7 jours

Nom d’un chien, cette semaine est passée si vite que je n’ai même pas eu le temps de me raser, comme en témoigne ma barbe de trois jours. Mes journées sont tellement remplies que j’ai un agenda qui n’a rien à envier à celui d’une working girl, avec quelques réunions en moins et des derrières d’enfants à torcher en plus, cela va de soi.

Lundi, je me suis achetée un beau stylo à plume avec des cartouche d’encre noire, parce que l’encre bleue, c’est pour les bébés. Cela m’a donné envie de ressortir mon gros journal intime de 1080 pages que j’ai commencé à rédiger le 5 mai 2013 et dont j’ai abandonné la rédaction le 6 mai de la même année. L’obstination n’est pas toujours mon fort, c’est un fait, mais ne serait-il pas totalement déraisonnable de n’avoir que des qualités, après tout ? A l’intérieur, j’ai retrouvé des photos prises dans une cabine Photomaton rouillée à Berlin, à un an d’intervalle. En les regardant, je n’ai pu m’empêcher de me poser à nouveau la sempiternelle question « frange ou pas frange », car tel est le dilemme de mon existence (et ce depuis 1985, année de ma première coupe au bol). Et aussi, je me suis dit que ce serait sans doute chouette de retourner à Berlin pour boire des peanuts hot chocolate et racler le beurre de cacahuètes avec la paille au fond du gobelet. Ou bien pour visiter à nouveau le musée Ramones, même si j’ai égaré le badge qui me permettait d’y avoir accès à vie, holy shit. Ou encore juste pour le plaisir de manger végétarien à tous les coins de rue, de boire des Coconut Kiss en terrasse et de croiser les enfants de la crèche trimbalés dans des poussettes géantes de huit places. Et puis surtout, pour côtoyer des gens qui font jamais la gueule parce que ça a du bon, les gens comme ça.

journal

Mardi, je suis passée devant la cathédrale et ça m’a fait penser que je n’y avais pas mis les pieds depuis au moins huit ans, lorsque je vivais dans le quartier. Le type qui faisait la manche à l’entrée était toujours le même qu’à l’époque et je me suis demandée si vers midi, il allait toujours dépenser une partie de sa recette matinale au bistro du Portugais de la rue Mazelle. A l’intérieur, des lycéènnes à sac à dos et cheveux tie and dye tiraient la tronche en suivant le guide avec des soupirs qui voulaient dire « les vitraux de Chagall c’est trop nul, venez on se tire et on va chez H&M ». Parmi les centaines de chaises vides, une seule était occupée, par un homme en veste en skaï qui avait l’air grave et contrarié. Il était là, les bras croisés, et je me suis demandée s’il était en train de prier ou de ruminer, ou les deux à la fois, et puis quelle différence cela fait-il après tout. J’ai décidé de faire pareil et je suis restée assise là un long moment à regarder les gens aller et venir le long de la nef. En levant les yeux vers la voûte, j’ai repensé à Pierre Perrat qui aurait vendu son âme au Diable en échange des plans de la cathédrale, mais qui aurait finalement arnaqué l’antéchrist en jouant sur les termes du contrat, et tout cela sans avocat spécialisé dans le bâtiment, bien joué mon Pierrot. J’ai aussi bien aimé les confessionals avec leur petit loupiote éteinte, ça m’a fait penser aux lumières qu’on trouve dans les cabine des sex shops pour indiquer si la place est libre (n’allez pas croire que je fréquente ce genre d’endroits, on me l’a dit, c’est tout). J’en ai conclu que tous étaient vides et j’ai trouvé ça dommage, ça aurait été chouette d’imaginer toutes ces personnes murmurant derrière une grille et faisant pénitence pour avoir, au choix, regardé Youporn six fois cette semaine, repris deux parts de Strudel au goûter, dénoncé la voisine qui touche injustement l’API, dormi jusqu’à midi moins le quart dimanche dernier et omis de regarder la messe sur France 3, regardé Derrick plutôt que de ramasser les feuilles mortes devant la maison ou eu des pensées honteuses envers le livreur de fuel.  Et comme cela faisait effectivement bien longtemps que je ne m’étais pas pointée dans une église – ou du moins sans y être sollicitée pour un mariage ou un enterrement – j’en ai conclu que ce serait sans doute une bonne chose que d’allumer une bougie sur l’autel de la Vierge pour marquer le coup.  J’ai fouillé dans mon porte-monnaie et n’ai trouvé que 80 centimes alors que la veilleuse était affichée à 1 €. J’ai mis mes 80 centimes dans le tronc, ni vu ni connu, en me disant qu’après tout, Dieu pardonne, et qu’il n’était sans doute pas du genre à chipoter pour 20 centimes, faut quand même pas déconner. Je suis encore restée là, un peu, et puis avant de quitter la cathédrale, je me suis sentie prise de remords pour le coup des 20 centimes, je me suis dit que c’était quand même pas très clean d’arnaquer le bon Dieu dans sa propre maison, et pour me faire pardonner, je suis allée acheter un chapelet en plastique à 7 balles dans la boutique de souvenirs, autant dire que c’était un mauvais jour pour faire des affaires.

