Béton j’oublie tout.

Un des trucs que j’aime le plus au monde, c’est de pouvoir ajouter de nouveaux événements sur ma liste des choses chouettes que je n’avais encore jamais faites.

J’ai initié cette liste quelque part aux alentours de 1987 quand j’ai mangé avec des baguettes dans un restaurant asiatique pour la première fois et depuis, je m’efforce de la compléter à chaque fois que je fais quelque chose de nouveau et de cool à la fois (c’est pour ça que ma première expérience sexuelle dans les années 2000 n’y figure même pas parce que c’était pas si inoubliable que ça et en tous cas beaucoup moins chouette que mes premiers beignets de crevettes).

A trente-cinq berges, je suis donc fière d’ajouter à ma liste que j’ai fait du béton avec mon père. Cherchez pas, j’ai des joies simples, ça fait des années que je vous le répète, je comprends pas que vous n’ayiez toujours pas intégré ça.

On a donc sorti la bétonnière et j’ai passé ma journée à me demander si on devait appeler cet engin-là bétonnière ou bétonneuse (va pour bétonnière). Pendant que papa balançait des pelles de sable dedans, moi je trimbalais des sacs de ciment dans une brouette depuis le pick-up jusqu’au chantier et j’ajoutais de l’eau dans le mélange en veillant bien à ne pas en mettre trop, et croyez bien que j’ai fait ça au moins aussi attentivement que si j’étais en train de doser le lait pour que ma pâte à crêpe ne fasse pas de grumeau. Mais bon, comme mon père est un peu un expert en béton (d’ailleurs c’est un expert en tout et on n’a jamais compris comment il pouvait maîtriser autant de trucs à la fois), il n’y avait pas de grumeau dans le béton et on a pu couler la chape du futur logement de mémé bien comme il faut.

Ca nous a pris une journée et à la fin j’avais du béton jusque dans la raie des fesses mais qu’importe, j’ai fait du béton les gars, ça m’a paru encore plus cool que si j’avais appris une nouvelle langue étrangère en l’espace d’une journée ou découvert un nouveau parfum de glace (genre glace au foin).

Du coup, l’appartement de mémé avance bien et avec un peu de chance, elle sera installée pour la rentrée ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Avec ce chantier, pas de vacances pour nous cette année (ce qui me fait penser que ça fait pile un an que je vous promets de vous raconter mes vacances en hôtel club, promis, je le ferai), on reste en Lorraine dans notre maison pleine de plâtre et de gravats. En même temps, vu que j’hyperventile à chaque fois que je quitte la Lorraine, ce programme me va plutôt bien, même si ça m’agace un peu d’avoir du plâtre jusque dans les tiroirs et de vivre dans une maison plus jamais propre avec des trous pleins les murs.

Je vois donc tous les copains et la famille partir en vacances à tour de rôle et préparer leur bronzage en se roulant dans le monoï, pendant que je gère mes gravats, mes poules, mes lapins, mes abeilles et même mes enfants. Et cette semaine, en rangeant mon armoire, quand je suis retombée sur mon maillot de l’année dernière définitivement trop petit pour moi, j’ai même pas pleuré, vu que cet été, je vais le passer en sabots de jardin, bermuda et t-shirt trop grand. Imaginez, j’aurai même pas besoin de m’épiler les cuisses ni le maillot, c’est ça les vraies vacances les mecs !

Cette semaine donc, au lieu de préparer les valises et de me faire des palper-rouler à l’huile de citrus pour espérer gommer mes capitons incrustés avant la plage, j’ai fait des trucs beaucoup plus cool.

Comme enfiler une vareuse sur mon gras pour aller vérifier mes ruches, et tenté de sauver deux colonies bourdonneuses. Point abeilles pour les intéressés : c’est mal barré pour le miel d’été, même les grosses colonies peinent à remplir leurs réserves. Ce qui est assez incompréhensible quand on voit la profusion de fleurs dans les forêts où elles sont situées. Comme l’an passé, il va falloir nourrir les colonies dès la fin de l’été en pestant vainement contre les traitements phytosanitaires dont on nous promet qu’ils sont sans conséquence sur la santé des colonies, oui c’est ça, on y croit très fort.

