’il n’y connaissait rien vu que c’est précisément tout l’intérêt de la chose.

Donc, avis aux amateurs de romances adolescentes et de roulages de galoches hautement érotiques, j’ai déniché pour vous deux jolis petits romans qui vont donneront envie d’avoir à nouveau quinze ou seize ans et d’embrasser votre amour de vacances avec la langue sur une plage d’Italie (voilà que je deviens nostalgique).

Le premier roman, de Jennifer Niven, s’intitule Tous nos jours parfaits et j’ai trouvé le titre suffisamment chouette pour avoir envie de me le payer.

L’histoire commence par la rencontre fortuite et peu commune de Violet et  Finch qui font connaissance au sommet de la tour de leur lycée, là où Finch est monté dans l’idée de peut-être se jeter dans le vide, rien que ça.

Finch est un adolescent suicidaire et perturbé que tout le lycée prend pour un cinglé notoire. Violet est une élève modèle, ex petite amie du lycéen le plus populaire de l’école, mais traîne derrière elle une interminable dépression depuis lé décès de sa soeur aînée, victime d’un accident de voiture.

Il n’y avait à peu près aucune chance pour que ces deux-là se rencontrent, encore moins pour qu’ils sympathisent. Tomber amoureux ? N’y pensons même pas. Sauf que les romances dans ce genre-là font suffisamment bien les choses pour que l’improbable se produise, forcément. Et on a tous beaucoup d’affection pour ces histoires d’amour entre un type et une fille qui n’ont rien en commun au point de savoir qu’en dépit de tout, ces histoires là fonctionnent généralement (et nous fascinent par dessus tout).

Le début du roman a clairement des airs de réchauffé et est pas mal bourré de clichés. Est-ce que j’ai levé les yeux au ciel en découvrant, dans les premières pages, le topos de l’ado suicidaire sauvé de justesse par une jeune fille super belle et un peu paumée dont il va tomber immédiatement amoureux avant que la réciproque ne commence à s’enclencher ? Evidemment que oui. Mais par chance, l’auteur se rattrape très vite en nous montrant, page après page, des personnalités bien plus complexes que nous le soupçonnions. On se demande parfois lequel des deux ados est le plus torturé et cultive le plus grand mal de vivre, et on se réjouit de les voir finalement devenir amis puis, évidemment, tomber amoureux, avec tout ce que cela implique.

Violet découvre que Finch est définitivement bien plus créatif et poétique que cinglé, savoure les centaines de petits post-it qu’il alimente de ses pensées et accroche sur le mur de sa chambre en une sorte de pêle-mêle artistique, se réjouit de le voir trouver du surprenant et de la poésie dans chacune de leurs virées, mais toujours, cherche à comprendre les angoisses et pulsions qui l’animent et le poussent à disparaître parfois plusieurs jours sans prévenir.

Il y a un petit côté Happiness Therapy dans ce roman, avec ces deux adolescents perdus, chacun à leur façon, qui ne savent plus très bien trouver leur place parmi les leurs et qui vont mutuellement se tirer vers le haut et tenter de se sentir à nouveau exister. Le personnage de l’insondable Finch, tellement bizarre mais infiniment émouvant, est vraiment attachant et on passe tout le roman à croiser les doigts pour que l’histoire de ces deux-là finisse par fonctionner pour de bon et pour qu’ils sortent indemnes de leurs luttes respectives contre leur démons intérieurs.

C’est beau, touchant et triste parfois et je crois que ça vaut drôlement le coup d’être lu, que vous soyez ou non amateur du genre.

Ensuite, un petit livre sans surprise mais néanmoins très bien réussi qui était tout ce dont j’avais besoin ces temps-ci, comme si la mère au foyer partiellement déprimée et toujours débordée que je suis avait eu besoin de renouer avec son moi d’il y a vingt ans, et l’année ou moi aussi je roulais des pelles à un certain Alberto qui m’écrivait « je t’aime » en grec ancien dans le sable, avec le manche de sa raquette de ping pong, même que je pensais que cette histoire là, ce serait pour toute la vie (la vanne).