Mercredi, pour me remettre de l’affront que j’avais fait au bon Dieu avec cette satanée histoire de bougie, je suis allée faire un tour chez le disquaire et j’ai acheté le dernier album des Hives, que tout le monde a déjà acheté depuis 6 mois minimum, mais c’est un peu mon truc à moi de toujours acheter les trucs cool mille ans après tout le monde (au collège, la fille qui portait encore du LC Waïkiki et du Poivre Blanc quand tout le monde était passé au Chevignon, c’était moi). J’ai laissé un euro de pourboire au vendeur qui est un mec sympa, j’ai remis mes gants et mon bonnet qui bouloche et je suis rentrée chez moi. Une fois à la maison,  j’ai mis le disque sur la platine et j’ai eu très envie de danser en slip dans mon salon tellement j’ai trouvé ça bien mais je me suis dit que les enfants risqueraient de ne pas comprendre car voyez-vous, le problème des familles nombreuses, c’est que le partage de l’espace avec un grand nombre de personnes empêche bien souvent tout hobbie tel que la danse en slip ou le dimanche les fesses à l’air (qui n’a jamais rêvé de passer son dimanche à manger des corn flakes en lisant Dylan Dog le cul à l’air ?). Et danser en slip dans sa salle de bain n’a qu’un intérêt moindre, on est bien d’accord.

Jeudi, je suis allée finir mes achats de Noël et je me suis achetée trois livres : un Atlas des lieux maudits, qui me sera bien utile pour préparer ma retraite que j’ai décidé de passer à bord d’un camping car, à recenser toutes les maisons hantées de par le monde (et ne me parlez pas de la maison d’Amityville, vous devriez savoir que cette histoire est un vilain bobard, bande de sots). Une édition illustrée du Hobbit tellement chouette que j’ai déjà prévu d’électrocuter les enfants à distance – avec un collier anti-aboiement pour clébard – si jamais il s’en approchent avec leurs mains pleines de Nutella et de crottes de nez avariées. Et aussi le livre du Pape François car j’estime qu’un videur de boîte de nuit qui finit pape est forcément un mec cool qui mérite qu’on achète son bouquin (j’ai bien acheté la biographie de Rocco Siffredi en 2007, voyez comme je suis bon public), sans compter qu’un pape qui fait le mur pour aller à la rencontre des vrais gens, ça a un petit côté rock star rebelle : Pape François et Mick Jagger, même combat.

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Vendredi, je suis allée voir le second volet du Hobbit au cinéma et j’ai failli 1) Faire pipi dans ma culotte quand le film a commencé 2) Devenir épileptique à cause de cette foutue 3D. J’ai trouvé le film moyen bien, parce que c’est bien joli de vouloir adapter un petit bouquin en trilogie qui dure des plombes, mais faudrait songer à pas trop faire n’importe quoi juste pour remplir de la peloche, hein Peter Jackson ? Je ne voudrais pas trop trop spoiler mais bon, quand même, la rescapée de Lost transformée en elfe qui essaye de pécho un des nains (le moins vilain, tu penses bien), la vérité, y a de quoi se poser des questions, on n’est pas dans Meet the feebles non plus. Et puis je voudrais pas spoiler non plus, mais Legolas, il a beau crâner en dégommant des Orcs à l’arc, en équilibre sur des têtes de nain dévalant la rivière dans des tonneaux (tout un programme, vous dis-je), il n’en reste pas moins un pédant frimeur qui n’a aucun sens de l’humour. Et il a rudement grossi de la tête. Mais j’aimerais bien connaître la marque de son après-shampoing, cela dit.

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Samedi, j’a été invitée chez des amis et j’ai sympathisé avec une enfant de trois ans végétarienne et surdouée qui m’a fait remarquer que c’est pas bien de se dessiner sur les bras et qui m’a parlé de l’anatomie de la baleine en triant ses grains de riz sauvage (« Qui a colorié le riz ? »). J’ai aussi parlé avec les grandes personnes parce que c’est bon d’avoir des conversation d’adultes, des fois. Alors on a parlé des poissons robots et Bernard a dit que c’était vraiment formidable comme invention, qu’on oublie à quel point on est tout seul, dans son bain, que le poisson-robot, c’est un peu la solution aux bains tristounets. Sans compter que ces poissons-là n’engendrent pas de chtouille des pieds comme les poissons des Fish Pedicure. Sans parler de ces gens qui trouvent ça cool d’aller tremper les pieds dans la même eau que tout le quartier pour se faire rogner la peau du gros orteil par des petits poissons chatouilleurs. Miam les mycoses, j’ai envie de dire. Et vivement les piscines de Piranhas qui soignent la gangrène, aussi. Et bon bref, ça a du bon d’aborder des sujets de société fondamentaux.

Dimanche, j’ai découvert un nouveau jeu de plateau qui s’appelle Dungeon Fighter et qui est une sorte de Talisman x Donjons et Dragons pour les nuls. Avec en plus des règles un peu bidon comme « lancer le dé en faisant une pichenette », « lancer le dé les yeux fermés en sautant à pied joint » ou « lancer le dé avec la main du voisin », tout ça pour péter un monstre de force 9, je vous dis, y a plus de respect. Je me suis ratée sur une créature qui m’a fait perdre mes derniers points de vie après que j’ai raté mon attaque à cause d’un jet de dé manqué. Fallait lancer le dé en le faisant vrille ce coup-ci, c’était la règle, alors tu penses, j’avais des circonstances atténuantes. Je vous le dis, bientôt, on créera des jeux où il sera question de lancer le dé avec son cul.

Ah oui, et aussi, j’ai reçu la meilleure carte de non-anniversaire du monde entier, ça m’a fait bien plaisir.

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Bref, tout ça pour dire que je suis drôlement d’accord avec Bernard, que j’ignore si le bon Dieu va m’en vouloir pour l’euro que j’ai laissé au disquaire et que j’ai pas été foutue de mettre dans le tronc de l’église, et que je préfère ne pas savoir si Tauriel va réellement conclure avec Kili. Semaine chargée, je vous avais prévenus.

legolas