Ou bien encore regarder de vieux films des années 80 avec les enfants jusque tard le soir, et les voir rire beaucoup et flipper un peu devant les « Gremlims » (sic). On a déjà regardé E.T. (et j’ai pleuré pour la 173ème fois) et Mad Max 3, et cela m’a amenée à la sage conclusion que c’est quand même une sacrée bonne idée ce dôme du tonnerre, qu’à vrai dire on devrait tous en avoir un dans son quartier, comme ça à chaque fois que deux personnes chercheraient à se taper dessus, on les collerait dans le dôme en scandant « deux hommes entrent, un seul sort ! ». Ca ferait passer à tout le monde l’envie de chercher des noises à son voisin et les gens seront bien forcés d’être non violents s’ils veulent pas finir tronçonnés en deux dans le dôme. A vrai dire, moi présidente, je mettrai en place des dômes du tonnerre et aussi des arbres du malheur sur lesquels on enverra réfléchir les gens, comme dans Conan. Tout ça en plus d’autoriser le port du pyjama sur son lieu de travail et au supermarché, et aussi de mettre en place un ministère du slip ridicule (qui obligera les citoyens à ne porter que des slips Walt Disney le mercredi, entre autres). Sans déconner, je sais pas ce que vous attendez pour voter pour moi.

J’ai aussi appris à jouer I can’t help falling in love au piano (version débutants, n’exagérons pas) et ça m’a fait tellement plaisir d’y parvenir si vite que j’ai arrêté de chouiner sur Chopin qui me donne tant de fil à retordre.

J’ai reçu ma tapisserie hors de prix totalement 60’s et totalement kitsch pour la cuisine d’été qui devrait être terminée dans peu de temps.

J’ai dû remplacer mon sèche-linge et mon lave-linge qui ont eu la bonne idée de tomber définitivement en rade à deux jours d’intervalle, pile la veille du départ en camp de vacances des gosses, et pile au beau milieu de cette invasion totale de plâtre. Evidemment, tout cela m’a fait regretter d’avoir claqué tout le blé dans du papier peint mi-cool mi-moche et j’ai presque pleuré en me retrouvant à douze heures du départ des gosses avec toutes leurs fringues de vacances prisonnières d’une machine à laver pleine de flotte et désespérément verrouillée. Mais voyez, les mômes rentrent déjà demain et malgré les tas de linge sale qui touchent le plafond, y a encore des slips propres dans les tiroirs de chacun, comme quoi, faut savoir relativiser.

J’ai eu la bonne surprise de voir dix canetons naître dans la basse-cour et holala si vous saviez, c’est si mignon que je ne m’en remets toujours pas (et est-ce que je fais la sourde oreille quand papa les regarde barboter en estimant le nombre de semaines durant lesquelles il faudra les nourrir avant de pouvoir les manger ? Bien sûr que oui).

J’ai fait des plans pour creuser un bassin pour les canards sous le gros tilleul du jardin mais comme notre priorité c’est le Stana de mémé, on va dire que la mare, ce sera pour l’été prochain.

J’ai aussi commencé à lire tous les livres lus par un de mes nouveaux personnages littéraires préférés dans un roman que j’ai trouvé tellement chouette que je n’arrête pas d’y repenser (et j’ai bien sûr prévu de vous en parler très prochainement).

J’ai reçu des livres de la part d’une gentille lectrice que j’aimerais bien remercier comme il se doit mais je n’ai hélas ni son mail ni son adresse.

Ah oui, et puis j’ai revu ma BFF que j’avais pas revue depuis trop longtemps, à cause de nos vies respectives décidément bien surchargées, et c’était trop génial d’écouter de la musique des années 90 en parlant de nos animaux domestiques et des si géniales nouvelles de Francis Scott Fitzgerald. Et pendant qu’elle me tatouait une Daenerys Targaryen parfaitement géniale dans le haut du dos, on se disait que ce serait vraiment chouette d’avoir des bébés dragons rien qu’à nous et de n’avoir qu’à leur dire « Dracarys » pour qu’ils mettent le feu aux gens méchants (alors que si on avait des Arbres du malheur et des Dômes du tonnerre, on n’aurait même pas besoin de dragons).

Et quand je repense à tout ça, je me dis que j’ai vraiment, mais vraiment bien fait de ne pas partir en vacances.

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