15 ans, de Michelle Dalton, raconte l’été de trois soeurs qui, avec leurs parents, partent en vacances dans la maison familiale de Bluepointe, à côté du lac Michigan. Il s’agit de leur tout premier été dans la maison de leur grand-mère depuis son récent décès, et ces vacances s’annoncent différentes des précédentes, moins joyeuses sans doute, teintées de regrets et de nostalgie. Tous se rappellent de Granly, cette grand-mère excentrique, de son incroyable crinière rousse, et des exubérantes « soirées Gatsby » lors desquels elle organisait de somptueux pique-niques au champagne dans de la porcelaine fine.

Chelsea, la cadette, a hérité de sa grand-mère son incroyable chevelure rousse et son goût pour les choses peu ordinaires. Elle porte des robes vintage, mange des glaces framboise-citron-vert et passe tout son temps à lire plutôt qu’à s’intéresser aux garçons, contrairement à ses soeurs partiellement obsédées par les opportunités qu’offrent les vacances en terme de rencontres amoureuses. Déprimée par l’absence de sa grand-mère et convaincue que sans elle, les vacances ne seront plus jamais dignes d’être vécues, elle voit néanmoins son moral remonter en s’apercevant que, dans cette petite ville familière où rien ne change depuis des années, s’est installée une toute nouvelle librairie.

Et la suite, je vous la donne en mille : l’adolescente entre dans la librairie, rencontre Josh, le fils de la libraire, tombe évidemment super amoureuse et s’en suit la chouette histoire de cet amour d’été, avec ses beaux moments, ses incertitudes, ses angoisses des premiers rendez-vous, ses disputes et ses réconciliations.

L’histoire n’a rien d’original, on pourrait même dire que c’est du vu et revu, que c’est bourré de clichés (l’héroïne rousse qui n’assume pas ses cheveux, qui n’a rien à voir avec les autres filles de son âge et qui ne pense qu’aux livres et aux librairies), que l’intrigue est prévisible et quasiment sans surprise, mais en dépit de tout cela, il faut bien reconnaître que ça marche, que ça marche même drôlement bien et que l’histoire se laisse lire comme un rien. La description de ces vacances avec ses rituels familiaux, la bienveillance qui émane des membres de cette famille (ça change un peu de l’éternelle famille de paumés dont l’ado stable s’efforce de s’extirper), ses moments de nostalgie, le récit des premiers émois de ces deux adolescents, tout cela crée une atmosphère franchement agréable qui donne envie de poursuivre la lecture, et c’est pour cela que, je le dis encore, bien que sans grande surprise, ce roman est un joli roman qui fonctionne très bien et qu’on ne peut lâcher avant de l’avoir terminé.

Voilà, comme vous pouvez le constater, je me suis définitivement perdue dans les méandres des romances pour jeunes adultes et grand bien m’en fasse. Ca me change de mon mec qui hier encore, me demandait si j’avais pas acheté une culotte fendue à l’époque et si oui, qui se demandait comment ça se faisait qu’il n’en ait plus aucun souvenir. Et après, il ose encore se demander pourquoi je voue une telle passion aux histoires d’amour dans lesquelles des ados passent leur temps à s’embrasser sur la bouche et à se tripoter les épaules en considérant cela comme l’événement le plus érotique de toute leur existence. Sachant qu’il ignore sûrement que j’ai atteint le stade où je corne les pages comportant des scènes de premiers baisers pour pouvoir les relire quand j’ai un petit coup de déprime. Je vous jure, dans ces moments-là, on voudrait bien avoir nous aussi à nouveau 15 ans, dérocher un job de serveuse dans une petite station touristique, et vendre des sandwiches à la mayonnaise toute la journée avant d’embrasser sur la bouche Josh le libraire.

Prochaine chronique à venir : des baisers sur la bouche (encore et toujours) mais sur fond d’intrigue fantastique cette fois-ci. Stay tuned mes petits caribous. Et en attendant, vous pouvez toujours commander Tous nos jours parfaits et 15 ans en cliquant sur les images ci-dessous.
     

 

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(comme ça je pourrai acheter encore plus de livres à chroniquer)

tipeee